L ESPRIT PARI SIEN
Esprit parisien! démon du Bas-Empire!
Vieux sophiste épuisé qui bois, toutes les nuits, Comme un vin dont l'ivresse engourdit tes ennuis, Les gloires du matin, la meilleure et la pire;
Froid niveleur, moulant, aussitôt qu'il expire, Le plâtre d'un grand homme ou bien d'un assassin, Leur mesurant le crâne, et, dans leur vaste sein, Poussant jusques au cœur ta lèvre de vampire;
Tu ris! — Ce mois joyeux t'a jeté trois par trois
Les fronts guillotinés sur la place publique.
— Ce soir, fais le chrétien, dis, bien haut, que tu crois.
A genoux! roi du mal, comme les autres rois! Pour que la Charité, de son doigt angélique, Sur ton front de damné fasse un signe de croix.
Mars i836.
1. Pendant la maladie qui avait atteint les facultés mentales de la mère du poète. (L. R.)
2. Pour le bal de la mi-carême au bénéfice des pauvres, peu après l'exécution de Fieschi et de ses complices.
Comme les deux vieillards qui poursuivaient Suzanne, Pierre le chasseur d'ours et George le marchand Te font la cour, ô France! et leur esprit méchant, N'ayant pu te séduire, à grands cris te profane.
Ils veulent qu'à la mort le juge te condamne Pour te fouler aux pieds du levant au couchant, Pour effacer ton nom et partager ton champ Et se passer entre eux l'impure courtisane.
Mais que vienne un esprit parlant au nom du ciel, Et, troublant les conseils de la voix qui t'accuse, Il dira, pour changer l'absinthe amère en miel :
« Son esprit est troublé, mais il est pur de fiel
Et plus grand, devant Dieu, que votre esprit de ruse;
Moi, je la sauverai, car je suis Daniel. »
14 mai 1 S 1< 7 .