La femme du poète, née Lydia Bunbury
brisée par le coup de massue de l'apoplexie, cette âme forte luttant contre les flots de sang qui l'oppressent, c'est pour moi une agonie comme pour ma pauvre mère; c'est un supplice comparable à la roue.
27 mars.
Jour de ma naissance.
Je l'ai passé à écouter et regarder ma mère dans son lit de douleur. Il y a trente-six ans, elle y était pour me donner le jour; qui sait si elle n'y est pas pour quitter sa vie?
3i mars au soir.
Ma pauvre mère était douloureusement mieux ce soir. Elle était calme, elle était gaie, ne souffrait pas et s'amusait de la nouvelle du mariage de Mary Bunbury. Elle m'a dit : « Quoique je ne sois pas là tout entière, écris-lui que je prends beaucoup de part à son bonheur. »
Même état. — Ma mère m'a dit : « Je serais bien égoïste de ne pas te laisser prendre mes livres, moi qui ne pourrai plus lire.
« Il vaudrait mieux pour moi être morte que rester ainsi. » — Pauvre mère, elle me tue avec ces mots-là!
3 avril.
Un vaisseau cargue toutes ses voiles dans l'orage et se laisse aller au vent. Je fais de même dans les chagrins et les grands événements ; pour ménager les forces de ma tête, je ne lis ni n'écris, et je ne laisse prendre à la vie sur moi que le moins possible.
Malgré tout ce travail de la volonté, la douleur nous saisit au cœur malgré nous et reste là.
La vie de famille attendrit l'homme. Un mameluck est acheté à l'âge de douze ans en Circassie. Il est élevé en soldat, en centaure. Il y a des esclaves égyptiennes qui jamais ne lui donnent d'enfants en Egypte; il n'a ni père ni fils; il a des compagnons d'armes qu'il ne pleure pas quand ils tombent.
Il est l'homme le plus énergique de la terre.
Quelquefois, j'envie cet homme et je regrette mes quatorze ans d'armée.