‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 87 sur 148 · Le 21 aoiit · texte numérisé non relu

Le 21 aoiit

2. Préraont = Przment. Dans les anciennes chroniques : Prement; abbas Prementensis. Ville autrefois, aujourd'hui village. — Fondé par Bronisz en 1278 ou 1285, à Wicleu dans le district de Babimost, iti couvent fut érigé en abbaye au temps du roi Jagellon, en 1418. Mais, dépendant d'un couvent allemand d'Altemberg, il fut sou[)çonné d'en propager l'influence; et les religieux ne se crurent plus en sûreté. Le roi Jugeilon les transporta alors à Przment où ils construisirent une église et un

M. l'abbc n'y était pas. Nous fûmes reçus par M. le prieur, mais pas si affectueusement qu'à Obra. Cependant, nous fûmes bien nourris et bien couchés, et les religieux nous voyaient avec plaisir. Cette abbaye est assez grande, mais elle est triste et antique. M. le prieur se conduisit cependant très charitablement à notre départ. Il nous donna une voiture pour nous mener jusqu'à quatre ou cinq lieues plus loin.

Jusqu'alors nous avions toujours voyagé sans trouver où nous fixer. Mais enfin Dieu mit fin pour quelque temps à nos courses. En allant de Prémon à Kostan \ nous apprîmes qu'il y avait un prêtre français chez le seigneur d'un village nommé Bioche ^, Comme ce village était sur notre

couvent en bois. Entre 1631 et 1696, à la suite d'un incendie, ils élevèrent une des plus belles églises de la Posnanie avec de magnifiques stalles et confessionnaux en bois sculpté, style renaissance tardive. Une des deux tours hautes de 60 mètres fut renversée par un cyclone. Le couvent en briques est de l'année 1737. Vers la fin du xv!!!*" siècle, l'abbaye très appauvrie devint couvent. Le dernier supérieur mourut en 1826, époque à laquelle le gouvernement prussien s'empara du couvent et de ses biens; et l'église devint paroissiale.

1. Kosten = Koscian, ville principale du district de ce nom. Couvents de Dominicains et de Bernardins, dont les églises ont été transformées, la première en église protestante, la seconde, ainsi que le couvent, en maison de correction, par ordre du gouvernement allemand.

2. Bioche = Biatcz, dans le district de Koscian, avec une église paroissiale, bâtie en 1696, par le propriétaire d'alors, François Gajeuski.

route, et que nous passions près du château, MM. Bienaimé et Connesson descendirent de voiture pour aller voir ce prêtre français, et lui demander quelques renseignements. Il introduisit nos deux compagnons chez le seigneur. Ce 31onsieur et Madame son épouse sont des personnes fort pieuses et fort charitables. Ils accueillirent très bien nos confrères et les invitèrent à dîner. Ces confrères remercièrent, disant qu'ils avaient encore deux compagnons qui les attendaient sur une voiture qui devait nous conduire tous jusqu'à Kosten. « Eh bien! dirent Monsieur et Madame, allez dire à vos compagnons que nous les invitons aussi à dîner, et renvoyez votre voiture. » Ils vinrent nous annoncer cette bonne nouvelle et aussitôt nous descendîmes de voiture pour les suivre. Nous donnâmes quelque chose au voiturier, et il s'en retourna.

M. le comte et Mme la comtesse nous voyant arriver avec nos sacs furent touchés de compassion, nous reçurent avec la plus tendre affection, et, dès le moment, s'occupèrent à nous placer tous les quatre. Ils firent préparer un fort bon dîner pendant lequel ils parlèrent des maisons où ils pourraient nous envoyer et ils en trouvèrent quatre oîi ils voulurent nous conduire le jour même.

