JOURNAL DUN POETE
parts que celle de Louis XIII par les mémoires particuliers. Mais la pensée de persomiifler dans Richelieu l'ambition froide et obstinée luttant, avec génie, contre la royauté même dont elle emprunte son autorité ; l'amitié dans le sacrifice et l'abnégation de M. de Thou, me séduisaient et ne me donnèrent pas de relâche jusqu'à l'exécution du projet que j'avais formé. — J'avais, d'ailleurs, le dési» de faire une suite de romans historiques qui seraient comme l'épopée de la noblesse et dont Cinq-Mars était le commencement. — J'en écrirai un dont l'époque est celle de Louis XIV, un autre qui sera celle de la Révolution et de l'Empire, c'est-à-dire la fin de cette race morte socialement depuis 1789
ONE ÉPOQUE. — UN CARACTÈRE. — La pitié, la tendre commisération que j'ai dans le cœur pour l'espèce humaine et pour ses misères me font souvent sentir la passion que l'on met à combattre une maladie dans une personne qui nous est chère, à la voir revenir à la vie.
Si je l'ai éprouvé près de ma mère, près de ma fenune, cela n'est point surprenant, ayant pour elles tant de tendresse; mais cela m'a fait comprendre les secrètes et
angéliques joies que pouvait goûter le chevalier hospiialier de Saint-Jean de Jérusalem et son arnour pour ses blessés et ses malades.
Il sera bon de faire un roman intitulé VHospitalier et le Templier.
L'un dévoué à Thumanité souffrante, l'autre à Tadoration mystique.
27 JUIN. — Le monde de la poésie et du travail de la pensée a été pour moi un champ d'asile que je labourais, et oh je m'endormais au milieu de mes fleurs et de mes I fruits pour ouhUer les peines amères de ma vie, ses ennuis profonds, et surtout le mal intérieur que je ne cesse de me faire en retournant contre mon cœur le dard empoisonné de mon esprit pénétrant et toujours agité.
LE DÉSIR. — Tous les utopistes, sahs exception, ont -eu la %aie trop basse et ont manqué d'esprit de prévision. Après être arrivés à construire bien péniblement leur
JOURNAL d'un POETE 2[l'S
triste socîété d'utopie^ de république, de communauté, et leur pafadis terrestre organisé comme une mécaniquedont chacun est un ressort, s*ils avaient fait un second tour d'imagination, ils auraient vu qu'en retranchant le désir et la luiiey il n'y a plus qu'ennui dans la vie.
La torpeur mènerait infailliblement chacun de ces bienheureux au sommeil perpétuel des idiots ou des animaux,, au suicide.
J'aime qu'un homme de nos jours ait à la fois un caractère républicain, avec le langage et les manières polies de l'homme de cour. L'Alceste de Molière réunit ces deux. points.
NI AMOUR NI HAINE. — Dès mou eufauce, je n'ai jamais compris pourquoi l'on disait : « Aimez-vous ou n'aimez-vous pas l'empereur? — Louis XVIII, Charles X,. Louis-Philippe ? »
On ne doit avoir ni amour ni haine pour les hommes qui gouvernent. On ne leur doit que les sentiments qu on a pour son cocher; il conduit bien ou il conduit mal,.
voilà tout. La nation le garde ou le congédie, sur les observations qu'elle fait en le suivant des yeux. .
DE LA BONTÉ. — Ilmo semblo quelquefois que b bonté est une passion. En effet, il m'est arrivé de passer des jours et des nuits à me tourmenter extrêmement de ce que devaient souffrir les personnes qui ne m'étaient nullement intimes et que je n'aimais pas particulièrement, -r- Mais un instinct involontaire me forçait à leur faire du bien sans le leur laisser connaître.
C'était l'enthousiasme de la pitié, la passion de la bonté que je sentais en mon cœur
* Arrêtons-nous ici. On sait quel a été le but de cette publication : faire connaître l'homme, le faire aimer comme on admire le poète. J'ai dû, pour Cela, laisser lire dans les souvenirs de sa vie, dans les notes de sa pensée qu'il écrivait pour luimême et dont il m'a confié le trésor. Ce monologue à la plume s'est continué jusqu'à sa mort. Je trouverais à en détacher encore, année par année, maint joyau rare. Néanmoins, j'interromps ces confidences qui touchent à des jours trop présents et à des personnages tous vivants; des convenances de tout ordre me commandent cette réserve. Mais à ces souvenirs