‹ Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale, précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples; pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828 (volume 4)Chapitre 1 sur 56 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Puits d’Amoul-Gragim. — Serpens énormes. — Hautes dunes appelées Helk. — Puits d’Amoul-Taf. — Collines de granits diversement colorés. — Puits d’el-Ekseif; très-bonne eau. — Puits dits Marabouty, el-Guédéa , Myara et Sibicia. — Hautes montagnes escarpées, défilés et précipices. — Chute violente. — Camp de Sidi-Aly. — El-Harib. — Les Berbers. — Tatta. — Description du pays d’el-Harib, usages; tribus qui Phabitent.

Le 5 juin, à trois heures du matin, nous continuâmes de gravir de hautes dunes de sahle mouvant ; notre direction était au N. : la partie occidentale de ces dunes était couverte de plantes épineuses que mangeaient les chameaux. Ces pauvres animaux avaient peine à se mouvoir : notre marche était lente

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route èn nous dirigeant au N. : le soi était eouvert de gravier noir, et de roches tranchantes de même couleur. Vers onze heures du matin , nous fîmes halte auprès des puits d’Amoul-Taf, situés entre des rochers de granit gris ; on fut encore obligé de les déblayer : ils n’ont que quatre pieds de profondeur; l’eau en est douce, mais peu abondante; les environs sont peuplés de quelques tamarix. On mit de la paille autour de ces puits, pour empêcher le sable d’y crouler. Les chameaux ne burent qu’à moitié , et nous emplîmes nos outres pour nous préparer à partir.

Le 1 o , à quatre heures du matin , nous fîmes route au N. ; nous gravîmes une grande côte de granit, trèsdifficile, car il n’y avait pas de sentier tracé. Le sol que nous parcourûmes est entrecoupé de coteaux couverts de gravier noir et de roches tranchantes : la campagne n’ offrait pas le moindre signe de végétation. Vers neuf heures du matin , nous descendîmes dans une plaine où nous trouvâmes un peu d’herbe et quelques mimosa ferruginea très - rabougris. Nous y fîmes halte , pour laisser paître les chameaux : on en tua un, qui, près de crever, ne pouvait plus servir pour porter le bagage; on distribua sa viande aux gens de la caravane ; nous en fîmes un très-mauvais souper , qu’il fallut manger faute de mieux.

Le 1 1 , à quatre heures du matin , nous nous mîmes en route. Si l’on eût consulté mes dispositions, on aurait

retardé le départ jusqu’au lever du soleil, car je me trouvais bien fatigué de me lever tous les jours si matin; j’avais beaucoup de peine à me tenir sur mon cbameau, tant j’étais endormi. Je revenais souvent à l’idée que le seul moyen pour ne pas mourir en chemin, était de hâter la marche; cette pensée soutenait mon courage et me rendait mes forces épuisées par la fatigue : cependant, j’avoue que j’enviais le sort de ceux qui peuvent se faire un nom sans l’acheter par des épreuves si pénibles et des périls toujours renaissans.

Nous marchions constamment au N. , sur un sol aride comme celui de la veille. Plus nous avancions dans cette direction , plus les chaleurs diminuaient ; la soif devenait dès - lors plus supportable. Vers dix heures, nous fîmes halte; on dressa la tente , et je me couchai pour tâcher de prendre un peu de repos : après le tourment de la soif, f obligation de me lever à toutes les heures de la nuit pour partir , était ce qui me fatiguait le plus.

Le 1 2 , à deux heures du matin , encore à moitié endormi, je montai sur mon chameau, et nous fîmes route au N. , sur un sol uni, dur et pierreux : je voyais dans la plaine , à des distances très-éloignées , quelques mimosas , sans autres traces de végétation.

Vers neuf heures du matin, nous descendîmes, par un sentier très-étroit , dans un profond ravin , entouré

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d’énormes blocs de granit rose et de diverses couleurs , par couches de dix-huit à vingt pouces d'épaisseur. Les chameaux, fatigués d’une si mauvaise route , eurent beaucoup de peine à descendre parmi ces rochers. 11 était dix heures du matin , lorsque nous fîmes halte aux puits d’el-Ekseif, qui sont situés tout au bout du ravin. Ces puits ou sources sont ombragés par un joli bosquet de dattiers, d’un aspect enchanteur : c’est du moins l’impression que produit le contraste du lieu , avec tout ce qui l’entoure et avec les plages dépouillées et arides qu’on vient de parcourir; il croît aussi autour quelques roseaux et quelques joncs. Cette verdure , encadrée au milieu d’énormes roches de granit où l’on n’aperçoit aucune espèce de végétation aussi loin que la vue peut s’étendre , présente quelque chose de riant et de sauvage en même temps, dont l’ensemble compose un site vraiment pittoresque.

