‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 82 sur 148 · I. Sans doule ZùUichau · texte numérisé non relu

I. Sans doule ZùUichau

EN SAXE n\

sergent de ville nous dire que les magistrats avaient appris que nous étions arrivés, et qu'il venait de leur part pour nous dire de l'accompagner à l'hôtel de ville où ils étaient assemblés. Nous le suivîmes sans délai. Quand nous y fûmes arrivés, il demanda nos passeports et les porta à ces Messieurs. Nous demeurâmes environ une heure dans une antichambre et nous entendions beaucoup parler et comme disputer. Nous ne savions trop que penser. Cependant, à la fin, ces magistrats sortirent et vinrent à nous d'un air riant. « Nous venons, messieurs, nous dirent-ils, de plaider votre cause et nous nous félicitons aussi bien que vous de l'avoir gagnée. Il 3^ a trois jours que nous avons reçu de nouveaux ordres de ne laisser passer aucun Français ; mais, comme vous êtes les premiers, nous voulons bien prendre sur nous de vous laisser passer, voulant vous témoigner, messieurs, combien nous prenons de part à votre triste sort. » J'ai oublié de prévenir que toute cette ville est protestante, et les magistrats aussi.

Ils ajoutèrent, du moins le premier de ces magistrats nous dit : « Nous vous prions, messieurs, de vouloir bien accepter le diner que nous avons donné ordre qu'on vous préparât à l'auberge; vous serez servis à la française, et

nous désirons que vous so3'iez contents. Le même homme qui vous a amenés ici vous conduira dans cette auberge, et, après le dîner, je vous prie de me faire l'honneur de venir prendre le café chez moi. »

Nous fûmes stupéfaits, et grandement étonnés d'une si belle réception et de tant de bontés, surtout après l'inquiétude que nous avions eue. Nous remerciâmes ce Monsieur de notre mieux, et, comme il était temps de dîner, le serj^f^ent de ville nous conduisit. On nous introduisit dans une belle chambre où nous trouvâmes une table garnie de linges très lins et très propres, couverts, salières d'argent, etc. On servit le dîner à l'instant. La soupe fut accompagnée d'entrées et d'un très bon bouilli. Ce premier service fut remplacé par des rôtis, salade, etc. On nous donna à boire vin blanc et vin rouge; ensuite vint un beau dessert en fruits et en pâtisserie : tout était en effet et cuit et assaisonné comme dans les bonnes tables de France. Nous trouvâmes tout excellent et, comme nous avions grand appétit, nous mangeâmes bien.

Vers les deux heures, nous allâmes chez ce magistrat si honnête qui nous accueillit en riant, nous demanda si nous avions bien dîné et si on avait exécuté ponctuellement leur ordre. Nous lui

répondîmes que oui, que nous étions parfaitement contents, que nous lui témoignions notre reconnaissance, et le priions de la faire agréer à Messieurs ses confrères.

Ce Monsieur avait invité leur ministre prédicateur à venir prendre le café avec nous. Comme il n'était pas encore arrivé, nous attendîmes environ un quart d'heure. Il entra; c'était un beau jeune homme fort honnête. Il parla allemand avec celui de la bande qui le savait \ On servit alors le café et la conversation allemande continua. Selon que nous l'expliqua ensuite notre confrère allemand, le ministre lui demanda en quoi consistait le serment qu'on avait exigé de nous, et que nous avions refusé de faire; et, qu'après l'explication qu'il lui en avait donnée, le ministre avait répondu qu'il connaissait nos principes, et que, selon ces principes, nous ne pouvions pas, en conscience, prêter le dit serments Nous, nous causions tantôt avec le magistrat, peu avec le ministre, en latin.

A trois heures nous nous levâmes pour partir. M. le magistrat nous dit : « Eh! messieurs

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