‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 24 sur 148 · Lotti, r/166é Basion, t. II, p · texte numérisé non relu

Lotti, r/166é Basion, t. II, p

XLli L'ABBE MCOLAS ALAIDOX ET SOy JOiRSAL

arrivés. Malheureusement elles n'avaient été connues qu'après ces événements, et la date de leur première apparition restait très vague ^ Ces prophéties, nous les avons vues revivre à toutes les époques troublées du xix'= siècle. A la chute du premier Empire et en 1830. Combien sont nées ou ont reparu après nos désastres de 1870 : la prophétie dOrval; la sœur de Blois; le grand Pape et le grand Roi; et des chevauchées de guerriers dans les nuages ; et des caries géographiques, avec rectifications de frontières, tracées dans les vieilles vitres oxydées, où, comme dans les nuages, on voit tout ce que Ton veut, tout ce que peut suggérer une imagination surexcitée par des émotions violentes. L'abbé Alaidon fut, sans doute, par son ferme bon sens, défendu contre ces croyances maladives; on n'en voit pas trace dans son journal. Plusieurs de ces prophéties fixaient à l'année 1797 le rétablissement du culte. Un moment elles semblèrent triompher : le 7 fructidor de cette même année (jeudi 24 août 1797) le Conseil des Anciens approuva la loi suivante :

'( Les lois qui prononcent la peine de réclusion ou de déportation contre les ecclésiastiques sont et demeul'ent abrogées. Les lois qui assimilent les prêtres déportés aux émigrés sont également rapportées. »

La France ouvrait Jonc les portes de la patrie à ses prêtres! Et aussitôt, sur toutes les routes de l'exil, dans les villes et les villages, au fond des

1. Sur les prophéties pendant la Révolution, voir Tabbé Sicard, l'Ancien Clergé, t. 111, p. 153; Loth, l'Abbé Baslon, t. II, p. 351.

L'ABBE NICOLAS ALAIDON ET SON JOURNAL xnil

plus lointaines retraites, passa un souffle d'espérance. Tous se dirigèrent vers la frontière. Les évèques leur envoyaient des instructions ou les mandaient près d'eux pour les leur donner. L'abbé Alaidon, alors à Eichstatt, se préparait à partir pour Strasbourg, quand il fut rejoint par une lettre de l'abbé Guillot, secrétaire de l'évêque de Toul, Monseigneur François Xavier des Michels de Champorcin, résidant à Constance. Par cette lettre, l'évêque lui conseillait de « se hâter afin de profiter des heureuses circonstances qui se présentaient alors ». Immédiatement il se met en route et, ayant quitté Eichstatt le mercredi 6 septembre, il est à Constance le lundi 11. Mais là, au lieu de recevoir des instructions pour rentrer en France, il apprend que, après le coup d'état du 18 fructidor (4 septembre 1797), on a remis en vigueur les lois rapportées, que la France est de nouveau fermée et qu'il faut reprendre la vie de misère K

Jusqu'en l'année 1799, l'abbé Alaidon continua cette triste existence. En 1802 seulement, après trois ans d'une vie plus calme, il put rentrer en France. Les Lorrains accueillaient avec joie leurs anciens pasteurs. Les intrus, d'ailleurs, depuis les plus humbles jusqu'aux plus élevés, s'étaient complètement déconsidérés à Nancy. Nous en pouvons donner comme preuve l'anecdote suivante racontée par un témoin oculaire^ :

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