Voir plus liaut, p. 23, noie
72 r.V PRETRE LOHRAlS PEM)AST LA REVOLUTIOy
que nous le trouverions toujours, nous nous retirâmes.
Comme nous étions près de la métropole, nous y allumes, et nous vîmes une église fort ancienne; et, comme nous entendions chanter et que nous ne vo3aons personne dans le chœur, nous tirâmes du côté d'où venaient les voix, et nous vîmes une seconde église, à peu près aussi grande que la première, dans laquelle on chantait une messe de morts. Après y avoir fait notre prière, nous sortîmes. Je remis mon compagnon dans notre auherge, et j'allai retrouver mon ami et dîner avec lui. Je me trouvai si bien de son petit dîner que je le priai de parler à son hôte, et de lui demander la permission de venir, tous les jours que je serais à Trêves, manger avec lui, en pa3'^ant. Il me l'obtint et cela me procura l'avantage d'être avec mon ami, et do ne pas tant dépenser. Après dîner, cet ami me conduisit chez Monseigneur notre évêque qui me reçut avec bonté. Il nous dit qu'il espérait beaucoup rentrer cette année. Mais le temps de votre miséricorde n'était pas encore arrivé, o mon Dieu!
Après avoir causé quelque temps avec Sa Grandeur, nous allâmes faire un tour de ville, ou du moins nous traversâmes une partie de la ville ])our aller voiries églises qui sont en dehors.
Nous vîmes celle de Saint-Paulin que je trouvai très belle, aussi bien que celle de Saint-Maximin. Dans celle de Saint-Mathieu, nous vîmes le tombeau en marbre du saint apôtre. Nous visitâmes aussi l'église d'une troisième abbaye, que je crois être celle de Notre-Dame, mais nous ne pûmes pas voir celle de Sain t-Mar tin.
L'église qui me parut la plus singulière est celle de Saint-Siméon, à la })orte de la ville. Il y a là trois églises l'une sur l'autre, et c'est dans la plus élevée qu'on faisait l'office. Près de la place, je vis écrits en gros caractères deux vers latins qui signifiaient en français : Trêves a existé treize cents ans avant Rome; qu'elle dure et jouisse d'une paix éternelle \ ce qui fait remonter l'origine de cette ville environ à l'an deux mille depuis la création du monde.
Pendant mon séjour à Trêves, il y mourut un saint piètre du diocèse de Metz, nommé M. Moy'\
1. Cette inscription est gravée surle mur deriiôtel de la maison rouge (ancien hôtel de ville). Je n'ai retrouvé dans les livres que le premier vers, qui est faux; cela me console d'ignorer le second.
Aille Romam Treveri sletU annis mille trccentis.
La même pensée est exprimée dans un distique gravé sur la tour de l'horloge à Soleure :
In Cellis nihil est Solidoro anliqiiius, unis Exceptis Treveris quorum cxjo dicta soror.
2. C'est le samedi 4 mai 1793 qu'il mourut du typhus, contracté en visitant les soldats malades. Tous les prêtres français
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qui avait été missionnaire en Chine, où il avait baptisé jusqu'à quarante mille enfants qui étaient jetés dans les rues pour être dévorés des chiens, et qui avait souiïert pour la foi. Il était revenu en France où il donnait des missions. Lorsque vint la révolution, il fut déporté comme nous, et il finit sa vie à Trêves, où il continuait de vivre saintement. J'en fus averti par mon ami. J'assistai à sa sépulture et à ses services. Je voulus avoir quelque chose de ce saint homme. Je me transportai au lieu de sa demeure, et j'obtins un rabat que je conserve toujours.
Ce même jour, nous allâmes de nouveau, mon compagnon et moi, rendre notre visite à Monseigneur notre évêque et lui faire nos adieux; puis nous nous occupâmes de nos papiers, nous cherchâmes la maison de l'oftîcier qui les avait retenus. Après avoir attendu quelque temps dans une antichambre, il nous les fit remettre et nous nous disposâmes à partir le lendemain, qui était le mardi des rogations '.
Mon ami nous accompagna jusqu'à la Chartreuse, à une bonne lieue de Trêves, où nous
présents à Trêves (ils étnienl environ 600, dont 12 ou 14 évoques), assistèrent à ses funérailles. 11 fut inhumé uu cimetière de l'église paroissiale de Saint-Laurent, près du palaio du Prim-e. (Cf. J. Marchai, Vie de M. l'abbé Moye, p. 603-609.) 1. Le mardi 7 m;ti 1793.
célébrâmes la sainte messe après laquelle nous continuâmes notre route, et là il fallut passer la ^[oselle qui, dans ce pays, est aussi large qu'un fleuve. Nous la passâmes sur une nacelle. Nous retrouvâmes notre route. L'ami voulut nous conduire jusqu'au premier village et ce fut là qu'il nous quitta. Nous fîmes encore quatre ou cinq lieues ce jour-là, et, le lendemain, nous arrivâmes de bonne heure à Luxembourg, où nous passâmes la fête de l'Ascension \ et nous en partîmes le lendemain. Nous étions rendus à Escli le samedi".