L'abbé Bienaimé (voir p. 155, note
2. Dans une de leurs réunions, les ministres protestants du pays de Genève mirent en délibération la ([ueslion suivante : le clergé de France devait-il refuser le serment à la Constitution civile? Ils conclurent à rafbrmalive, ajoutant ([ue, en cette circonstance, la conduite des prêtres français avait été d'accord avec leurs principes. (Abbé Sicard, Vancicn Clergé, t. Ill, p. 34.)
VOUS avez encore le temps, asseyez-vous. J'ai une petite campagne à une demi-lieue d'ici qui est sur votre chemin; je veux que vous la voyiez; j'irai vous conduire jusque-là. » Nous restâmes donc jusqu'à quatre heures. Alors ce Monsieur nous dit : « Allons, messieurs, puisque vous voulez partir, il est temps ». Il nous mit à chacun dans la main un rouleau de petites pièces de monnaie qui faisaient à peu près douze francs. Son épouse et sa demoiselle nous présentèrent des fruits pour nous rafraîchir. Nous prîmes nos sacs, après avoir salué toute la compagnie, et nous sortîmes.
Les habitants nous voyant chargés de nos sacs, et sachant sans doute qui nous étions, s'apitoyaient sur nous et nous regardaient tous avec compassion. Nous suivîmes ce bon magistrat qui conservait toujours son ton honnête et sa joie. Il nous conduisit en effet à sa campagne, où nous ne trouvâmes rien de beau, ou du moins d'extraordinaire. Quand nous eûmes vu sa maison, et fait deux ou trois tours de jardin, il nous mena du côté de la cour qui est devant sa maison, et nous vîmes une bonne voiture attelée de deux chevaux de maître. « Je vous prie, messieurs, dit ce magistrat bienveillant, je vous prie d'accepter ma voiture; elle vous conduira chez les vôtres,
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c'est-à-dire chez des catholiques, et mon garçon TOUS annoncera. Adieu, messieurs, je vous souhaite un bon voyage. » Nous montâmes en voiture, admirant la charité fine et délicate de cet aimable magistrat. Nous priâmes pour lui et remerciâmes la divine Providence de nous avoir fait trouver des personnes si charitables, parmi des peuples qui nous sont d'ailleurs si opposés.
Nous avions eu un jour charmant, contre notre attente, et nous eûmes aussi une nuit très mauvaise à laquelle nous ne nous attendions pas. Ainsi permettiez-vous, ô mon Dieu, et le bien et le mal, et vous vouliez modérer l'un par l'autre, afin que l'un fut le contrepoids de l'autre, et que nous ne perdions pas le mérite de nos peines et de nos fatigues.
On nous descendit donc de voiture à la porte d'une maison honnête. Par malheur, le maître était en campagne. Deux vieilles servantes, voyant arriver quatre hommes, eurent sans doute peur. Elles nous reçurent fort froidement, sans nous proposer même de nous asseoir, nous disant que le maître n'y était pas, et qu'il ne reviendrait que fort tard. Notre Allemand causa avec elles, leur dit que nous ne demandions rien qu'à coucher : elles ne s'humanisèrent pas. Nous voulions presque sortir cU la maison, mais il était nuit, nous ne
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savions s'il y avait une auberge dans le village. Comme nous agitions cette affaire, le maître arriva. Il fut tout ébahi de voir quatre gaillards chez lui. Nous lui parlâmes tant beau que nous pûmes. Nous lui demandâmes seulement des lits. Il répondit qu'il n'en avait point. « Eh bien! monsieur, lui dîmes-nous, donnez-nous de la paille dans votre grange, et permettez-nous d'y passer la nuit; voilà ce que nous vous demandons ». Il écouta cette proposition ; on nous étendit un peu de paille dans la grange, entre les deux grandes portes, sous lesquelles il y avait de grandes ouvertures. Ce fut là que nous allâmes tâcher de reposer, mais inutilement, car le froid qui jouait de part et d'autre sous ces portes nous empêcha de dormir. Nous attendions la pointe du jour avec une sorte d'impatience. Dès que nous vîmes que nous pouvions nous conduire, nous ouvrîmes une porte de la grange et nous cherchâmes à nous réchauffer en marchant. Nous rîmes beaucoup du contraste du jour avec la nuit, et nous bénîmes le bon Dieu de sa conduite envers nous.
Dès le jour même sa divine Providence vint nous consoler. Nous arrivâmes dans un village oii était un père récollet qui en était desservant. Il nous reçut avec beaucoup de bonté. Il nous fît déjeuner, nous conduisit au château où il n'y avait
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que le concierge qui nous fit encore prendre le café. Le bon père récollet s'intéressa pour nous procurer une voiture qu'il nous trouva en effet. Lorsque nous y fûmes montés, on apporta des bonnets à mes confrères et à moi, à qui on en avait vu un sur la tête, on me donna un mouchoir blanc de belle toile. Le voiturier eut ordre de nous conduire à une abbaye de Bernardins nommée Obra, et alors nous commençâmes à entrer en Pologne'.