‹ Journal d'un poète (volume 2)Chapitre 119 sur 167 · LES PLANTES · texte numérisé non relu

LES PLANTES

Qu'un certain nombre de plantes avortent dans leur germe, qu'importe ! La nature fait germer, grandir et multiplier l'espèce. Ainsi, qu'un certain nombre d'êtres, par l'abus de la liberté, s'arrêtent dans leur voie ou s'en détournent, que résulte-t-il de là? Ils languissent dans un état inférieur, ils descendent au lieu de s'élever ; mais, là où ils sont, ils demeurent soumis aux lois universelles qui régissent le tout. Ils se sont rapprochés des êtres organiques, ils en subissent la condition sans jamais réussir à étouffer en eux les instincts supérieurs opposés à ceux de la brute, d'où naît le sentiment de leur dégradation. — Le désordre n'est que dans l'individu, il n'est point dans l'ensemble des ï -\\ choses. Les natures subsistent inaltérables.

I^l* ,,:r„ LE CYGNE

L^ 'Jp Si un serpent s'attache à un cygne, le cygne s'envole et

emporte son ennemi roulé à son col et sous son aile.

Le reptile boit son sang, le mord et lui darde son venin dans les veines.

Il est soutenu dans l'air par le cygne, et, de loin, à ses écailles vertes, à ses faux reflets d'or, on le prendrait pour un brillant collier.

Non, il n'est rien que fiel et destruction, et il ramperait sur terre ou sous terre, il se noierait dans les bourbiers s'il n'était soutenu dans les hautes régions par l'oiseau pur et divin qu'il dévore.

Ainsi l'impuissant Zoïle est porté dans l'azur du ciel et dans la lumière par le poète créateur, qu'il déchire en s'attachant à ses flancs pour laisser, fût-ce en lettres de sang, son nom empreint sur le cœur du pur immortel.

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