L’eau des puits d’el-Ekseif est très-bonne; j’éprouvai une véritable volupté à la boire , car elle était douce, claire et limpide.

Fatigué de ne manger que du riz bouilli , j’allai trouver un Maure qui me traitait assez bien. Je lui racontai mes privations; il parut prendre part à ma peine, m’exhorta à la patience et m’engagea à partager son souper , qui consistait en riz cuit avec de la viande séchée au soleil qu’il avait apportée de Jenné,

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et assaisonné de piment. Ce Maure avait demeuré plusieurs années dans cette ville , pour y faire le commerce. Je crus devoir lui faire un petit présent pour rengager à m’inviter souvent à manger avec lui : je lui donnai donc une pièce de vingt sous , qu’il accepta ; mais il ne se crut engagé è rien envers moi , car il ne m’invita plus.

Le 1 3 juin, nous séjournâmes aux puits pour nous rafraîchir et boire à longs traits de cette eau délicieuse. Le sol sur lequel nous étions campés , était aride et couvert de pierres , dont nous fûmes obligés de débarrasser la place où les chameaux devaient se coucher, dans la crainte qu’ils n’en fussent blessés. L’eau était ici si abondante, que le soir je me rafraîchis le corps avec une calebasse d’eau froide ; ce qui me fit beaucoup de bien.

Le 1 4 , à cinq heures du matin , nous nous mîmes en route, suivant toujours la même direction. Nous descendîmes dans une plaine où. nous trouvâmes un peu d’herbe. Vers neuf heures du matin, nous fîmes halte pour laisser paître les chameaux. Le chemin avait été difficile-, nous avions fait environ deux milles à fheure. A cinq heures du soir, lorsqu’on jugea que les chameaux étaient rassasiés, nous nous mîmes en route au N. A peine avions nous fait un mille, qu’il fallut faire halte pour attendre une partie de nos compagnons qui étaient restés en arrière ; f endroit où

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nous étions était composé de sable gris très-dur, couvert de gravier blanc très-fin. Vers onze heures du soir, les traînards, que leurs montures avaient emmenés très-loin pour trouver à manger, arrivèrent, et nous nous remîmes en route, toujours dans la direction de l’étoile polaire; nous marchâmes toute la nuit jusqu’à onze heures du matin du 1 5 , que nous fîmes halte.

Le 1 5 juin , le sol était le même que celui de . la veille, sans végétation. Il régnait un grand vent du N. qui nous incommoda beaucoup. Le même jour, à cinq heures et demie du soir, après avoir hu du dokhnou , nous nous enfonçâmes de nouveau dans le désert. Nous fîmes route toute la nuit au N. ; contre l’ordinaire, la fraîcheur fut grande , mais il n’y eut pas de brouillard.

Le i6 juin, au lever du soleil, nous vîmes une petite chaîne de montagnes peu élevées, se prolongeant du N. au S. ; elles paraissaient noires , ce qui me fit présumer qu’elles étaient de granit.

Le 1 6 , vers dix heures du matin , nous fîmes halte au bout d’une chaîne de dunes de sable mouvant , qui suit la même direction que les montagnes de granit.

Le 1 y , à deux heures du matin , nous levâmes le camp , et nous fîmes route au N. ; à droite et à gauche de notre route , nous avions Ses dunes de sable très-

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fin. Les pauvres chameaux mangeaient en marchant quelques bouquets de plantes épineuses, seule espèce de végétaux qu’ils pussent trouver. Vers dix heures , nous fîmes halte aux puits dits de Marabouty, qui sont situés à un quart de mille à l’E. de la route, parmi de hautes dunes de sable mouvant: ces puits , qui ne sont pas plus profonds que les derniers , étaient comblés ; mais ils furent bientôt déblayés. Je m’empressai d’aller demander à boire, car on n’avait pas voulu m’en donner en route: ma soif était dévorante, et augmentée encore par un vent d’O. violent qui soulevait du sable et rendait la marche très-pénible. Les environs des puits sont couverts d’excrémens de chameaux ; et si les Maures ne connaissaient pas bien leur emplacement, ces traces seules suffiraient pour le faire découvrir : l’eau y est très-bonne.

