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IDEE DE POEME. LA FORNARIXA

O maîtresse de Raphaël, tu le vis s'épuiser dans tes bras.

Qu'as-tu fait, ô femme! qu'as-tu fait? Une idée par baiser s'écoulait sur tes lèvres...

Elle s'endort dans les bras de Raphè'l après qu'ils sont allés visiter la campagne de Rome. — Elle rêve que ses idées, tuées par elle, viennent se plaindre; les idées de Raphaël sont des tableaux sublimes. Les personnages se groupent, puis se détachent en soupirant et reprennent leur vol vers le ciel.

La Fornarina s'éveille, embrasse Raphaël : il était mort.

C'est une effrayante chose que la facilité avec laquelle les Français affectent la conviction qu'ils n'ont pas, le caractère du voisin jusque dans leurs œuvres les plus élevées. Rien ne montre mieux l'absence de foi et d^ caractère même.

Barbier vient de publier il Pianto. Les délices de Capoue ont amolli son caractère de poésie, et Brizeux a déteint sur lui ses douces couleurs virgiliennes et laquistes dérivant de Sainte-Beuve. — Ils ont mêlé leurs couleurs et leurs eaux; à peine retrouve-t-on dans ce Pianto quelques vagues du fleuve jaune des ïambes. L'eau bleuâtre qui entoure ces vagues est pure et belle, mais ce n'est pas celle du fleuve débordé d'où jaillit la Curée.

Brizeux est un esprit fin et analytique qui ne fait pas des vers par inspiration et par instinct, mais parce qu'il a résolu d'exprimer en vers les idées qu'il choisit partout avec soin.

Il a des théories littéraires et les a coulées dans l'esprit de Barbier qui, dès lors, se méfiant de lui-même, s'est parfumé de formes antiques et latines qui étouffent son élan satirique et lyrique.

Barbier et Brizeux devraient ne jamais se voir, malgré leur amitié.

Il arrive à Barbier ce que je lui ai prédit; on s'écrie C'est beau, mais c'est autre chose que lui.

Dans le roman, un homme parfait comme Grandisson ennuie toujours. Dans l'histoire, comme Washington, il paraît froid, et, dans la vie, il est froidement aimé. Un homme parfait est aimé comme Dieu, assez froidement.

C'est que les passions seules intéressent les hommes, toujours agités par des passions. Les pendules seules se meuvent par des principes ; les hommes tont des principes et agissent contre ces principes mêmes.

Les anciens étaient naturels, vrais dans leurs manières, comme sont encore les Italiens et quelques peuples orientaux. J'ai été ému en relisant l'entrevue d'Alexandre et de Néarque, au retour de celui-ci après son admirable expédition maritime. Le premier événement dans l'histoire de la navigation est ce voyage du golfe Persique à l'Indus. — J'aime les pleurs d'Alexandre recevant Néarque et demeurant longtemps sans pouvoir parler, parce qu'il croit que ses Macédoniens et ses vaisseaux ont péri. — L'homme antique ne faisait jamais de fausse dignité; il pleurait sans rougir de ses larmes, quelque grand qu'il -fût.

Si j'ai le temps, je montrerai cette belle et vraie nature antique sur la scène.

Mouvement de poésie qui s'élance malgré moi.

O ma muse! ma muse! je suis séparé de toi. Séparé par les vivants qui ont des corps et qui font du bruit. Toi, tu n'as pas de corps ; tu es une âme, une belle âme, une déesse.

Bonaparte, c'est l'homme; Napoléon, c'est le rôle. Le premier a une redingote et un chapeau; le second, une couronne de lauriers et une toge.

Le 6 de ce mois de mars, ma mère, ma bonne mère a eu une attaque de paralysie sur tout le côté droit, joue, bras et jambe; les saignées l'avaient rétablie.

Aujourd'hui, elle a une seconde attaque d'apoplexie que deux saignées suspendent; mais on ne peut parvenir à dégager le cerveau, qui s'égare et reste perdu peut-être pour toujours. — Elle avait un jeune médecin, M. Magistel; j'y joins M. Salmade, médecin expérimenté et âgé, pour que sa prudence empêche l'ardeur trop hardie de l'autre.

Du 17 au iS mars.

Nuit d'angoisses.

Je la passe debout, près du lit de ma mère. — Au jour, son visage était effrayant.

Dans la journée, ma mère me reconnaît. Elle me

pénètre de douleur et de reconnaissance en me parlant avec amour; elle est charmée de me voir près d'elle, je lui fais plus de bien que les médecins, dit-elle. — J'ai réussi avec ma voix à la calmer en lui parlant.

19 mars.

Nuit affreuse. — Saignée.

Consultation de MM. Salmade, Magistel et Double. — Émétique.

Le cerveau est dégagé. Sa vie sauvée.

Depuis ce jour, elle s'affaiblit, puis reprend des forces.

Elle a sa tête et me donne ses clefs. Elle me prie de diriger ses affaires. Heureuse de n'avoir plus à y penser. Elle me dit, devant Lydia1 et le médecin, qu'elle n'a pas fait de testament et ne laisse rien qu'à moi, et à Angélique, sa femme de chambre, une pension qu'elle me prie de lui faire. J'en fais sur-le-champ l'engagement et le remets à Angélique devant elle. — Cela lui donne beaucoup de calme. La nuit est bonne.

Je trouve un ordre admirable dans ses papiers; je les remets devant elle dans son secrétaire, et je ne prends rien de l'argent qu'il renferme; je veux que, si elle est guérie, elle retrouve tout dans l'état où elle l'a laissé.

Je paye toutes les dépenses de sa maison.

Quand son sang coule, mon sang souffre ; quand elle parle et se plaint, mon cœur se serre horriblement; cette raison froide et calme comme celle d'un magistrat,

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