CHAPITRE V
L'EXIL
(11 septembre — octobre 1792).
ARRIVÉE ET SÉJOUR A VERDUN OCCUPÉ PAR L'aRMÉE PRUSsienne. ^ l.évéque. = séjour au grand séminaire. =: l'armée prussienne Évacue verdun. = il faut la suivre. = voyage pénible au milieu des convois de l'armée. = arrivée a longuyon.
Nous partîmes vers les six heures du matin dans une voiture commode, bien propre à nous cacher, surtout ayant devant nous cette dame qui nous accompagnait et qui avait rangé tous ses attirails de manière qu'on ne nous voyait presque pas. Je passai, le cœur bien gros, à travers ma paroisse; je n'y aperçus qu'une femme et notre respectable sœur d'école * à qui j'aurais voulu dire quelque chose; mais j'en fus empêché. Nous eûmes un temps assez favorable
1. M. Alaidnn avait fondé dans sa paniissp iino école de filles qui « servait de modèle dans le diocèse ■> de Toul, au dire de Ghatrian, cité par II. -J. Thiriel (L'abbé Gabriel Mollevaul, p. 22.)
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et le voiturier alla si bon train qu'il nous mena coucher dans un village qui était déjà sous une puissance étrangère ^
Nous n'eûmes aucune mauvaise rencontre et personne ne demanda où nous allions. Cependant il y avait encore de mauvais sujets dans ce village, et le lendemain matin on nous avertit qu'il était temps de partir si nous ne voulions nous exposer à quelque scène qui deviendrait peut-être fâcheuse. Nous dépêchâmes donc notre départ, et nous arrivâmes à Verdun dans la matinée. Cette ville était alors au pouvoir du roi de Prusse. Elle était si pleine de monde qu'on ne trouvait presque plus à se loger ni à se nourrir. Elle était encore dépavée et il y avait jusqu'à un demi-pied de boue au moins dans les rues. Nous étions dans une bonne auberge, mais on nous dit qu'on aurait beaucoup de peine à nous coucher.
Comme nous apprîmes que le pieux et digne évêque de cette ville- y était revenu, je proposai à mon compagnon d'aller le voir et de le prier de vouloir bien nous accorder un logement dans son
1. 11 s'agit des armées du roi de Prusse qui (Haient entrées à Verdun le 2 septembre 1792, et occupnient une partie du département do la Meuse.
2. Mgr llenri-Louis-Uené Desnos, cvè(]uo do Verdun (1770- 1793), avait quitté sa ville épi.scopalc le 2t janvier 1791, et il y était rentré au mois de seplenihre 1792. (Voir Ivoliinet. Poiiillc, t. 1, p. 47-48.)
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séminaire. Il accepta la proposition, et aussitôt après dîner nous exécutâmes notre projet. Ce bon pasteur nous reçut comme si nous avions été ses propres brebis; il nous embrassa, nous consola, nous fit espérer que bientôt nous pourrions retourner chez nous. Enfin il nous dit qu'il consentait très volontiers que nous logeassions dans son séminaire, s'il y avait encore place.
Nous le quittâmes pour aller chez les personnes qu'il nous recommanda de voir à ce sujet. Elles nous donnèrent par écrit ladite permission, et aussitôt nous courûmes au séminaire où, par un trait de providence, nous trouvâmes encore à nous loger, quoiqu'il fût déjà presque rempJi.
Un de mes amis, chanoine de la cathédrale de cette ville *, m'avait donné une lettre de recommandation pour un de ses vénérables confrères ".
Ce Monsieur fît avec nous toutes les démarches nécessaires, et nous rendit tous les services possibles. Il aurait bien voulu me loger chez lui, mais il ne le pouvait pas, parce qu'il avait un officier et son domestique à loger. Il m'invita