‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 53 sur 148 · ARRIVÉE ET SÉJOUR A TREVES. = L'ÉVÈOUE DE TOUL · texte numérisé non relu

ARRIVÉE ET SÉJOUR A TREVES. = L'ÉVÈOUE DE TOUL

MORT DE L'aDBÉ MOYE. = RETOUR A ESCH.

CONTENTS de notre voyage, il nous prit envie d'en faire un autre plus long et plus dispendieux. C'était à Trêves que nous voulûmes aller, et il y avait dix-huit lieues. La chose était difficile pour des gens qui n'étaient pas accoutumés à marcher. Cependant nous nous y décidâmes pour voir cette ville si ancienne, notre métropole, et pour y visiter Monseigneur notre évêque^ qui y faisait sa demeure.

Après donc nous être reposés pendant quelques jours, nous nous mîmes en chemin pour Avenir à Luxembourg-, que nous voulions voir en passant. Nous y entrâmes sans être arrêtés, et nous en

1. L'évéque de Toul était alors Mgr Etienne-Franyois-Xavier des Michels de Champorcin (Voir p. 23, n. 2).

fûmes surpris, car on arrêtait tous les étrangers aux portes. Mais nous n'en fûmes pas quittes pour cela. Personne ne voulait nous recevoir sans une permission du commandant, qu'il nous fallut aller chercher et que nous eûmes beaucoup de peine à obtenir. Il nous l'accorda cependant pour cinq jours; mais nous ne voulions pas y demeurer si longtemps, parce que ce n'était point là le but de notre voyage et que, d'ailleurs, il faisait trop cher dans cette ville. Gomme j'avais encore quelques petits assignats, j'achetai quelques marchandises dont j'avais besoin, mais je perdis la moitié de leur valeur.

Tandis que je fus dans cette ville, j'allai voir de nos confrères qui logeaient hors des murs dans un moulin fort enfoncé. Ils étaient au nombre de six, fort mal logés et fort mal nourris. Ils faisaient eux-mêmes leur cuisine, et certainement il s'en fallait beaucoup qu'elle pût exciter la sensualité. Je dînai avec eux, et j'en fus presque incommodé.

Nous allâmes aussi visiter la chapelle de Notre- Dame de Luxembourg, que je trouvai fort belle; mais la statue et toutes les richesses avaient été transportées à la paroisse, dans la ville. Nous l'y vîmes, et une partie de ses richesses, parce qu'on faisait alors une octave ou ncuvaine en l'honneur

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de la Sainte-Vierge. Il y avait des messes depuis le grand matin jusqu'à midi, et j'eus le bonheur de la célébrer trois fois dans cette église.

Nous continuâmes notre route le vendredi, parce que nous apprîmes qu'il y avait des voitures de l'armée qui allaient à vide jusqu'à la moitié de notre chemin. Nous en vîmes en effet qui partaient vers les neuf heures du matin. Nous tâchâmes de nous faire entendre à un de ces voituriers qui nous permit de monter. Nous voilà embarqués: mais nous allions si lentement que je commençais déjà à m'ennuyer, lorsqu'il arriva ordre à toutes ces voitures de retourner, et je n'en fus point fâché. Nous descendîmes donc et à pied nous vînmes dîner à un village sur la route à deux lieues de la ville. Pendant notre dîner se présenta une autre voiture qui allait à Grevenmacher. Nous fîmes prix, et, comme celle-ci allait bon train, nous y arrivâmes vers les quatre heures du soir.

Nous voulions, s'il était possible, arriver à Trêves le même jour. Nous allâmes voir un batelier pour nous y conduire par eau. Mais, comme il nous demanda trop cher, nous le quittâmes et nous mîmes à piétonner. A sept heures, nous étions dans un village oii nous avions dessein de coucher parce que nous nous sentions fatigués.

