‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 31 sur 148 · Le mercredi 29 Juin · texte numérisé non relu

Le mercredi 29 Juin

octave. Vous aviez, ô mon Dieu, rassemblé tous ces objets de piété et de dévotion pour me consoler et pour être à votre peuple un nouveau motif de s'attacher à vous.

De temps en temps néanmoins, j'avais à soutenir certains assauts qui m'étaient d'autant plus sensibles qu'ils venaient de mes paroissiens. Ils me disaient : « 31ais pourquoi ne faites-vous point le serment? Nous n'y voyons point de mal; il y en a bien d'autres qui l'on fait. Oh! c'est que vous ne nous aimez pas et que vous êtes bien aise de nous quitter. Que deviendrons-nous, nous et nos enfants? — Soyez fidèles à Dieu, leur disais-je, et il ne vous abandonnera pas. Je vous aime, je crois vous l'avoir assez prouvé; mais je ne puis faire ce serment en conscience. Au reste, je serai toujours votre pasteur; je ne me séparerai point de vous, et je vous rendrai toujours les services que je pourrai. » J'avais aussi quelquefois des assauts d'une autre espèce à essuyer. Mais, grâce à Dieu, au lieu de m'affaiblir, ils ne servaient qu'à me fortifier de plus en plus dans le parti que j'avais pris.

Enfin, nous fûmes avertis que nous devions être dépossédés et remplacés par des intrus le septième dimanche après la Pentecôte, qui, cette année-là, tombait le 29 ou le 30 de juil-

let^ Je fis mes adieux à mes paroissiens le dimanche précédent". Je leur dis en général ce que j'avais déjà dit à plusieurs en particulier. Je leur lus, comme par forme de testament, un inventaire de tout ce que j'avais fait et amassé et pour l'église et pour les pauvres; et, après la lecture, j'en envoyai une copie au premier chatelier ^ que j'engageai à la conserver avec soin. J'en retins une autre pour moi, pour avoir toujours un monument subsistant des bienfaits de la Providence. Ce moment me fut très sensible et j'eus beaucoup de peine d'achever de chanter ma messe; il le fut de même à mes paroissiens qui le témoignèrent par leurs larmes et leur tristesse profonde.

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