‹ Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique centrale, précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples; pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828: (volume 2)Chapitre 14 sur 22 · A TEM130CT0U · texte numérisé non relu

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sans accident ; il avait été construit dans le principe comme celui de Cambaya. Le débordement de ce ruisseau , dont les rives sont très - boisées , inondait la campagne; nous avions de l'eau jusqu'au-dessus des genoux; et ce qui rendait encore notre marche plus pénible , c'est que la route était couverte de gravier qui nous déchirait les pieds.

Dans le cours de la journée, nous traversâmes huit gros ruisseaux, qui tous paient tribut au Dhioliba. Le sol est à-peu-près le même par-tout et la campagne un peu moins boisée que celle où nous avions passé la veille. Je remarquai beaucoup de ces et de nédés ; je vis aussi quelques pierres ferrugineuses. Notre marche était très-accélérée , et nous ne faisions halte pour nous reposer que lorsque les porteurs étaient excédés de fatigue; alors, pour nous restaurer un peu, nous mangions quelques pistaches crues. J'avais beaucoup de peine à supporter cette marche forcée ; heureusement il ne plut pas de tout le jour: mais la route était inondée de la pluie de la veille , ce qui m'empêchait de mettre mes sandales ; le gravier me causait de vives douleurs, et j'avais le talon du pied gauche écorché. Nous arrivâmes à six heures du soir bien fatigués à Diécoura , premier village du Ouassoulo : il est entouré d'un mur de huit à dix pieds d'élévation ; sa population peut être de huit à neuf cents habita ns.

Nous avions fait , depuis le matin , dans ia direction de TE., vingt-quatre milles; et lorsque nons aperçûmes les terres du Ouassoulo , nous nous dirigeâmes à l'E. S. E., l'espace de six milles, sur de très-bonnes terres susceptibles de belles cultures. En arrivant à Diécoura, je m'assis sur une peau de bœuf que l'on avait étendue sous un oranger devant notre case. Les habitans vinrent en foule me voir ; ils me regardaient avec curiosité , mais ils m'accablèrent moins de questions importunes que ne l'avaient fait les Mandingues. Ils me parurent tels que les habitans de Kankan me les avaient dépeints , c'est-à-dire , d'une extrême douceur. Ils sont païens. Les hommes se servent de grandes pipes avec un tuyau gros comme le petit doigt , et long de trois pieds ; elles sont en terre , de couleur grise , très-bien vernies ; la partie qui contient le tabac est grande comme une tasse à café , et ornée de dessins si bien exécutés , que j'avais peine à croire qu'elles eussent été fabriquées dans le pays ; mais on me l'assura si bien, que j'en restai persuadé. Les habitans me parurent très-curieux; ils s'informèrent qui j'étais , et où j'allais , mais cependant sans m'importuner. Ils sont naturellement très-gais , et se divertissent sous de grands bombax, où je vis la jeunesse rassemblée: ils avaient une musique comme je n'en avais pas encore vu ; elle se composait d'une vingtaine de musiciens , dont plusieurs avaient chacun un instrument

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en bois, creusé et recouvert d'un morceau de peau de mouton. Mungo-Park a trouvé un instrument semblable chez les Mandingues du N. du Dhioliba, qu'il dit être une dent d'éléphant : ceux-ci sont de bois ; ils ont un pied ou quatorze pouces de long et la forme d'une corne très-droite ; au petit bout , sur le côté , il y a un trou qui sert d'embouchure : ils tirent de cet instrument des sons très-harmonieux. Puis ils ont une grosse caisse , et le tambour de basque , fait d'une petite calebasse recouverte de peau de mouton, ayant autour des anneaux de fer qui font entendre un cliquetis agréable. Deux petits nègres bien habillés, avec des plumes sur la tête , sautaient en cadence , et accompagnaient la musique en frappant deux morceaux de fer l'un contre l'autre ; ils étaient à-peu-près vêtus comme de petits sauteurs français.

Les chefs des musiciens avaient chacun un manteau garni de plumes de pintade et des plumes d'autruche sur la tête ; plusieurs agitaient en mesure une calebasse ronde , ayant un manche long de six pouces , et recouverte d'un réseau, dans laquelle il y avait de gros haricots qui, malgré le tintamare qu'ils faisaient, accompagnaient très-bien la musique. Les musiciens se suivaient à la file, jouant en marchant et observant la mesure ; les femmes et les garçons suivaient en dansant et frappant dans leurs mains. Je m'amusai beaucoup à les voir : leur danse n'a rien d'indécent.