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Mme la comtesse, après dîner, écrivit deux lettres à deux personnes de sa connaissance et fit conduire à ces personnes M. Connesson et M. Gobert, en voiture. M. le comte fît mettre les chevaux à sa voiture et m'y fit monter avec lui . pour me conduire chez Monsieur son parent. Mme la comtesse prit elle-même une autre voiture et conduisit 31. Bienaimé. Nous voilà tous en campagne et tous séparés. Mais cela ne dura pas. Je revins avec M. le comte. Nous n'avions pas trouvé son parent ; son épouse y était, cela est vrai, mais elle ne voulut rien décider sans son mari, et je crois que Dieu le permit ainsi. Le village, la maison, la situation, le défaut d'église, tout me déplaisait. La dame ne savait point le français; je ne savais ni allemand ni polonais. Je sentis que je m'ennuierais dans une telle place... Je revins donc avec plaisir chez M. le Comte. Mme la comtesse ne fut pas plus heureuse et ramena M. Bienaimé. M. Connesson revint aussi le même jour, et M . Gobert le lendemain . Nous demeurâmes ensemble encore deux ou trois jours. ^ïme la comtesse écrivait et envovait ses lettres. Enfin on trouva à placer MM. Bienaimé. Connesson et Gobert. M. le comte et Madame me dirent : « Pour vous, qui êtes le plus ancien, vous resterez

ici ». J'en fus dans la joie de mon cœur et les remerciai de leur bonté.

Mes confrères s'en allèrent donc, ou plutôt furent conduits à leurs places et je demeurai chez ces personnes si charitables. M. le curé de la paroisse me permettait de dire la sainte messe. Cependant, comme je n'avais pas la permission de l'ordinaire, il me dit qu'il fallait aller à Posen pour la demander. M. Connesson, qui n'était pas éloigné, vint faire une visite à la maison. Il me dit qu'il devait aussi aller à Posen* pour la même cause. Nous conAnnmes donc du jour, et nous y allâmes ensemble. Avant d'y aller, M. le comte me donna de l'argent pour faire ma route, et me dit de revenir chez lui avec confiance. Il m'avait offert une voiture, du moins pour quelques lieues. Je le remerciai, parce que je devais rejoindre M. Connesson et je ne savais pas encore à quel endroit, car nous ne savions pas encore le chemin. Cependant M. le comte insista et il me fit conduire à une bonne lieue. J'attendis là longtemps M. Connesson. Mais, voyant qu'il n'arrivait jamais, je me mis à marcher lentement, et.

1. L'abbé Cbatrian a noté {Calendrier hislorico-ecclésiastiqiie) que l'abbé Alaidon était à Posen en seplenilire 1790. 11 e.^t question ici du second voyage que l'abbé Alaidon fit à Posen. Le premier occupa la lin du mois d'août lavoir p. 188, s.).

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après avoir fait environ une lieuo. je le trouvai qui m'attendait à l'entrée d'un bois.

Nous voyageâmes encore une bonne lieue et nous entrâmes chez M. le curé d'une petite ville nommée Champin\ Nous savions que ce bon curé avait reçu chez lui un M. Thouand, qui avait d'abord été de notre bande, et qui nous avait quittés à Dresde avec M. le curé de Champougny - dont nous étions inquiets, parce que nous ne savions ce qu'il était devenu. Ce brave curé faisait monter dans sa voiture deux prêtres français qui avaient couché chez lui, pour les conduire du côté où nous allions. Il quitta ces Messieurs et vint nous recevoir avec bonté; M. Connesson lui demanda s'il n'avait pas chez lui un prêtre français à demeure, il répondit que oui; le jeune homme, qui n'était pas loin, entendit la voix de M. Connesson, accourut, en présence de M. le curé, se jeter à son cou. Il m'embrassa ensuite, ce qui fit connaître à M. le curé que nous étions amis. M. le curé, qui aimait déjà ce jeune homme, et qui d'ailleurs était fort charitable, mêla sa joie à la nôtre et continua à nous bien traiter. Nous dînâmes là fort bien. M. le curé

1. Champin = Czempin, dans le district de Koscian, avec une église du xv" siècle.

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