‹ Journal d'un poète, recueilli et pub. sur des notes intimes d'Alfred de VignyChapitre 44 sur 51 · LE BERCEAU · texte numérisé non relu

LE BERCEAU

Eurs daas celle nacelle où te reçut le monde; Son^e au ciel d'où lu viens, au fond de Ion berceau, Comme le naulonier qui, sur la mer profonde, Rôve de.la patrie et dort dans son vaisseau.

Le matelot u'enlend au-dessus de 5a lôte Qu'un bruit vague et sans fin si:r le flot agité, Et, quand au'our de lui bouillonne la tempête, . Il sourit au repos qu'hélas! il a quitté.

(Jalainsi de notre terre aucun son ne t'éveille, . Et que les bruits lointains de la vaste cité, La harpe de ton frère ou ta mère qui veille, Tout forme à ton repos uq murmure enchanté!

N'entends pas les vains bruits de la foule importune, Mais ces concerts formés pour tes jeunes douleurs ; Tu connaîtras assez la voix de l'infortune : ' Sur la terre, ou entend moins de chanls que de pleurs.

Poar ta nef sans effroi la vie est sans orages ; Le seul flot qm te berce est le bras mater neK Et tes jours passeront sans crainte des naufrages Depuis le sein natal jusqu'au port étemel.

Les nautoniers pieux, sur la mer étrangère, Invoquent la patronne et yoguent rassurés...

To f appelles Marie, 6 jeune passagère, Bl ton nom virginal règne aux champs azurés.

LE R*VB

Ton réve, heureux enfant, n^est pas un vain meason^^e L'imagination n'est pas encore en toi; Elle tient de la terre, au lieu que toa beau songe N'est qu'un moment d'absence où Dieu t'appelle à soi.

Les anges sont venus près de ta jeune oreille

Ht t'ont dit : « Oh! pourquoi nous as-tu donc laissés?

A notre éternité la tienne était pareille,

Tes yeux vers les mortels ne s'étaient point baissés.

V Tu touchais avec nous ia harpe parfumée, Et l'or de la cymbale et le sistre argentin ; Tu flottais avec nous dans la sainte fumée Qui tourne autour des feux de l'étemel matin.

» Tu soutenais le bras de la céleste Vierge Lorsque l'enfant de Dieu l'accablait de son poids, Ou bien tu te mêlai» à la flamme d'un cierge Devant TÂgneau sans tache et le livre des Lois.

» Au char d'Emmanuel tes ailes attelées Guidaient la roue ardente et son essieu vivant; Et, pour nourrir le feu des lampes étoilées, Aux voûtes de cristal on t'envoyait souven

iOURNAL D*ON POETE

» Des tabernacles d'or les secrètes enceintes Étaient les lieux cachés choisis pour ton repos ; Tu te posais aussi sur les genoux des saintes, Écoutant leur cantique et leurs pieux propos.

» Tu seras bien longtemps sans revoir nos merveilles. Ange ami, tes instants seront tous agités.

Tu pleures à présent sitdt ttf t'èTetHeis...

Depuis vingt jours, pourqtl<^ ùtms as-tu donc quittés ? »

Ainsi, pour t'éloigner d'uùô tie é|rti*mère.

Les anges t'ont parlé, discours {daintif et doux. Tu leur as répondu : « V&ûê tfaifez pas de mère!... » £t tous ont vu la tieiïM avec des yettk jakmx.

13 décembre 182^.

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