PASSION
O mystérieuse ressemblance des mots! Oui, amour, tu es une passion, mais passion d'un martyr, passion comme celle du Christ.
Passion couronnée d'épines où nulle pointe ne manque.
La religion de l'honneur a son dieu toujours présent dans notre cœur.
D'où vient qu'un homme qui n'est plus chrétien ne fait pas un vol qui serait inconnu? L' honneur invisible l'arrête.
Les masses vont en avant comme les troupeaux d'aveugles en Egypte, frappant indifféremment de leurs bâtons imbéciles ceux qui les repoussent, ceux qui les détournent et ceux qui les devancent sur le grand chemin.
Je ne sais pas si l'apprêt qu'il exige n'est pas un des germes de mort de l'amour.
Cette nécessité d'être toujours sous les armes finit par fatiguer l'un et l'autre amoureux.
La presse est une bouche forcée d'être toujours ouverte et de parler toujours. De là vient qu'elle dit mille fois plus qu'elle n'a à dire, et qu'elle divague souvent et extravague.
Il en serait ainsi d'un orateur, fût-ce Démosthène, forcé de parler sans interruption toute l'année.
L'honneur, c'est la poésie du devoir.
Quand vint la révolution de Juillet, le soldat était mort en moi depuis quatre ans; il ne restait que l'écrivain, regardant si la liberté serait tuée ou sauvée.
Le seul gouvernement dont, à présent, l'idée ne me soit pas intolérable, c'est celui d'une république dont la constitution serait pareille à celle des États-Unis américains.
Le moins mauvais gouvernement est celui qui se
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montre le moins, que l'on sent le moins et que Ton paye le moins cher.
Une des choses qui m'ont le plus touché dans les Mémoires de Sainte-Hélène, c'est que ce pauvre Napoléon ne pouvait pas obtenir un exemplaire de Polvbe. pour y lire des instructions imaginaires sur la guerre qu'il n'aurait plus jamais le plaisir de faire.
Las des compositions trop tortillées, je viens d'en faire une de celles dont on peut dire : C'est une idée,
— comme de Chatterton. — Il n'y a rien de compliqué,
— c'est tout simple. Un caractère développé et voilà tout; je ne sais pas comment on jugera d'abord le capitaine Renaud ; mais je suis sûr que, plus tard, si ce n'est dès à présent, on sentira qu'il représente le caractère de l'officier éclairé actuel, comme il doit être.
Je l'ai écrit du 22 juillet au 11 août i835.
Je ne sais pourquoi j'écris. — La gloire après la mort ne se sent probablement pas; dans la vie, elle se sent bien peu. L'argent? Les livres faits avec recueillement n'en donnent pas. — Mais je sens en moi le besoin de dire à la société les idées que j'ai en moi et qui veulent sortir.
Il n'y a que le mal qui soit pur et sans mélange de bien. Le bien est toujours mêlé de mal. L'extrême bien fait mal. L'extrême mal ne fait pas de bien.
J'aime l'humanité. J'ai pitié d'elle. La nature est pour moi une décoration dont la durée est insolente, et sur laquelle est jetée cette passagère et sublime marionnette appelée l'homme1.
L'Angleterre a cela de bon qu'on y sent partout la main de l'homme.
Tant mieux. Partout ailleurs, la nature stupide nous insulte assez.
L'indépendance fut toujours mon désir, et la dépendance ma destinée.
Le cœur a la forme d'une urne. C'est un vase sacré tout rempli de secrets.
Le mot de la langue le plus difficile à prononcer et à placer convenablement, c'est moi.
1. Le poète devait développer plus tard cette idée en vers admirables dans le poème des Destinées : la Maison du Berger. (L. R.)
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Notre littérature ne jette souvent que des cris de malade, comme Volupté, Dernières Paroles, etc., etc.
L'autre jour, je montai à Montmartre.
Ce qui m'attrista le plus fut le silence de Paris quand on le contemple d'en haut. Cette grande ville, cette immense cité, ne fait donc aucun bruit, et que de choses s'y disent! que de cris s'y poussent! que de plaintes au ciel! Et l'amas de pierres semble muet.
Un peu plus haut, que serait cette ville, que serait cette terre? Que sommes-nous pour Dieu?
Je pense qu'il y a des cas où la dissipation est coupable. Il est mal et lâche de chercher à se distraire d'une noble douleur pour ne pas souffrir autant. Il faut y réfléchir et s'enferrer courageusement dans son épée.