HÉLÉNA
Le soleil affranchi va tous les faire éclore.
Vois ces îles : c'étaient les corbeilles de Flore,
Rien n'y fut sérieux, pas même les malheurs ;
Les villes de ces bords avaient des noms de fieurs ;
Et, comme le parfum qui survit à la rose,
Autour des murs tombés leur souvenir repose.
Là, sous ces oliviers au feuillage tremblant,
Un autel de Vénus lavait son marbre blanc ;
Vois cet astre si pur dont la nuit se décore
Dans le ciel amoureux, c'est Cythérée encore ;
Par nos riants aïeux ce ciel est enchanté,
Son plus beau feu reçut le nom de la Beauté,
La Beauté, leur déesse. « Ame de la nature, »
Disaient-ils, « l'univers roule dans sa ceinture :
« Elle vient, le vent tombe et la terre fleurit ;
(( La mer, sous ses pieds blancs, s'apaise et lui sourit ! »
Mensonges gracieux, religion charmante
Que rêve encor l'amant auprès de son amante. »
Chant II, pages 31-34.
Regardez, c'est la Grèce ! oh ! regardez ! c'est elle ! Salut, reine des arts ! salut, Grèce immortelle ! \ft ^/ Le monde est amoureux de ta pourpre en lambeaux,
Et l'or des nations s'arrache tes tombeaux.
O fîlle du Soleil ! la Force et le Génie Ont couronné ton front de gloire et d'harmonie. Les générations avec ton souvenir Grandissent ; ton passé règle leur avenir.
Les peuples froids du Nord, souvent pleins de ta gloire, De leurs propres aïeux ont perdu la mémoire, Et, quand, las d'un triomphe, il dort dans son repos, Le cœur des Francs palpite aux noms de tes héros.
O terre de Pallas ! contrée au doux langage ! Ton front ouvert sept fois, sept fois fît naître un sage. Leur génie en grands mots dans les temps s'est inscrit, Et Socrate mourant devina Jésus-Christ.
Chant II, page 41.