ÉCRITS SUR LE « MORE DE VENISE « DONNÉ A MADAME DORVAL
Quel fut jadis Shakspeare ? — On ne répondra pas. Ce livre est à mes yeux l'ombre d'un de ses pas. Rien de plus. — Je le fis en cherchant sur sa trace Quel fantôme il suivait de ceux que l'homme embrasse, Gloire, — fortune, — amour, — pouvoir ou volupté!
Kien ne trahit son cœur, hormis une beauté
Qui toujours passe en pleurs parmi d'autre figures,
Comme un pâle rayon dans les forêts obscures,
Triste, simple et terrible, ainsi que vous passez.
Le dédain sur la bouche et vos grands yeux baissés.
La réputation n'a qu'une bonne chose, c'est qu'elle permet d'avoir contiance en soi et de dire hautement sa pensée entière.
Étant malade aujourd'hui, j'ai brûlé, dans la crainte des éditeurs posthumes : une tragédie de Roland, une de Julien VApos. tat, et une d'Antoine et Cleo pâtre, essayées, griffonnées, manquées par moi de dix-huit à vingt ans.
I . Il doit y avoir ici une confusion, et la plupart des paragraphes que l'on trouve à la date de 1824 doivent sans doute être reportés à une date ultérieure. Le More de Venise ne fut joué qu'en 1829, et c'est à cette date que Vigny dut l'offrir à Madame Dorval. Plus loin, à cette même date de 1824, on trouve Vigny corrigeant les épreuves de la première édition de Stella, qui ne parut qu'en 1832.
Il n'y avait de supportable dans Roland qu'un vers, sur Jésus-Christ :
Fils exilé du ciel, tu souflFris au désert.
Je sors d'une longue maladie qui avait les symptômes du choléra.
Je suis étonné de n'être pas mort. J'ai souffert en silence des douleurs horribles, je croyais bien me coucher pour mourir.
Mon sursis est prolongé, à ce qu'il me semble.
La deuxième consultation sur le suicide. Elle renfermera tous les genres de suicide et des exemples de toutes leurs causes analysées profondément.
Là, j'émettrai toutes mes idées sur la vie. Elles sont consolantes par le désespoir même.
Il est bon et salutaire de n'avoir aucune espérance.
L' espérance est la plus grande de nos folies.
Cela bien compris, tout ce qui arrive d'heureux surprend.
Dans cette prison nommée la vie, d'où nous partons les uns après les autres pour aller à la mort, il ne faut compter sur aucune promenade, ni aucune fleur. Dès lors le moindre bouquet, la plus petite feuille, réjouit la vue et le cœur, on en sait gré à la puissance qui a permis qu'elle se rencontrât sous vos pas.
Il est vrai que vous ne savez pas pourquoi vous êtes prisonnier et de quoi puni; mais vous savez à n'en pas douter quelle sera votre peine : souffrance en prison, mort après.
Ne pensez pas au juge, ni au procès que vous ignorerez toujours, mais seulement à remercier le geôlier inconnu qui vous permet souvent des joies dignes du ciel.
Tel est l'aperçu de l'ordonnance qui terminera la deuxième consultation du Docteur Noir ^ .