Ils passèrent une partie delà nuit à se divertir; les deux grosses caisses faisaient un très-bon effet. Depuis mon départ de la côte , je n'avais rien vu qui m'eût fait autant de plaisir; je ne pouvais me lasser d'entendre leur musique, qui me parut harmonieuse, quoiqu'elle conserve quelque chose de sauvage ; elle est digne de l'attention du voyageur. Notre hôte nous donna pour notre souper une portion de foigné bouilli , avec une sauce aux herbes , que l'absence du sel et du beurre rendait mauvaise; cependant nous mangeâmes avec beaucoup d'appétit , car nous n'avions pris dans la journée qu'un morceau d'igname et quelques pistaches. Les saracolets achetèrent du lait, et firent cuire du riz; ils m'invitèrent à en prendre ma part. Al'E. de Diécoura, à quatre jours de marche, on trouve Morila, village entouré de murs, où se tient un marché; et à l'E. N. E. de Morila, on voit la ville de Kankary , située sur une rivière qui vient du S. et se perd dans le Dhioliba : cette ville a un marché considérable ; elle est sous la dépendance des Bambaras de Ségo. J'ai obtenu ces renseignemens des naturels du pays.

Mes effets étaient partis devant, avec mon guide, qui était allé loger à Kimba chez une de ses connaissances ; j'aimai mieux coucher dans ce village que d'aller plus loin , tant j'étais fatigué ; nous devions aller le rejoindre le lendemain : l'absence de mon bagage m'empêcha de payer mon hôte; un saracolet eut la

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complaisance de m' acquitter avec quelques verroteries, et ne voulut jamais souffrir que je les lui remboursasse.

Le 1 8 juillet, après avoir pris congé de nos hôtes, nous nous mîmes en route vers six heures du matin, en nous dirigeant à l'E. S. E. , l'espace d'un mille. Nous traversâmes le Lin dans une pirogue si incommode, que nous pensâmes renverser : elle était faite d'un tronc d'arbre tortueux , très-étroite , et faisant eau; le moindre mouvement la faisait tellement incliner, que l'eau entrait à bord. Le Lin est un gros ruisseau venant du sud ; son courant est très-rapide ; il va se perdre dans le Dhioliba. Nous fîmes encore un mille dans la même direction, en traversant une belle plaine bien cultivée : je voyais beaucoup d'ouvriers répandus dans la campagne, qui piochaient la terre, et la remuaient aussi bien que nos vignerons en France ; ce ne sont plus les nègres esclaves des Mandingues, qui ne font que retourner la superficie du sol à deux ou trois pouces pour détruire les herbes ; ce sont de vrais laboureurs qui travaillent pour avoir une belle et abondante récolte. Ils en sont bien récompensés, car leur riz, et tout ce qu'ils cultivent, croît plus vite et produit davantage que dans le Kankan. Je les ai vus récolter le foigné : ils se servent d'une faucille pour le couper , et ont l'habitude, dans bien des endroits , de le laisser dans la campagne, exposé à la pluie; ils mettent en

terre des piquets sur deux rangs , et placent artistement entre eux leurs graminées: ainsi arrangées, elles ressemblent à une palissade ; le dessus est couvert de paille, qui empêche la pluie de pénétrer; à mesure qu'ils ont besoin de foigné , ils viennent en prendre , et jamais personne ne se permet de voler ces espèces de magasins.

J'ai vu les nègres labourer le champ qui venait d'être récolté tout récemment, pour l'ensemencer de nouveau d'un autre grain. Les femmes étaient occupées à arracher les herbes et à sarcler les beaux champs de riz dont la campagne était couverte. Ce peuple est industrieux; il ne voyage pas ; mais il s'adonne aux travaux des champs, et je fus étonné de trouver dans l'intérieur de l'Afrique l'agriculture à un tel degré d'avancement : leurs champs sont aussi bien soignés que les nôtres , soit en sillons , soit à plat , suivant que la position du sol le permet par rapport à l'inondation. Nous arrivâmes au petit hameau où était mon guide : il me fit une assez bonne réception, et me dit qu'il avait été inquiet de mon retard , qu'il m'attendait plus tôt; il avait averti son ami de mon arrivée et des circonstances qui occasionnaient mon passage dans leur pays. Ces bons nègres vinrent me voir pendant une partie de la journée; ils s'assirent auprès de moi, et me regardèrent avec curiosité : ils étaient tous trèssales, couverts de haillons; mais la douceur était

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peinte sur leurs physionomies. D'ailleurs ils n'étaient pas importuns comme les Mandingues ; ils se contentaient d'ouvrir de grands yeux en me regardant, et se disaient entre eux : «C'est un blanc; ah! comme «il est bien! » L'un d'eux, chef de la famille, me fit cadeau d'un mouton, et, dans le cours de la journée, d'une grande calebasse de bon lait dans lequel il avait mis du déguet, que je trouvai délicieux. J'en fis part à mes compagnons, qui ne voulurent accepter qu'après que j'eus fini mon repas : je ne m'attendais pas à trouver tant de réserve chez les Mandingues, car mon guide en était un.

