DUR M AL I)'l'.\ vaudevilliste
était cause de tout, et il excusait très blcii ces choses-là.
— La vérité, me dit-il, c'est que tu as eu affaire à un espion et à une espionne allemands. Le gouvernement prussien en entretient ici un assez grand nombre depuis quelque temps, nous ne savons pas trop pourquoi.
— Pourvu qu'on ne se doute jamais, mon pauvre frère, que c'est toi qui m'a livré ces copies si désirées par eux et si canaillement subtilisés !
— Oui, il faut qu'on l'ignore; j'y pourrais perdre ma place, quoique, au fond, ce que je t'ai donné n'ait pas grande importance : j'ai eu soin de ne pas te remettre des choses trop compromettantes.
N'importe ! je me donnai pour mission de retrouver mes deux escrocs, mais comment y arriver, moi, chétif comédien, rivé à un théâtre par le boulet de l'en-
gagement, retenu par les exigences de mon art et de mon avenir...
La iïuerre éclata J'eus alors des nuits sans sommeil.
— Et c'est moi, moi! pensai-je, qui ai peutêtre livré à l'ennemi des cartes et des plans qui peuvent nous nuire et nous perdre !
Et c'est encore cette idée, monsieur, qui me torture aujourd'hui.
J'étais retourné plus de vingt fois avenue des Champs-Elysées questionner la concierge, qui ne savait rien; elle n'avait même pas revu le domestique renvoyé...
Enfin, un jour du mois d'août dernier, elle me dit :
— J'ai quelque chose !
— Quoi !
Et elle me tendit triomphalement une lettre qui venait d'arriver par la poste et qui paraissait avoir beaucoup voyagé car était. couverte de timbres; elle portait cette souscription :
^- .JOURNAL d'UiN vaudevilliste
« A M. Edgar de L...fald, officier au il'' régiment de cavalerie bavaroise. Voir à Paris, avenue des Champs-Elysées, n"... »
— C'est une indication , m'écriai-je.
Enfin, il ne s'agit plus maintenant que de savoir où est le iT régiment de cavalerie ennemi; il sera très facile alors de retrouver ses officiers, et parmi eux celui que je cherche.
Je voulus m'engager dans les premiers contingents qui partaient, mais mon directeur s'y opposa.
Vinrent nos désastres, qui firent de plus en plus mes nuits sans sommeil, car je me figurais et me figure toujours que j'y suis pour quelque chose. Surpris par l'investissement et le siège, rendu libre par la fermeture de mon théâtre, je suis venu vous demander si vous saviez où se trouve le régiment dont je poursuis depuis si longtemps la trace. Enfin , aujourd'hui, me voici engagé dans une compagnie de francs-
tireurs décidés atout ! Demain nous essayons de quitter Paris, et mon premier soin sera d'aller à Troyes, près Bar-sur-Aube, de tacher de découvrir mon homme et de le tuer comme un lapin, car c'est ainsi, à mon avis, qu'on doit traiter les espions.
C'est d'autant plus mon droit, d'ailleurs, ajouta Malagauche, qu'il m'a injurié après m'avoir déclaré lui-même qu'il ne se battrait jamais avec un acteur. Seulement, avant de le tuer, je tiens à lui dire quelque chose.
— Quoi? demandai-je.
— Je tiens à lui dire qu'il m'a qualifié d'imbécile, mais que tout de môme j'ai eu sa femme.
— Ah bah 1
— Oui, le soir oîi elle est venue me voir doubler l'acteur X***. Et ça... dans leur propre voiture encore ! Mon talent et ma personne lui avaient vraiment plu et elle n'avait pas pu résister !
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Sur cet aveu, Alfred P*** me sorrn la main et partit.
Ce matin, nous avons, en effet, appris qu'une bande de francs-tireurs était parvenue à quitter Paris et avait probablement réussi à franchir les lignes.
Que va-t-il advenir du brave Malagauche et de son noir projet ?
3 octobre.
M. de Dampierre, le chef de bataillon qui a été tué à la dernière affaire, était un sportsman distingué : il faisait courir et avait souvent gagné des courses importantes.
Pauvres courses ! que sont-elles devenues ! Quand je pense qu'il y a quelques mois une écurie de propriétaire un peu sérieuse valait trois ou quatre cent mille francs! que vaudrait-elle aujourd'hui? Gladiateur lui-même, le grand Gladiateur^
•lOl'R.WL d'UiN va lîDHVILLISTE 8o
ne serait plus qu'un bifteck plus ou moins savoureux !
Infortunés chevaux! Leur peseur, actuellement, c'est le boucher : — autre temps, autres membres du Jockey.
Le ministre du commerce, M. Magnin, est devenu, du reste, un anti-sportsman inflexible.
L'autre jour, un lui présente un cheval admirable.
— Tel que vous le voyez, lui dit-on, il a gagné plus de huit cent mille francs en prix de courses !...
— C'est bien possible... c'est une merveilleuse bête !
— Voulez-vous l'acheter? elle est à vendre.
— Volontiers !
— Combien ?
— Huit sous la livre... sans les os.