On tua encore un chameau qui était sur le point de crever, et nous mangeâmes de sa chair bouillie. Sidi-Aly en fit sécher quelques morceaux qu’il saupoudra de sel, pour les conserver et s’en régaler durant le reste de la route.

Le 1 8 , à sept heures du matin , nous marchâmes au N. N. E., d’abord parmi les dunes, ensuite sur une plaine couverte de gravier noir. Vers dix heures du matin , nous fîmes halte pour laisser paître les chameaux. On fit préparer à manger avec une partie de f animal tué la veille : ce mets n’était guère appétis-

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sant, et cependant force fut d’en manger. Une particularité que je crois digne de remarque, c’est que ma santé se soutint au mieux dans le désert , malgré les privations de tout genre que Ton y éprouve : j’eus seulement la crainte de succomber à la soif. Mon anxiété était grande aussi, en pensant que nous pouvions nous égarer et nous éloigner des puits ; mais la providence veillait sans doute à ma conservation , puisque j’échappai encore à ce péril, peut-être le plus grand qu’on puisse redouter dans ces affreuses solitudes.

Le 19, à une heure du matin, nous marchâmes sur un sol dur et couvert de gravier ; il y avait quelques dunes peu élevées , répandues dans la campagne. Nous suivions toujours la même direction. A midi , nous arrivâmes dans un endroit où nous trouvâmes un peu d’herhe; nous y fîmes halte. On envoya un homme garder les bestiaux, et nous nous réunîmes sous notre tente pour boire et nous tenir à l’abri du vent qui soulevait des nuages de poussière.

Le 20 , à une heure du matin , nous nous remîmes en route au N. , sur du sable mouvant. A dix heures, nous fîmes halte; nos chameaux trouvèrent quelques plantes épineuses dispersées parmi les dunes. Vers minuit, nous levâmes le camp , et fîmes route au N. à travers des monticules qui rendaient la marche lente et pénible.

Le 2 1 , à neuf heures du matin , nous fîmes halte au milieu de dunes de sahle , entre lesquelles il végétait de l’herhe en assez grande quantité. Nous étions à un mille à l’O. des puits d’el-Guédéa, où nous trouvâmes d’assez bonne eau. La chaleur de la journée fut plus forte que celle des jours précédons ; elle était augmentée par un calme plat: cette journée fut employée à faire notre provision d’eau.

Le 2 2 , à cinq heures du matin , nous fîmes route au N.; notre marche était lente, car les chameaux broutaient, en marchant, quelques plantes épineuses à demi desséchées. Le sol était le même que celui que nous parcourûmes la veille. A dix heures du matin, nous fîmes halte pour laisser passer la chaleur du jour ; vers dix heures du soir, nous levâmes le camp et nous nous dirigeâmes au N. parmi les dunes de sable, jusqu’au jour que nous parcourûmes un sol plus uni, couvert de gravier blanc.

Le 2 3 , à neuf heures du matin , la marche fut suspendue. On fit cuire à l’eau, pour notre dîner, quelques morceaux de chameau séchés au soleil , qui étaient bien aussi durs que du bois. Le même jour, à neuf heures du soir , nous levâmes le camp , et nous nous dirigeâmes au N. pendant près de trois heures; puis nous tournâmes au N. N. O., sur un sol uni, sans aucune végétation , et couvert de petit gravier. Le 2 4 , â onze heures du matin , la chaleur étant

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insupportable , nous fîmes balte, pour la laisser passer, sous notre tente, en buvant un peu de dokbnou; et vers quatre heures du soir, après avoir mangé du riz cuit avec de la viande de chameau, nous nous remîmes en route en nous dirigeant au N. N. O. jusqu’au coucher du soleil, que nous tournâmes vers le N. , en traversant une chaîne de dunes peu élevées , sur lesquelles il croît quelques herbes. Mes compagnons me dirent que les Maures d’el-Harib viennent dans la saison des pluies jusque dans cet endroit faire paître leurs troupeaux. Nous marchâmes, jusqu’à deux heures du matin , sur un sol dur , couvert de gravier et de quelques dunes de sable mouvant ; après quoi on fit halte jusqu’au jour : nous nous couchâmes auprès de nos chameaux, pour nous reposer un peu. Aux deux côtés de l’endroit où nous étions établis, il y avait de grosses roches de granit , parmi lesquelles on voyait quelques tristes mimosa ferru^inea.

