‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 49 sur 60 · DE CLERMONT A AMIEN · texte numérisé non relu

DE CLERMONT A AMIEN

23 août.

Ayant beaucoup souffert de la grande chaleur dans l’après-midi, nous prîmes encore la résolution de ne voyager que le matin ou dans la soirée ; aussi, le lendemain, dès l’aube, étions nous en voiture avant quatre heures. Jusqu’à Breteuil, le trajet s’effectua sans encombre ; mais ensuite, à mi-chemin d’Amiens, une des roues de devant de notre coach (qui avait souffert de la réparation autant que nous-mêmes avions souffert de la note exorbitante qu’il avait fallu payer) se détacha, et nous eûmes un moment la crainte que l’essieu ne fût brisé. Nous dépêchâmes immédiatement un poslillon à la recherche d’un forgeron, pendant que nous attendions avec impatience, sur le bord de la route, abrités dans un fossé, à l’ombre d’un buisson. Heureusement le dommage n’était pas sérieux ; et deux heures suffirent pour nous mettre en état de poursuivre notre route. Cet accident, cependant, nous avait assez retardé pour nous empêcher de dépasser Fiers et sa petite auberge qu’en Angleterre on traiterait de pauvre cabaret de barrière, et où l’on ne put nous offrir, en effet, que des œufs au lard et du pain rassis.

JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS

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Pendant cet arrêt, d’épais nuages se montrèrent tout autour de nous et le vent s’éleva, nous amenant un gros orage, avec tonnerre, éclairs et pluie serrée. Celle-ci rafraîchit très agréablement l’atmosphère, et nous partîmes pour Amiens, vers cinq heures, par la température la plus fraîche que nous eussions eue en France.

Arrivés à Amiens sans aucun retard, nous y fûmes fort bien reçus1.

i. Ici se place un alinéa qui n’est que dans la 3” édition et qu’il y a lieu de transcrire : « J'ai été accusé d’avoir manqué de curiosité et, par suite, d'avoir été bien mal renseigné, parce que je n'ai pas visité la célèbre cathédrale d’Amiens. La vérité est que dans notre voyage de Calais à Paris la chaleur lut si intense qu'il nous a été totalement impossible de lutter contre la fatigue ; lors de notre retour, nous sommes arrivés à Amiens assez tard dans la soirée et nous avons été obligés d’en partir le lendemain matin, de bonne heure ».

d’a.MIENS a BOULOGNE.

24 août.

Ce matin encore, nous sommes partis vers quatre heures ; l’air était presque froid, et une petite pluie nous força à mettre nos grands manteaux. Nous nous arrêtâmes à Abbeville pour y prendre un léger repas, puis nous allâmes dîner à Montreuil.

La soirée était devenue excessivement froide. Vers le crépuscule, aux environs de Boulogne, un autre orage éclata, avec pluie, vent, éclairs. En somme, ce fut un changement complet dans la température, tel que je n’en ai jamais ressenti, même sous notre climat si variable.

Ces dames étaient, comme nous, très fatiguées d’avoir voyagé depuis quatre heures du matin jusqu’à neuf heures et demie du soir, mais nous nous sommes estimés heureux de ce qu’aucun accident fâcheux ne fut survenu à nos voitures.

L’IIôtel d' Angleterre de M. Parker nous plut bien davantage qu’à notre premier passage1, mais je suis persuadé que notre appréciation ne reposait que sur l’habitude déjà prise dans de bien plus mauvais endroits.

i. Voir plus haut, p. 23.

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