Je me promenai autour de l'habitation, et je prenais un bien grand plaisir à regarder leurs belles cultures : ils font de petits tas de terre pour mettre les pistaches et les ignames ; ils les arrangent avec goût , tous à la même hauteur, et bien alignés. Le riz et ]e petit mil sont ensemencés dans des terres labourées en sillons; lors des premières pluies, ils sèment autour de leurs petites habitations ; et lorsque le maïs est en fleur, ils mettent du coton parmi les tiges. Le maïs se trouve mûr de très -bonne heure; alors ils l'arrachent pour donner jour à l'autre plante. Si l'on n'y met pas de coton, on donne un labour à la terre qui a déjà produit le maïs, puis on y transplante du petit mil ; habitude que je n'ai pas remarquée dans le Kankan. J'étais émerveillé de voir ces bonnes gens i. 28

se livrer au travail avec tant d'ardeur et de soin : dans la campagne, de tous les côtés, je voyais des laboureurs et des femmes occupées à sarcler les champs. Ils font deux récoltes par année sur le même terrain : je remarquai du riz en épis, et d'autre à côté ne faisant que de sortir de terre. La campagne y est généralement très - découverte ; les cultivateurs ne conservent parmi les grands végétaux que les arbres de ces et les nédés, qui sont très-répandus et de la plus grande utilité pour les habitans; je n'ai pas vu, comme dans le Fouta et le Baleya, des arbres coupés à quatre ou cinq pieds de terre ; les Foulahs du Ouassoulo ont soin d'arracher le pied, et ne laissent dans leurs champs rien qui puisse leur nuire. Enfin, je le répète, ils sont en général aussi bien soignés que les nôtres. J'eus beaucoup de visites toute la journée : elle fut orageuse; dans la soirée, il fit beaucoup d'éclairs du côté du S., et un grand vent, qui passa au N. E. ; il plut par torrens pendant une partie de la nuit, et le tonnerre lit un bruit épouvantable. Dans la soirée , mes compagnons se mirent à tuer le mouton que l'on m'avait donné , et nous fîmes un assez bon souper. Plusieurs Foulahs nous quittèrent pour se rendre au marché de Morila.

Le 19 juillet, à neuf heures du matin, nous partîmes de Kimba ; le fils de notre hôte vint nous servir de guide. Nous fîmes un mille au S. : nous traversâmes

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une rivière très -large qui venait de i'O. et coulait à l'E. ; son courant pouvait être de deux nœuds et demi à l'heure; elle a, dans cet endroit, huit à neuf pieds de profondeur; ses rives, un peu élevées, mais très-dégarnies , sont composées de terre grise argileuse , et , dans quelques parties , rouge et mêlée de petit gravier. Je m'informai du nom de cette rivière ; personne ne pouvait me le dire : enfin une vieille femme m'apprit qu'elle se nomme le Sarano , et que c'est celle qui passe à Kankary. Nous la traversâmes dans une pirogue très -longue et très -étroite , et faisant eau comme un panier; je n'étais pas trop rassuré de me voir au milieu de la rivière , dans cette barque si fragile ; on était continuellement occupé à vider l'eau avec une calebasse : mon gitide Arafanba se tenait debout dans la pirogue, et chantait à haute voix des prières du Coran; sans doute il priait Dieu de favoriser notre traversée. Vers onze heures, nous nous trouvâmes sur la rive droite, sans accident; nous avions seulement quelques effets mouillés. Nous continuâmes notre route au S. , sur du sable gris plein de gravier. La campagne, très-bien cultivée, est inondée et couverte de nédés et de ces ; on voit le riz en herbe qui élève sa tête au-dessus de l'inondation. Après avoir fait quatre milles dans cette direction , ayant de l'eau à mijambes, nous fîmes halte auprès d'un joli hameau, où nous achetâmes, pour quelques branches de ras-

