‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 56 sur 60 · Cf. ci-dessus, p. /|5-éC · texte numérisé non relu

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3. La Volière de Chantilly se trouvait au bout du jardin du petit Château, jardin auquel, en venant du parc, on accède par un pont tournant, appelé encore Pont de la Volière, bien que celle ci ait disparu. Le Tireur d’épine de Chantilly n’est pas au Louvre et je ne crois pas qu’il y ait jamais été exposé. Il fut enlevé de Chantilly le 20 août 1792 (Gust. Maçon, Chantilly et le Musée Coudé, 1910, p. 198) et j’ignore le sort actuel de ce beau bronze qui devait être une fonte du xvi* siècle, comme celui qui, venant de Fontainebleau, et exécuté à Rome, en i5âo, par Giovanni Fancelli et Giacopo Sansovino, se trouve maintenant dans la Galerie Denon.

Il semble évident que M. Chodron a commis une erreur : en visitant la Galerie des Antiques, il aperçoit le Tireur d'épine du Capitole, à côté des autres statues conquises par l’Armée d’Italie ; cette statue originale est en bronze, comme celle qui était placée sur le pont de la Volière à Chantilly : elle est exactement de la même grandeur, elle a le même aspect. Préoccupé de retrouver ce qui a été enlevé à Chantilly ou dans les autres maisons du prince, il s’imagine qu’il a sous les yeux l’exemplaire de Chantilly.

Le texte est formel : il a vu un Tireur d'épine dans la Galerie des Antiques, « le seul morceau que j’y ai trouvé », dit-il. Or, c’est l’original venant du Capitole, qui était exposé et qui figure dans les différentes éditions des Notices des statues... (Salle des Saisons, n“ 5i), jusqu'à l’édition de l’an XI, et que nous retrouvons, dans les éditions suivantes, à partir de celle de l'an XII, sous le n° 128, dans la salle du Laocoon.

La confusion commise par M. Chodron paraît donc certaine ; mais, de

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bronzes, statues, ainsi que des tableaux qui existaient dans les maisons de Monseigneur ; on m’a dit que les tableaux de batailles étaient aux Invalides b II y a aussi une galerie de tableaux au Luxembourg ; celle de Rubens y existe toujours. On y a rassemblé les beaux tableaux qui provenaient des Chartreux, dont l’histoire de saint Bruno fait partie2.

Il paraît qu’on s’occupe de finir le Louvre : j'y ai vu beaucoup d’ouvriers. On assure que le quartier Saint-Germain l’Àuxerrois sera démoli pour former une grande place en face de la grande colonnade du Louvre, suivant l'ancien projet.

Le Grand Châtelet est totalement démoli : cela forme une place jusqu’au quai en face d’un des ponts. Enfin ce n’est que démolitions et nouvelles constructions partout.

tout cela, ressort une incertitude dont la solution serait intéressante pour l’histoire des anciennes collections artistiques de Chantilly. Le Tireur d'épine du Capitole ayant été rendu à l'Italie par les traités de i8if>, et la lonte actuellement exposée dans la Galerie Denon provenant de Fontainebleau, ainsi que MM. Iléron de Villel'osse, Etienne Michon et Paul Vitry ont bien voulu me l'apprendre, où l'exemplaire de Chantilly a-t-il été transporté en 1793, et qu'est-il devenu depuis cette époque ?

Le bronze de Chantilly semble n'avoir passé ni par le Luxembourg' (cf. Nouvelles Archives de l'art Jrançais, 3’ série, t. 111. 1883, p. 33a-33/i), ni par le Musée des monuments français (cf. Archives du Musée des monum. franç., passim). Ce dernier ouvrage renferme cependant (t. III, 1897, P- 3) une mention qui se rapporte à notre question ; mais celte mention concerne certainement le bronze de Fontainebleau.

1. Les tableaux de batailles de Chantilly furent enlevés et transportés à Paris en 1793 : on ne sait où ils furent tout d’abord déposés. Ce qui est certain, c’est qu’ils étaient au Louvre en 1 8 1 ù, lorsqu'ils furent rendus au prince de Condé. Peut-être Chodron parle-t-il des tableaux de batailles du Palais-Bourbon (tableaux de Le Paon et de Casanova) qui, eux, ont certainement passé par les Invalides. Cf. G. Maçon, Les Arts duns la maison de Condé, p. 1 4 4- 1 ù5.

a. Avons-nous besoin de rappeler que les deux séries des tableaux de Bubons et de Le Sueur sont maintenant au Musée du Louvre ?

T 34 JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS

Les places Vendôme et des Victoires, dépouillées des beaux monuments qui y existaient, n’ont plus cet air de grandeur qui excitait l’admiration des étrangers. On travaillait à la construction d’un piédestal très massif sur la place des Victoires : on ignore ce qu’on doit mettre dessus. Ils ont établi sur la place Dauphine un monument à la mémoire de Desaix ; les gens de l’art le trouvent du plus mauvais goût et il m’a paru tel l.

Je ne vous parle pas des spectacles, que je n’ai pas fréquentés. On en compte au moins une vingtaine dans tous les genres, et ils sont toujours remplis. Le Boulevard, depuis la porte Saint-Antoine jusqu’à la porte Saint-Honoré, est bordé de boutiques, de spectacles, de cafés : c’est une foire perpétuelle où tout le monde afflue, surtout pendant les soirées d’été. Au surplus, je puis vous assurer que je ne voudrais pas habiter cette ville, où je me suis ennuyé à périr. Quand on n’a plus ni feu ni lieu dans un endroit où l’on avait jadis une existence honorable, 011 ne peut que s’y déplaire. D’ailleurs, le ton des sociétés et les usages que la Révolution y a introduits, ne me conviennent sous aucun rapport, et j’aimerais mieux vivre dans un hameau.

Je n’ai vu ni Saint-Cloud ni Versailles ; mais j’ai voyagé avec un marchand de cette ville, qui m’a assuré que le Château était entretenu et que les jai’dins et l’orangerie étaient mieux soignés et plus beaux qu’autrefois. Il y a aussi une galerie de tableaux dans ce château. On présume qu’il entre dans les projets du Premier Consul de l’habiter, et qu’alors il ferait agran-

1. Cf. Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, t. II, p. 333-287.

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dir la cour du Château, fermée d'une grille jusqu’à l’avenue de Paris, pour former une belle place d’Armes. Il est question de rebâtir la façade du Château, sur le même plan que celle du coté du jardin. La chapelle n’a pas été endommagée ; elle est fermée b Je voulais aller à Chantilly; mais André2 m’a conseillé de m’en abstenir, parce que beaucoup de gens d écurie réformés étant dans cet endroit, ma présence y aurait occasionné beaucoup de bavardages. D’ailleurs André a dû vous donner des détails sur l’état de dégradation de ce séjour, jadis si beau 3.

Je vous laisse promener dans Paris, en attendant que je vous donne d’autres détails par le premier courrier ; je suis obligé de m’arrêter ici pour ne pas manquer la poste. Je souhaite que ceci vous amuse.

Recevez, Monsieur le Chevalier, l’hommage de mon très sincère et inviolable attachement, et mettez celui de mon profond respect aux pieds du Maître4.

( Autogr . N. S. J

1. Cf. Lanzac de Laborie, ibid., p. 184-191, et ci-dessus, p. 91-98.

2. André-Joseph Antheaume de Surval, né en 1751, mort en 1827. 11 était rentré en France pendant l’été de 1801. Voir Boulay de la Meurthe, Correspondance du duc d'Enghien, passim et notamment t. IV, p. 26.

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