HÉLÉNA
Tel, sur un pâle front que la fièvre ravage, D'une vierge qui meurt l'amour vient ranimer Les lèvres que bientôt la mort doit refermer. Mais, depuis peu de jours, loin des fêtes nocturnes, On a vu s'écarter, graves et taciturnes, Sous les verts oliviers qui ceignent les vallons. Des Grecs dont les discours étaient secrets et longs. Ils regrettaient, dit-on, la liberté chérie, Car on surprit souvent le mot seul de patrie Sortir avec éclat du sein de leurs propos, Comme un beau son des nuits enchante le repos.
Chant ler.
Il s'est trouvé parfois, comme pour faire voir Que du bonheur en nous est encor le pouvoir. Deux âmes s'élevant sur les plaines du monde, Toujours l'une pour l'autre existence féconde, Puissantes à sentir avec un feu pareil, Double et brûlant rayon né d'un même soleil. Vivant comme un seul être, intime et pur mélange, Semblables dans leur vol aux deux ailes d'un ange. Ou telle que des nuits les jumeaux radieux D'un fraternel éclat illuminent les cieux. Si l'homme a séparé leur ardeur mutuelle, C'est alors que l'on voit et rapide et fidèle Chacune, de la foule écartant l'épaisseur, Traverser l'univers et voler à sa sœur.
Chant II, page 24.
Ainsi disait Mora ; mais la jeune exilée
A des propos d'amour n'était point rappelée ;
Même de chaque mot semblait naître un chagrin,
Car, appuyant alors sa tête dans sa main.
Elle pleura longtemps. On l'entendait dans l'ombre
Comme on entend, le soir, dans le fond d'un bois sombre,
Murmurer une source en un lit inconnu.
Cherchant quelque discours de son cœur bienvenu,
Son ami, qui croyait dissiper sa tristesse.
Regarda vers la mer et parla de la Grèce.
Lorsque tombe la feuille et s'abrège le jour,
Et qu'un jeune homme éteint se meurt, et meurt d'amour,