‹ Journal d'un poèteChapitre 25 sur 160 · DAPHNE · texte numérisé non relu

DAPHNE

Julien commence un poème; dans les intervalles, il dirige le monde et gagne des batailles.

Il donne le poème à l'un de ses amis, Libanius, en mourant.

Un vers lui coûte plus que le plan d'une bataille.

Il m'est arrivé ce mois-ci trois choses heureuses :

Emile Péhant, placé à Vienne comme professeur de rhétorique. — Sauvé.

Chevalier, marié par amour, et heureux.

Léon de Wailly a hérité de cinq cent mille francs, dit-on.

Que les autres soient heureux au moins, leur vue me fait du bien.

Bonaparte et tous les aventuriers ont posé le pied sur les événements qui les menaçaient, comme le toréador sur le front du taureau. En relevant la tête, le taureau le jette sur son dos. — Il s'y assied.

Aucun siècle passé n'est regrettable pour le nôtre. — Cela ressort de toute vue de l'histoire.

La beauté souveraine n'est-elle pas cachée, toute formée, derrière quelque voile que nous soulevons rarement et où elle se retrouve? Inventer, n'est-ce pas trouver? Invenire.

Voici mes amis qui succombent à une faiblesse d'un moment, et qui consentent à lire leurs poèmes dans des salons. ,

L'un Hamlet, l'autre Macbeth, traduits; l'autre des

vers satiriques. Ils vont s'user dans ce frottement, perdre leur caractère et s'arrondir comme des cailloux.

J'ai remarqué que l'habitude de voir le défaut de chaque œuvre tourne à l'accroissement de l'ennui. Pour accroître le plaisir, je m'amuse à présent à faire le contraire. Il est facile de supposer un sens caché à la plus mauvaise œuvre, et, en suivant cette idée que n'a pas eue l'auteur, de s'en faire pour son usage une œuvre sublime. — Cette opération, on ne cesse de la faire sur les morts; je veux m'amuser à la faire sur les vivants.

J'ai commencé cela hier, à la Porte-Saint-Martin, sur le Monomane.

Ce qui manque aux lettres, c'est la sincérité.

Après avoir vu clairement que le travail des livres et la recherche de l'expression nous conduisent tous au paradoxe, j'ai résolu de ne sacrifier jamais qu'à la conviction et à la vérité, afin que cet élément de sincérité complète et profonde dominât dans mes livres et leur donnât le caractère sacré que doit donner la présence divine du vrai, ce caractère qui fait venir des larmes sur le bord de nos yeux lorsqu'un enfant nous atteste ce qu'il a vu. — C'est d'après cette pensée que, pendant la nuit du 29 au 3o juin, je me laissai aller au besoin de dire au public, comme à un ami, ce que je venais de faire pour lui1. — J'étais encore tout ému de Tenthou-

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