‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 49 sur 148 · Dommaitin-lès-Toul · texte numérisé non relu

Dommaitin-lès-Toul

2. Mont Saint-Michel où est présentement le fort Saint-Michel.

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Quant au coucher, il s'accommoda avec un aubergiste, et nous y allions prendre notre repos. 11 nous rendit cependant un service important à tous les deux. Nous avions depuis notre sortie de Verdun une infirmité fort gênante, une espèce de dysenterie qui durait depuis plus d'un mois; il nous en guérit avec votre secours, ô mon Dieu, en nous faisant prendre de la bouillie faite avec de la farine d'avoine. Mais vo3'ant que nous ne pouvions avoir chez lui un ordinaire réglé, nous prîmes le parti d'en sortir au bout de deux mois et voici comment cela arriva.

Il était arrivé un petit marchand qui logeait chez de braves gens de l'endroit. Mon compagnon alla, par hasard, voir s'il avait des mouchoirs, car nous n'en avions chacun que deux, après la perte de nos paquets. Il causa avec ce marchand qui lui raconta que les gens chez qui il logeait étaient de bonnes gens et qu'il n'y payait pas cher. Il ouvrit alors de grandes oreilles, et, après lui avoir raconté à son tour combien nous étions et chèrement et mal, il dit à cet homme que nous voudrions bien être comme lui. Comme ce bon petit marchand était fort compatissant, il répondit à mon compagnon que, si nous voulions, il proposerait à ces gens de nous prendre en pension, et qu'il était sur qu'ils ne nous deman-

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deraient pas plus de douze francs par mois. « Je m'en A^ais en avertir mon confrère ». dit mon compagnon, et il vint me raconter sa bonne trouvaille, et m'engager à venir avec lui. J'y allai bien vite; ce petit marchand parla et aussitôt notre affaire fut conclue, précisément à douze livres par mois. Nous finîmes avec M. le vicaire, et dès le lendemain nous vînmes chez nos nouveaux hôtes. C'étaient l'oncle et le neveu. Mon compagnon coucha chez le neveu et moi chez l'oncle et nous eûmes tous les deux un fort bon lit. Ce qui me plaisait particulièrement, c'était de coucher seul, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Nous mangions alternativement huit jours chez l'oncle et huit jours chez le neveu. Nous avions, outre la soupe, trois ou quatre mets, gros à la vérité, de viande salée et mal cuite mais, quoique nous mangeassions avec beaucoup d'appétit et beaucoup, nous n'en étions pas incommodés.

C'est l'usage en Allemagne de manger de ces sortes de viande, et de boire de la bière. Pour le pain, il est ordinairement de seigle, quelquefois mal fait mais aussi souvent fort bien fait, et plus savoureux et plus sain, du moins à mon goût, que le pain de froment.

Nous demeurâmes pendant deux mois chez ces

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braves gens, et nous n'eûmes pas de peine à les payer, d'autant plus qu'on nous donnait de temps en temps des messes à acquitter, qui étaient rétribuées dans ce pays à treize sols de France. Ce temps écoulé, ils nous dirent qu'ils ne pouvaient plus continuer. Il nous fallut donc chercher ailleurs, et nous trouvâmes un petit marchand du lieu qui voulut bien nous prendre; mais il demanda trois gros écus par mois; nous y consentîmes. J'eus une bonne chambre et un bon lit dans sa maison, mais mon compagnon alla coucher ailleurs.

