‹ Journal d'un poèteChapitre 103 sur 160 · I. Servitude et Grandeur militaires · texte numérisé non relu

I. Servitude et Grandeur militaires

n'en trouvant pas encore la forme. Cependant, je sentais en moi un invincible désir de produire quelque chose de grand et d'être grand par mes œuvres. Le temps me paraissait perdu s'il n'amenait une idée neuve et féconde. Toujours mécontent de celles qui s'offraient à mon esprit, las d'une méditation perpétuelle dans laquelle j'épuisais mes forces, je sentis la nécessité d'entrer dans l'action, et, n'hésitant pas à me jeter dans les extrêmes, ainsi que j'ai fait toute ma vie, je voulus être officier, et pressai tellement mon père de se hâter de me donner cet état, qu'il fit dès le jour même les démarches qu'il fallait pour cela.

L'artillerie me plaisait. La gravité, le recueillement, la science de ses officiers, s'accordaient avec mon caractère et mes habitudes. Je désirai y entrer, et j'allais être présenté à l'École polytechnique, lorsque, la bataille de Paris ramenant les Bourbons, l'armée s'ouvrit à moi plus rapidement, et j'y pris, encore enfant, une place assez élevée, ayant tout à coup le grade de lieutenant de cavalerie; je devais le garder longtemps.

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