‹ Journal d'un poète, recueilli et pub. sur des notes intimes d'Alfred de VignyChapitre 45 sur 51 · LE BATEAU · texte numérisé non relu

LE BATEAU

Viens sur la mer, jeune fille;

Sois sans effroi.

Viens, sans trésor, sans famille,

Seule avec moi.

Mon bateau sur les eaux brille;

Vois ses mâts, voi Son pavillon et sa quille.

Ce n'est rien qu'une coquille,

Mais j'y suis roi.

Que l'eau s'élève et frissonne

De toutes parts; Que le vent tourne et bourdonne

Dans ses brouillards ; Aux flots comme aux vents j'ordonne.

Plus de regards.

Plus de mur qui t'environne I Personne avec nous, personne

Que les hasards!

Pour resclavfe Dieu fit la terre,

ma beauté I Mais pour l'homme libre, austère.

L'immensité!

Chaque flot sait un mystère

De volupté.

Leur soupir involonuire Veut dire : Amour solitaire!

Et Liberté I

ALFRED OE YIGNT

pniiRE POUR MA MÈRE^

Ah I depuis que la mort effleara ses beaux yeux, Son âme incessamment va de la terre aux deux. 1.11e vient quelquefois, surveillant sa parole, Se poser sur sa lèvre, et tout d'un coup s'envole ; Et moi, sur mes g;enoux, suppliant, abattu, Je lui crie en pleurant : « Belle âme, où donc es-tu ? Si tu n'es pas ici, pourquoi me parle-t-elle Avec l'amour profond de sa voix maternelle?

Pourquoi dit-elle encor ce qu'elle me disait, Quand, toujours allumé, son cœur me conduisait? Ineffable lueur qui marche, veille et brûle.

Comme le feu sacré sur la tête d'Iule...

Septembre 1833,

^ Pendant la maladie qui avait atteint les facultés mentale^ de la mère du poëte. (L. R.)

JOOfllIAI. O'UH rOETE

L'BSPBIT lȉlllSIBN. *

Esprit paristen! dêmoû dû feaâ-fimpîfe!

Vieux sophiste épuisé qui boiê, toutes les nuits, Gomme un titt dont lltrèsse engourdit les ennuis, Les gloires du msttiti, h fiiieiltettfe et la pire;

Froid niyeleur, moalaal) awsiilôt qu'il expire, Le plâtre d'ungrtnd hoamie ou bien d'un lAssassin, Leur mesurant le crèue^ et, dunê leur tasie eein, Poussant jusques aa eoMir ta fêm de tampire;

Tu ris 1 — Ce mois joyeu t'a jeté trois par trois

Les fronts guillotinés sur la place publique^

— Ce soir, faûs le chrétieo, dif « bien haut, que tu crois.

A genoux I roi du mal, comme les autres rois! Pour que la Charité, de son doigt aogélique, Sur ton front de damné fasse un signe de croix^

Mars 1836.

< Pour le bal de la mi-carcme au bénéfice des pauvres, pea après l'exécution de Fieschi et de ses complices.

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