Sur ces entrefaites arriva à Esch un hôpital de soldats de l'armée; il y avait plusieurs malades, et d'une maladie contagieuse : chaque semaine il en mourait. Petit à petit la maladie se communiqua aux habitants, et ils mouraient comme les soldats. 11 y avait bien dans le lieu une église, mais il n'y avait point de cimetière. Il fallait conduire les morts à la mère-église dans un village où résidait M. le curé, et toujours en montant pendant trois quarts d'heure au moins. Aussi mettait-on les cercueils sur une charrette; M. le vicaire marchait devant précédé d'une croix et, après la charrette, venaient tous les liommes et les femmes ensuite, deux à deux, récitant le chapelet à voix haute et à deux chœurs. Afin que la difficulté et la longueur du chemin

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n'empêchassent pas d'assister à la sépulture d'un défunt ou d'une défunte, il y avait entre les habitants un certain pacte par lequel il devait y avoir une personne de chaque maison et famille à l'enterrement sous peine d'un petit écu d'amende. On faisait des services pour ces défunts toujours à trois grandes messes. M. le curé nous invitait à venir chanter ces messes, et cela arrivait quelquefois deux fois, quelquefois trois fois par semaine. Toutes les fois que nous y allions, nous avions vingt-six sols de France et M. le curé nous donnait à dîner. En conséquence nous étions convenus avec notre hôte que tous les jours où nous ne dînerions pas chez lui seraient autant de dîners que nous reprendrions au bout du mois; de cette manière, un mois de nourriture allait quelquefois jusqu'à six semaines.

Le pauvre vicaire avait beaucoup de besogne; il tenait l'école des petits garçons et des petites filles. C'est l'usage dans ce pays-là, en sorte que les vicaires font les fonctions de vicaires, de sacristains, de chantres et de maîtres d'école. Il allait aussi visiter exactement les malades. Il succomba enfin, devint malade lui-môme, et mourut du pourpre après avoir été arrêté tout au plus huit jours. Du consentement de M. le

curé, je lui administrai le sacrement d'extrêmeonction; il était temps, car il mourut deux ou trois heures après. J'administrai aussi quelques autres personnes et, grâce à Dieu, je n'en fus point indisposé. Dieu, qui voulait nous conserver, fit partir l'hôpital, et insensiblement la maladie cessa.

Il n'y avait plus de vicaire dans ce lieu, ni personne qui en pût faire les fonctions. M. le curé nous proposa de faire ce que nous pourrions, en attendant qu'il pourraitavoir un vicaire. Nous nous prêtâmes donc, mon confrère et moi. Pendant trois mois nous chantâmes les messes, les vêpres, les bénédictions; mais, ne sachant point l'allemand, nous ne pouvions point prêcher, ni catéchiser, ni confesser. Je fus cependant approuvé dans ce diocèse, qui est celui de Trêves, mais seulement pour les Français.

Notre second hôte ne s'accommoda pas tout à fait de notre arrangement, et, au bout de six semaines ou deux mois, il nous fallut encore chercher une autre pension. Nous allâmes dans une auberge où on nous demanda un louis et quatre messes par mois; mais nous étions mieux et les choses étaient mieux apprêtées. Nous fîmes les mêmes conventions qu'avec l'hôte que nous quittions et chez qui je conservai même ma

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chambre et mon lit, de l'agrément de ce brave homme, qui m'était beaucoup attaché.

Depuis notre séjour à Esch, nous avions été voir déjà, une fois ou deux, notre bon curé de Kambrouck; nous lui rappelions ses promesses, mais il avait toujours les mêmes raisons; ainsi nous ne pouvions rien terminer.

Mais, après Pâques*, il me prit envie d'aller faire un pèlerinage à Saint-Hubert, dont nous n'étions éloignés que de dix lieues. Nous demandâmes un itinéraire, et nous nous mîmes en chemin après en avoir averti M. le curé. En chemin, nous fûmes bien reçus par MM. les curés et autres prêtres, mais surtout chez les deux derniers, du côté de Saint-Hubert. Chez l'avantdernier j'y trouvai deux curés du diocèse de Nancy, dont je connaissais un particulièrement; l'un et l'autre nous firent beaucoup d'amitiés, engagèrent leur curé à nous donner à coucher, ce à quoi il se détermina d'autant plus volontiers que nous avions une recommandation auprès de lui de la part de son frère qui demeurait à Esch. Le lendemain matin nous partîmes, après avoir remercié notre hôte et nos confrères.

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