‹ Journal d'un poèteChapitre 22 sur 160 · UN HOMME D HONNEUR · texte numérisé non relu

UN HOMME D HONNEUR

L'honneur est la seule base de sa conduite et remplace la religion en lui. — Lui faire passer sa vie entière par toutes les professions actuelles, dont en même temps son contact fera ressortir les défauts et dont sa conduite fera la satire.

L'honneur le défend de tous les crimes et de toutes les bassesses : c'est sa religion. Le christianisme est mort dans son cœur. A sa mort, il regarde la croix avec respect, accomplit tous ses devoirs de chrétien comme une formule et meurt en silence.

L'ennui est la grande maladie de la vie; on ne cesse de maudire sa brièveté, et toujours elle est trop longue, puisqu'on n'en sait que faire. Ce serait faire du bien aux hommes que de leur donner la manière de jouir des idées et de jouer avec elles, au lieu de jouer avec

les actions qui froissent toujours les autres et nuisent au prochain.

Un mandarin ne fait de mal à personne, jouit d'une idée et d'une tasse de thé.

Le gentleman ou gentilhomme est l'homme d'honneur même qui, par les convenances, est retenu dans les limites de bonne conduite et de bienséance que la religion n'atteindrait pas; car il y a des choses que ferait un prêtre et que jamais ne pourrait faire un galant homme.

La Restauration n'était ni redoutée ni aimée. Si elle eût été l'un ou l'autre, elle était sauvée : on ne l'a détendue que par honneur et par acquit de conscience; on l'eût défendue de manière à la maintenir.

Je crois, ma foi, que je ne suis qu'une sorte de moraliste épique. C'est bien peu de chose.

Il est déplorable qu'un poète comme Lamartine, s'il s'avise d'être député, soit forcé de s'occuper des bureaux de tabac que demandent des commettants. Il devrait y avoir des députés abstraits, députés de la France, et d'autres députés des Français.

Les acteurs sont bien heureux, ils ont une gloire sans responsabilité.

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