‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 47 sur 148 · Esch-sur-l'Alzelte · texte numérisé non relu

Esch-sur-l'Alzelte

sa situation. Le cher homme n'était presque plus à lui, et il n'y avait pas de propreté chez lui. Nous y soupâmes cependant, nous y couchâmes, et hien ; le lendemain, nous y dinâmes encore; mais ce bon curé fort âgé, fort timide et infirme, ne voyant pas arriver son neveu que nous lui avions dit nous avoir envoyés chez lui, nous prit pour des espions, nous dit qu'il ne pouvait pas nous tenir davantag-e, et que nous ayions à sortir de chez lui. Nous ne demandâmes pas notre reste, et nous vînmes nous rabattre chez ce neveu, qui n'était point encore de retour chez lui; nous l'attendîmes jusqu'au soir; enfin il arriva. Nous lui contâmes de son oncle, et le priâmes de vouloir bien aller le rassurer sur notre compte. Je ne sais s'il le fit, mais, après avoir couché chez lui, nous revînmes à Arlon.

Nous y avions précédemment fait des recherches de nos paquets qu'on devait nous rendre dans cette ville. Nous en fîmes encore, mais inutilement. On nous raconta que les voituriers qui les avaient chargés, et qui n'avaient pu marcher qu'après toute l'armée, avaient été surpris par les patriotes, qu'ils n'avaient eu que le temps de dételer leurs chevaux et de se sauver bien vite, laissant là leurs voitures. Nous en fûmes pour tous nos petits butins dont nous n'avons effectivement récupéré

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aucun; mais votre providence, ô mon Dieu, ne nous manqua pas. Nous fîmes un polit dîner à Arlon, pendant lequel nous nous décidâmes à aller à Esch, comme on nous l'avait conseillé, et nous nous mîmes aussitôt en marche.

Comme il était déjà trois heures du soir, et que nous étions au mois d'octobre, nous ne fîmes qu'une lieue, et nous vînmes coucher à Attert. Nous apprîmes là à coucher sur la paille, dans le schtouff ou chambre oii il y a un fourneau. C'est l'usage dans toute l'Allemagne. On étend de la paille, selon le nombre de personnes qu'il y a à coucher, sans draps, sans couverture, et c'est là qu'on prend son repos.

De là, nous vînmes à Rambrouck dans une auberge qui est sur la route; l'hôte parlait français. En causant avec lui, il nous dit qu'ils avaient un bon curé, et que sûrement il nous recevrait bien si nous allions le voir. Après dîner mon compagnon me proposa d'aller chez ce brave curé. Je lui répondis que mon intention était d'arriver à Esch au plus tôt; qu'au reste il pouvait y aller et que j'attendrais ici ce qu'il viendrait m'en dire. Je restai donc à l'auberg-e, tandis qu'il allait chez M. le curé.

Il y demeura fort longtemps; enfin il vint me dire que c'était un homme très touché de notre

sort, plein de charité, qu'il l'avait invité à aller coucher chez lui et moi aussi dont il lui avait parlé, à y passer le dimanche et même quelques jours si nous voulions. J'y allai donc avec lui, et j'éprouvai que mon compagnon ne m'avait rien dit de trop de ce curé hienfaisant. Il nous reçut et noustraita comme ses frères. Lui ayant proposé de nous prendre en pension, il nous dit qu'à présent cela n'était pas possible; qu'il n'avait qu'une vieille servante infirme qu'il voulait et qu'il devait ménager, mais que, dans la suite, il verrait et qu'il ne s'}^ refuserait pas, s'il pouvait le faire. Nous nous remîmes là de nos fatigues et des mauvais traitements que nous avions eus la semaine d'auparavant. Enfin, le lundi, après avoir demandé à ce bon curé la permission de venir le voir de temps en temps, et l'avoir obtenue, nous le remerciâmes, et nous nous mîmes en route pour aller à Esch-sur-Sure \ ou Esch-le-Trou, qui fut notre première demeure en Allemagne, ou du moins dans le duché de Luxembourg.

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