‹ Journal d'un Voyage à Paris en 1657-1658Chapitre 1 sur 11 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Voici encore un livre inédit appartenant k ce xwf siècle qui occupe à bon droit une si grande place dans les investigations historiques et littéraires de notre temps. Ce n*est pas cependant IVieuvre d'un auteur connu ou même d'un écrivain de profession. C'est tout simplement le journal d'un voyage fait à Paris de la fin de i656 au commencement de i658. Je faisais des recherches dans la bibliothèque de la Haye, il y & plusieurs années , dans l'espérance d'y trouver quelques écrits de Pascal ou des documents ayant trait à son ^ histoire, quand je rencontrai ce manuscrit (i ). [^ Bien qu'il eût été écrit à l'époque même 1 des Provinciales j il ne contenait rien sur l'objet de mes recherches, mais il me parut assez intéressant à plus d'un titre pour méri-

(I) J'appris à mon retour à Paris qoe M. Jnbînal en avait ftdt mention dans un rapport adressé à M. de Salvandy, ministre de rinstroction pnbKqne, en 4847.

Ti VOYAGE A PARIS.

ter d'être publié. Je 1 offre donc aux lecteurs curieux du passé, en y ajoutant des notes et un appendice dont les éléments sont pour la plupart empruntés à des correspondances diplomatiques du temps.

De nos jours, où les moyens de communication, déjà si faciles avant rinvention de la vapeur, ont acquis une rapidité qui réduit la distance au quart de ce ^quelle était autrefois, rien de plus fréquent que les excursions d'un pays dans l'autre en Europe, et par suite rien de plus nombreux que les ouvrages dans lesquels les touristes se com-* plaisent à mettre le public dans la confidence de leurs aventures et de leurs impressions de voyage. Il n'en était pas de même au xvii^ siècle, et si je ne me trompe, le journal dç nos voyageurs est le premier exemple d'un ouvrage de ce genre, en ce qui concerne la France et surtout Paris, Il offre donc, sous ce rapport, un véritable intérêt; mais ce n'est pas le seult On y trouve sur la physionomie, les monuments, la société, les habitudes et les moeurs du temps; sur Louis XIV, la reine sa mère, le duc d'Anjou son frère, Mazarin et bfiau^Qup d^ personnages de la cour et de la ville, des détails qui, sans être des révélations inattendues, confirment cependant ou complètent sur plus d'un point ce que

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r<m savait dëjà. II y a, par exemple, sar le séjour de la reine de Suède à Fontainebleau et à Paris des renseignements nouveaux et qui ne sont pas sans utilité pour Thistoire. Cette princesse était venue en France précédée d'une réputation extraordinaire ; on lui recon^ naissait un mérite incomparable, suivant l'ex« pression du cardinal Mazarin (i). Le récit de nos voyageurs montre combien vue de près elle perdit de son prestige, surtout après qu'elle eut accompli dans le palais de Fontai'» nebleau le meurtre de Monaldeschi , lamen« table et mystérieuse tragédie, dont ce volume contient une relation nouvelle.

Bien différents de ces touristes d'outre^ Manche ou d'outre*Rhin qui profitent des bateaux à vapeur ou des chemins de fer pour venir passer quelques heures en France, et dénigrent ensuite dans des pages superficielles un pays qu'ils n'ont pas eu le temps de connaître et qu'ils n'ont pas le droit de juger, nos voyageurs sont graves, sérieux, et de plus^ ce qui est peut-être la meilleure condition pour bien voir, ils sont remplis de sympathie et d'admiration pour ce pays de France qu'ils

(4) Dans les instraetions doonéoi àU* Châtût, ambtmMâtmr à la Haye, le cardinal lui raconimande « de vivre arec le minittre de ff de Suède avec toutea let civilités oonvraables, tant à caoee de « rallianoe qai eai entre les deux couronnes qu'à cause du mérite « incomparable de la reine sa maistresse. »

considèrent 9 « sans faire tort^ disent-ils, aux autres pays, comme un paradis terrestre, i> et pour sa capitale « oii Ton trouve, à leur avis, tout ce qu'il y a de plus rare au monde » et qui leur apparaît ce qu'elle était en effet pour le reste de l'Europe, c'est-à-dire le centre du bon goût, le séjour de la vie élégante et des bonnes manières, le foyer de l'esprit et de la civilisation. Ce sont deux jeunes gens appartenant à une des premières familles de Hollande (i), venus en France pour achever de polir leurs mœurs et compléter leur éducation. Ils sont reçus à Paris dans le meilleur monde , celui par exemple de madame de La Fayette et de madame de Sévigné , jeunes femmes non encore célèbres, mais dont l'esprit et la grâce étaient déjà en réputation ; ils accompagnent leur ambassadeur à l'audience de Louis XIV, dans une circonstance importante, enfin ils sont en position de recueillir des nouvdles qui se trouvent confirmées par les correspondances diplomatiques du temps, et plus d'une anecdote dans le récit de laquelle ils se rencontrent avec Tallemant des Réaux, qui alors précisément colligeait ses Historiettes.

(4) lis s'appelaient Messieurs de Villiers ; leur oncle, M. de Som-

melrdickf ancien ambassadeur des Pays-Bas à Paris, était en correspondance avec Mazarin et figurait dans son pays au premier rang des amis e la France (Voir leur généalogie, vC* U de VAp* pendice).

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