LA TERRE
L'homme se défend sans cesse de la terre et de l'air qui l'attaquent.
Pauvre naufragé, il cherche à réunir les débris de son navire brisé par le déluge. — Il fait passer sa parole sous les eaux, et glisse sur les vagues ennemies. Il tire de la terre brisée les vapeurs empoisonnées et les force à le servir.
Comme un fruit énorme lancé dans l'espace, la terre roule, et le feu qui l'emplit ne cesse de brûler ses entrailles. Le feu s'échappe par les volcans et fume sans cesse.
Sur la frêle écorce rampe seulement l'homme infatigable cherchant sa vie dans le travail, et repoussé par l'atmosphère qui le renverse et par le sol qui l'empoisonne.
Mais il tourne en vie ces germes de mort.
Bisson se faisant sauter avec les pirates qui ont pris son vaisseau pendant la nuit et le sommeil.
Il veillait et travaillait dans son cabinet flottant. Il se demandait comment la vapeur allait vaincre la distance et le temps, le vent et la mer, et rendre inutile l'homme de mer expérimenté dans l'art de tromper le vent par la voile et les mâts. Il s'endort.
Mais il entend des cris et des pas sur le pont.
Il s'éveille, il combat; puis se fait sauter, et se rendort sous les flots pour toujours.
Telle est la vie... c'est un accident sombre.
Entre deux sommeils infinis?...
Tel est l'homme moderne en France. L'honneur est sa foi, la conscience sa morale, le devoir sa loi; il est actif et savant. Sa science première est celle de son état ; il ne veut plus permettre à son imagination d'errer dans les champs de la théologie et de la superstition; il combat et sert la patrie et l'espèce humaine dans les temps présents, sans vouloir préjuger de l'éternité. Il désire que Dieu soit et qu'il reçoive le juste dans sa paix; mais il ne croit pas toujours et n'affirme plus. Quelle est l'idée qui soutient son courage? Il ne le dit même pas.