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L'hôte de la maison où nous étions entrés à ce dessein nous dit qu'il ne pouvait pas, mais qu'à une demi-lieue nous trouverions un autre village 011 nous pourrions loger. « Allons donc, dîmesnous, nous ferons encore bien cela » ; mais nous fûmes bien trompés. Nous marchâmes une demiheure, trois quarts d'heure, une heure, point de village ; la nuit nous prend et nous voilà seuls sur la route, sans savoir la route, ni jusqu'où elle nous conduirait. De temps en temps nous voyions bien des lumières loin de la route, tantôt à droite, tantôt à gauche, mais j'engageais toujours mon compagnon à avancer.

Enfin, à force de marcher, nous voyons à notre droite une grande porte qui me semblait une porte de grange. « Allons frapper là, dis-je à mon compagnon. » Nous y allâmes, et nous frappons. On vint demander aussitôt qui c'était. Nous répondîmes, et on nous ouvrit. Nous reconnûmes alors que nous étions à la porte de la ville, par le corps de garde qui était là.

On nous interrogea, on nous demanda nos certificats : nous les donnâmes et on les mit entre les mains d'un soldat qui eut ordre de nous conduire à la grand'garde. Nous étions si fatigués que nous n'en pouvions plus; il fallut encore ('.pendant, marcher pendant un grand quart

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d'heure sur le pave que nous trouvions si dur, et pendant la nuit. Mon pauvre compagnon tombait par pièce. « Je ne peux plus aller, me disait-il, je m'en vais entrer ici. — Gardez-vous-en bien, lui répliquai-je, on nous prendrait pour des espions, et nous pourrions bien nous en repentir. » Il se traîna donc comme il put, et moi aussi. Enfin nous arrivâmes : il était plus de neuf heures du soir. On remit nos papiers à celui qui présidait à la grand'garde, et il nous dit qu'il était trop tard pour aller chez M. le général, qu'il allait retenir nos papiers, que nous reviendrions le lendemain vers les neuf heures.

Il nous demanda oii nous allions loger. « Hélas ! monsieur, nous n'en savons rien, nous ne savons pas même où il y a des auberges; si vous vouliez bien nous en indiquer une et nous y faire conduire, nous vous serions bien obligés. » Il appela un soldat qui, de sa part, nous conduisit dans une fort bonne maison et chez de bonnes gens. Il était alors dix heures. Nous y trouvâmes encore plusieurs officiers à table, et on nous servit un bon souper dont nous avions grand besoin. On nous donna aussi une bonne chambre et à chacun un fort bon lit où nous reposâmes très bien.

Le lendemain matin, après mes devoirs, mon premier soin fut de chercher un bon ami que je

savais être à Trêves. A force de le chercher, enfin je le trouvai. Il me combla de caresses et m'invita à dîner avec lui. J'acceptai, et, après avoir causé quelque temps avec lui, je revins reprendre mon compagnon pour aller à la grand'garde à l'heure fixée; nous nous y rendîmes, et peu après on nous donna un soldat pour nous conduire chex M. le général. Y étant arrivés, nous lui fûmes présentés avec nos papiers. Il nous demanda ce que nous venions faire dans cette ville. Nous lui répondîmes que nous venions voir notre évêque. « Est-ce qu'il est ici ? nous dit-il. — Oui , monseigneur. — Et qui est-il? — C'est Monseigneur l'évêque de TouP ; et nous vous prions de nous accorder la permission de rester quelques jours. — Je vous accorde trois jours, répondit-il; mais il faudra partir après. » Nous le remerciâmes, et comme il voulait nous rendre nos papiers : « Non, dit un officier, qui était là, non, il ne faut pas les rendre ». Il les prit et nous dit : « Quand vous voudrez partir, messieurs, vous viendrez les prendre chez moi. — Où logez-vous, monsieur, et sommes-nous sûrs de vous trouver? » Après qu'il nous eut indiqué son auberge et assuré

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