POEMES A FAIRE* LES PÈRES
Les Pères de la pensée valent bien les Pères de l'Église. Ceux-là seuls doivent être honorés. N'ayez pas, ô jeune homme, une bibliothèque innombrable, ne rassemblez que les Pères : ceux que les autres pillent et
poète. J'ai dû, pour cela, laisser lire dans les souvenirs de sa vie, dans les notes de sa pensée qu'il écrivait pour lui-même et dont il m'a confié le trésor. Ce monologue à la plume s'est continué jusqu'à sa mort. Je trouverais à en détacher encore, année par année, maint joyau rare. Néanmoins, j'interromps ces confidences qui touchent à des jours trop présents et à des personnages tous vivants; des convenances de tout ordre me commandent cette réserve. Mais à ces souvenirs d'une vie d'ailleurs si peu traversée d'événements et toujours contemplative, j'ajoute ici, et j'offre à l'intérêt du lecteur, sous le titre de Poèmes à faire, quelques-uns des plus beaux projets d'Alfred de Vigny. (L. R.)
i. Souvent, on l'a vu, quand il jetait dans ses notes quelque pensée plus rare, d'une spiritualisation plus exquise que les autres et pour laquelle son imagination concevait par avance un développement, une incarnation poétique, Alfred de Vigny l'inscrivait sous cette rubrique : Élévation ou Poème. Ce sont, en effet, des poèmes en germe, c'est l'œuf d'un oiseau qui éclora à son jour si le poète le veut. Je rassemble ici sans ordre et sans date un certain nombre de ces conceptions, quelques-unes à peine ébauchées, d'autres un peu plus avancées et à l'état d'esquisses : imaginations qui n'ont pas encore pris corps et qui pourtant ont déjà de la couleur, un commencement de vie et de mouvement. On entre ici dans l'atelier du sculpteur solitaire; on touche ses rêves de marbre qui palpitent dans leur existence inaccomplie; quelques-uns eussent été dieux si le noble artiste n'avait disparu. C'est un charme qu'on ne goûte pas sans un serrement de cœur. Et la tristesse s'accroît du caractère même de ces poèmes rêvés. Ils reflètent bien, dans une unité de ton harmonieuse, l'âme élevée et tendre, mais mélancolique et même sombre, du poète des Destinées. (L. R.)
imitent. Ils sont en petit nombre dans votre patrie. Sur ce, voyez et comptez.