L'ABBE NICOLAS ALAIDON ET SON JOURNAL XLV
couleur d'écarlate... Mais ils se remirent bientôt de cette petite confusion imprévue. »
Rentré en France sans avoir demandé l'autorisation du ministre général de la police, l'abbé Alaidon fut soumis à un nouveau serment. Mais celui-là n'était pas contraire à sa conscience. Il le prêta le 9 germinal an X (mardi 30 mars 1802) à la préfecture de Nancy :
« Je déclare que je suis en la communion des évéques de France nommés par suite de la convention passée entre le gouvernement Français et sa Sainteté Pie VII. Je serai fidèle au gouvernement établi par la constitution et je n'entretiendrai ni directement ni indirectement aucune liaison ni correspondance avec les ennemis de l'État. »
Ayant déclaré qu'il choisissait Toul comme lieu de résidence, il fut autorisé à y demeurer.
Une grande douleur compensa, pour l'abbé Alaidon, les joies du retour. Pendant tout le temps de son exil, il avait pensé au bonheur de se retrouver au milieu de ses paroissiens, d'exercer ses fonctions de curé dans cette même église qu'il avait construite. Et, sur la terre étrangère, quand, par hasard, il présidait un office, c'est vers elle que se reportait sa pensée :
« Je fis aussi connaissance d'un des amis et confrères de mon bon curé [de Rambrouck] ; comme celui-ci éloit estropié et ne pouvoit pas se tenir longtems
XLVi L'ABBÉ NICOLAS ALAIDON ET SON JOURNAL
debout à l'autel, il m'invitoit les jours de grande fête à aller faire son office; ce qui me combloit de joye; je chantois la messe et les vêpres, il me sembloit encore être dans ma paroisse. J'ai eu ce bonheur aux fêtes de Noël, de l'Epiphanie, pendant le carême et la semaine sainte et aux fêtes de Pâques. Ce curé me donnoit à dîner, et l'honoraire de mes messes. J'avois beaucoup de peine pour y aller, mais je l'endurois volontiers pour le plaisir que j'avois à faire encore quelqu'une de mes fonctions *. «
A Cologne, un ami mal renseigné lui apprend que son église a été renversée :
« Les paroles du saint homme Job me revinrent à l'esprit : le Seigneur me l'avoit donné, le seigneur me l'a ôté, que son saint nom soit béni. J"ai appris cependant depuis que cette église, qui étoit une œuvre de la Providence, subsistoit encore. Au reste, que la volonté de Dieu soit faite-. »
Son église, en effet, n'avait pas été détruite, mais elle avait été vendue comme bien national pour la somme de trois mille livres. Quand, au moment où l'abbé Alaidon rentrait en France, on reconstitua le culte, la paroisse Saint-Pierre, du faubourg de Saint-Mansuy, à Toul, ne fut pas rétablie. En vain, dès Tannée 1802, l'abbé Alaidon s'y employa de tout son pouvoir; en vain cinquante-deux de ses anciens paroissiens adressèrent une pétition à l'évêque de Nancy. Ils y énumèrent longuement les motifs pressants de restaurer le culte au faubourg Saint-Mansuy, après quoi ils exposent :