sades, du lait et de la fécule de nédé, que nous mîmes dedans pour notre dîner; ensuite nous continuâmes à nous diriger au S. deux milles. Nous retrouvâmes la rivière du Sarano , que nous venions de traverser : à quelque distance, toujours à sa rive droite, on voit une petite chaîne de montagnes peu élevées, composées de terre , de pierres rouges et poreuses. Dans cet endroit, la rivière est large et vient du S. Nous continuâmes à suivre la même direction pendant quatre milles. Je vis de très-beaux champs de riz en épis, et déjeunes bergers aux environs gardant des troupeaux de bœufs; ils avaient des flageolets en bambou, desquels ils tiraient des sons très-harmonieux. En suivant toujours les bords de la rivière , nous arrivâmes à Mauracé un peu avant le coucher du soleil; on nous donna une case , et le chef hospitalier nous envoya un souper de foigné , avec un mauvais ragoût d'herbes , sans sel.

Le 20 juillet , à huit heures du matin , nous prîmes congé de notre hôte ; nous fîmes onze milles au S. E. Dans toute cette campagne , qui est très-découverte , on voit de petits hameaux de dix à douze cases ; ils sont ombragés par le nédé et le ce; les environs en sont bien cultivés : je vis de beaux champs de coton ; c'est la culture la moins soignée dans le pays; ils le sèment à la volée , et les pieds sont si rapprochés les uns des autres , qu'ils sont gênés dans leur croissance.

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Vers une heure et demie , nous fîmes haite à l'ombre des nédés , auprès d'un hameau , dont les habitans vinrent nous vendre du lait et du fruit de cet arbre , que nous mangeâmes à la hâte ; puis nous fîmes route au S. S. E., pendant trois milles, sur un sol couvert de petit gravier qui gênait beaucoup ma marche , car j'avais mal aux pieds. Nous suivions une plaine entrecoupée de coteaux et de quelques petits monticules qui n'influent en rien sur l'uniformité du sol ; nous traversâmes un gros ruisseau, et je vis quelques bombax et baobabs qui font diversion avec le nédé et le ce. La journée fut orageuse; nous fîmes halte à Kandiba , joli petit hameau ombragé par des nédés. On nous donna une case pour moi et mon guide , et une autre pour nos compagnons : dans la nôtre , il y avait du foigné en paille , nouvellement récolté , qui nous servit de lit. Tous les habitans du hameau et ceux des environs vinrent me visiter pendant la soirée , et allumèrent des poignées de paille pour me voir plus à leur aise ; ils formaient une haie autour de moi , s'extasiaient en me regardant, et se perdaient en complimens, que ma modestie ne me permet pas de répéter: ils paraissaient très-doux et très-gais. Le chef nous envoya à souper.

Le 1 1 juillet, à neuf heures du matin , nous fîmes route à TE. pendant douze milles , sur un sol couvert de gravier ; dans quelques endroits on y trouve de la

terre rouge très -productive. Nous traversâmes un gros ruisseau sur un pont le plus incommode que j'eusse encore vu , car il fallait passer sur un arbre dont les branches traversaient ce ruisseau : mes compagnons , portant des charges sur leur tête , chancelaient à chaque instant ; nous eûmes le bonheur de passer sans accident. A deux heures du soir, nous fîmes halte à Sigala , petit village où reste le chef du Ouassoulo : mon guide me conduisit en sa présence ; unhomme alla nous annoncer; il nous fit entrer dans sa case, où il était couché auprès de son chien, d'une espèce à oreilles longues , museau pointu , poil rouge , et auquel notre visite parut déplaire, car il grogna beaucoup à notre approche ; mais son maître parvint à l'apaiser, et nous fit asseoir auprès de lui sur une peau de bœuf. Mon guide lui dit que j'avais été fait prisonnier par les chrétiens, et que maintenant je retournais dans mon pays ; que j'avais été très-bien reçu dans tout le Fouta , et que le chef de Kankan me recommandait à ses soins. Baramisa me fit très -bonne mine ; il avait l'air gai; il adressa plusieurs questions à Arafanba , qui lui dit, pour lui faire sa cour, qu'en route, sans le connaître, j'avais souvent demandé à le voir, ce qui parut le flatter. Je remarquai dans sa case une théyère en étain , un plat en cuivre , et plusieurs autres vases du même métal. La forme antique de ces vases me fit présumer qu'ils devaient être portugais.

