HÉ LENA
Il ne goûte plus rien des choses de la terre :
Son œil découragé, que la faiblesse altère,
Se tourne lentement vers le ciel déjà gris,
Et sur la feuille jaune et les gazons flétris ;
Il rit d'un rire amer au deuil de la nature,
Et sous chaque arbrisseau place sa sépulture ;
Sa mère alors, toujours sur le lit douloureux
Courbée, et s'efforçant à des regards heureux,
Lui dit sa santé belle et vante l'espérance
Qui n'est pas dans son cœur ; lui dit les jeux d'enfance,
Et la gloire, et l'étude, et les fleurs du beau temps,
Et ce soleil ami qui revient au printemps.
Les navires penchés volaient vers l'eau dorée
Comme de cygnes blancs une troupe égarée
Qui cherche l'air natal et le lac paternel.
Le spectacle des mers est grand et solennel :
Ce mobile désert, bruyant et monotone,
Attriste la pensée encor plus qu'il n'étonne ;
Et l'homme, entre le ciel et les ondes jeté,
Se plaint d'être si peu devant l'immensité.
Ce fut surtout alors que cette mer antique
Aux Grecs silencieux apparut magnifique.
La nuit, cachant les bords, ne montrait à leurs yeux
Que les tombeaux épars, et les temples des dieux,
Qui, brillant tour à tour au sein des îles sombres.
Escortaient les vaisseaux, comme de blanches ombres,
En leur parlant toujours et de la liberté,
Et d'amour, et de gloire, et d'immortalité.
Alors Mora, semblable aux antiques rapsodes
Qui chantaient sur ces flots d'harmonieuses odes,
Enflamma ses discours de ce feu précieux
Que conservent aux Grecs l'amour et l'art pieux :
« Oh ! regarde, Héléna ! Que ta tOte affligée
Se soulève un moment pour voir la mer Egée ;
Oh ! respirons cet air ! c'est l'air de nos aïeux,
L'air de la liberté qui fait les demi-dieux ;
La rose et le laurier qui l'embaument sans cesse
De victoire et de paix lui portent la promesse.
Et ces beaux champs captifs, qui nous sont destinés.
Ont encor dans leur sein des germes fortunés :