‹ Journal d'un poète (volume 2)Chapitre 31 sur 167 · MINUIT, APRÈS LA LECTURE DE JOCELYN · texte numérisé non relu

MINUIT, APRÈS LA LECTURE DE JOCELYN

J'ai lu, j'ai pleuré, j'aime dans ce livre tout ce qui est hymne, — prière ou méditation. Tout cela est beau et grand. L'adoration dans le temple, les rêveries de Jocelyn près de Laurence avant qu'il soit reconnu pour femme, l'admiration qu'il a pour cet angélique enfant, tout cela est adorable. Là surtout est le caractère délicieux et fécond du beau talent de Lamartine, inépuisable dans tout ce qui est sentiment, amour de belle nature et description d'une beauté.

On ne peut répandre son âme dans une autre âme que jusqu'à une certaine hauteur. Là, elle vous repousse et vous rejette au dehors, écrasée de cette influence souveraine et trop pesante.

DAPHNÉ

Julien pousse l'idée chrétienne jusqu'au dépérissement de l'espèce et à l'anéantissement de la vitalité dans l'Empire et dans les individus.

Arrivé à ce point, il s'arrête épouvanté et entreprend de rendre sa vigueur à l'homme romain et à l'Empire.

Voilà comment il faut l'envisager.

Comment ne pas éprouver le besoin d'aimer? Qui n'a senti manquer la terre sous ses pieds sitôt que l'amour semble menacer de se rompre }

72 — JOURNAL D'UN POhTE L'amour est une bonté sublime.

Le travail est un oubli, mais un oubli actif qui convient à une âme forte.

Aimer, inventer, admirer, voilà ma vie.

4 décembre 1837.

CE matin, la messe funèbre de Berlioz pour l'enterrement du général Damrémont.

L'aspect de l'église était beau ; au fond, sous la coupole, trois longs rayons tombaient sur le catafalque préparé et faisaient resplendir les lustres de cristal d'une singulière lumière. — Tous les drapeaux pris sur l'ennemi étaient rangés au haut de l'église et pendaient, tout percés de balles. La musique était belle et bizarre, sauvage, convulsive et douloureuse. Berlioz commence une harmonie et la coupe en deux par des dissonances imprévues qu'il a calculées exprès.

J'ai beaucoup connu le général Damrémont; c'était un homme assez gras, d'un visage doux et afîectueux, calme et froid de manières, parlant doucement et lentement.

Il s'était attaché à donner aux fermes résolutions de son caractère l'enveloppe la plus polie. Il était animé dans sa conduite publique par l'âme chaleureuse de sa femme, mademoiselle Baraguey d'Hilliers, — femme assez grande de taille, avec des yeux noirs et brillants comme ceux des Arabes, qu'elle est allée voir; énergique, courageuse, très sensible. Elle est partie pour Alger avec ses deux enfants. Là, elle a appris la mort de son mari; c'est un affreux malheur, mais le plus beau malheur possible. Son père, le général des dragons de la République et de l'Empire, mourut aussi d'un coup de feu. Le général Damrémont est mort précisément comme Turenne, en visitant les batteries la veille d'une bataille.

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