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La théyère, ovale, avait un pied rond qui f élevait un peu ; l'anse très-élancée surmontait le couvercle , qui avait un bouton rond finissant en pointe ; les plats étaient de forme ronde , comme ceux en étain que nous avons en Europe : un bol de cuivre , avec une anse et un pied rond , lui servait pour mettre ses colats au frais. Baramisa avait une très -grande boucle d'oreille en or à l'oreille gauche, et point à la droite ; il use de tabac en poudre et à fumer comme ses sujets , et il est aussi malpropre qu'eux ; sa case était tapissée d'arcs, de flèches, de carquois, de lances, de deux selles pour ses chevaux, et d'un grand chapeau de paille; je ne vis pas de fusil. Notre visite fut courte. Nous retournâmes à la case qu'il nous avait donnée : peu de temps après, il m'envoya une calebasse de lait et du déguet, qu'il me pria d'accepter; je le mangeai avec mes compagnons. Baramisa me fit appeler; j'y allai avec mon guide : il me reçut dans son écurie , où il était assis sur une peau de bœuf, auprès d'un beau cheval ; il nous fit asseoir à côté de lui , et me donna quelques noix de colats qu'il avait mises dans un vase en cuivre avec un peu d'eau. Il distribua devant nous, à quelquesunes de ses femmes, des ignames que l'on venait de récolter. Ce chef du Ouassoulo passe pour être trèsriche en or et en esclaves ; ses sujets lui font souvent des cadeaux en bestiaux : il a beaucoup de femmes ; toutes ont des cases particulières, ce qui forme un

petit village. Avant d'arriver dans la case du chef, on traverse plusieurs grandes cours entourées de murs en terre ; elles sont tenues très-proprement. Son logement est aussi simple que celui de ses sujets ; il consiste en plusieurs cases rondes , dont le mur est en terre : on a mis quelques piquets plantés extérieurement autour de ce mur , pour soutenir la charpente , qui est en forme de colombier et couverte en paille ; le bas de ces cases peut avoir de cinquante à cinquante-cinq pieds de circonférence , et de douze à quatorze pieds d'élévation. Les environs de ce petit hameau sont trèsbien cultivés en pistaches , riz , ignames , maïs , et mille autres productions utiles. Je vis , pour la première fois depuis mon départ de la côte , quelques rhamnus lotus dont parle Mungo-Park. Le chef nous envoya un assez bon souper de riz au lait aigre, auquel il ajouta par luxe un peu de sel; nous eûmes de la pluie toute la soirée; l'air était humide et frais.

Le 22 juillet, vers neuf heures du matin, nous allâmes prendre congé de Baramisa; nous lui donnâmes en présent un peu de poudre , et quelques verroteries pour ses femmes. Nous fîmes route en nous dirigeant au S. E. : le sol, quoique couvert de petit gravier, est très -bien cultivé; le ce et le nédé sont très-répandus. Après avoir fait treize milles , nous passâmes un gros ruisseau , sur un pont très-chancelant ; la campagne est généralement découverte; de temps en temps

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je vis quelques petits monticules dont la pierre était de nature rouge et poreuse. Nous fîmes halte à cinq heures du soir, à Fila-Dougoù ; ce petit hameau est le dernier du Ouassoulo, du côté de l'E. Les bons habitaiis nous donnèrent leur souper, car nous n'avions rien mangé de tout le jour. Les Foulahs vinrent nous voir en grand nombre; je leur montrai mon parapluie, qu'ils regardaient comme une merveille ; ils ne pouvaient concevoir comment on pouvait ouvrir et fermer cette machine à volonté ; ceux qui avaient vu couraient avertir leurs voisins , qui tous accouraient voir cette merveille ; la cour ne désemplit pas de toute la soirée; plusieurs même vinrent très-avant dans la nuit; ils avaient des poignées de paille allumée, spectacle qui m'amusait assez ; ils s' écriaient tous, en me regardant d'un air riant, « C'est un blanc ! » ils répétaient les mêmes éloges que j'avais reçus la veille de leurs voisins , et ajoutaient, « Nous n'avons jamais vu un homme comme celui-là ! » Ils demandaient à mon guide si la blancheur de ma peau était bien naturelle ; car ces peuples , simples et doux , qui ne voyagent jamais, n'ont d'autre idée des hommes blancs que celle que peuvent leur en donner les Mandingues commerçans et voyageurs qui traversent leur pays ; ils sont francs , inoffensifs , et ils exercent une hospitalité si généreuse envers les étrangers , que je crois qu'un chrétien pourrait voyager chez eux sans déguisement et sans éprouver la moindre difficulté.

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