Le 20, à quatre heures du matin, le jour nous éclairant assez , nous fîmes route lentement à travers de gros. blocs de quartz, parmi lesquels je vis beaucoup de plantes épineuses et de mimosas rabougris , dont les chameaux affamés coupaient les branches dégarnies de feuilles , et les mangeaient avec avidité. Soit que ces animaux sentissent f approche de leur pays, ou le moment où ils allaient se rassasier, ils paraissaient plus gais et plus vigoureux que de cou-

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tiime. Enfin, vers dix heures du matin du même jour, nous fîmes halte aux puits de Mayara , qui sont situés dans une qorge entourée de granit et de quelques mimosas. L’eau de ces puits , qui n’ont que quatre à cinq pieds de profondeur , est salée *, ehe conserve un goût détestable : il nous restait encore une outre pleine de bonne eau; mais les Maures ne me permirent pas d’en boire ma part; ils la gardèrent pour eux, et me dirent d’aller me désaltérer avec les chameaux. Trois esclaves maures qui faisaient route avec nous, furent plus heureux que moi ; on leur donna une petite portion de bonne eau. A cent cinquante pas des puits salés, il en existe un autre dont l’eau est assez bonné à boire ; mais il se trouvait presque à sec : plusieurs Maures passèrent une partie du jour à le creuser; et vers le coucher du soleil , je pus étancher ma soif à mon aise.

Le 2 6 , à une heure du matin , on me réveilla pour partir; nous fîmes route au N. N. E. , entre deux côtes élevées de soixante à soixante-dix brasses , qui sont composées de gros blocs de quartz gris, et de quelques granits de même couleur : dans cette gorge , dont le sol est formé de sable gris, il croît beaucoup de mimosas et d' hedysariim alhagi. Depuis si longtemps que je n’avais rien vu de pareil en fait de végétation, je me crus dans un des plus beaux pays du monde.

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Vers huit heures du matin, nous entrâmes dans une plaine couverte de gravier noir, où l’on aperçoit cà et là des espèces de petites îles couvertes de verdure et de mimosas. A mesure qu’on approche des limites de ce désert , la nature paraît moins désolée. A onze heures, nous fîmes halte sur du sable mouvant : il fit toute la journée une chaleur étouffante , qui nous altéra beaucoup; vers la nuit, on fit cuire, comme à l’ordinaire, du riz pour notre souper. Vers dix heures du même jour , nous nous mîmes en route vers le N. N. E. , sur un sol entrecoupé de grands ravins , au bord desquels il se trouvait quelque végétation. Notre marche était lente, car on laissait paître les chameaux en marchant; nous faisions deux milles à fheure. A neuf heures du matin , le 2-7, nous nous arrêtâmes aux puits de Sibicia , situés entre des mornes de granit d’un rose pâle, et environnés d’un joli bosquet de dattiers, dont la verdure faisait un contraste agréable avec le reste du sol. L’eau de ces puits, qui n’ont que sept à huit pieds de profondeur, est claire et délicieuse à boire.

Vers six heures du soir, étant occupés à la prière, nous entendîmes dans f éloignement un coup de fusil ; ce bruit ne nous étonna pas, car nous savions que Sidi-Aly, depuis el-Guédéa , avait pris les devans, pour reconnaître fendroit où Ton devait placer son camp, et nous pensions qu’il enverrait quelqu’un au-devant

de nous pour nous y conduire. Plusieurs Maures coururent aussitôt du côté d’où le bruit provenait : c’était effectivement un Maure que Sidi-Aly nous envoyait; il nous annonça que , dans deux jours , nous serions au camp des Maures d’el-Harib. Il était porteur de lettres pour plusieurs personnes de la caravane : on leur apprenait quel était l’état du pays, le prix des marebandises et des denrées ; une partie de la soirée fut employée à cette lecture, qui eut lieu en public, de sorte que toute la caravane profita des nouvelles.

Nous repartîmes à dix heures du soir , nous dirigeant au N. ; le sol était couvert de gravier; nous marchâmes toute la nuit.

Le 28, vers sept heures du matin, nous descendîmes une côte très-rapide, hérissée de roches de granit par couches de douze à dix-huit pouces d’épaisseur, tendres et friables : le chemin était très-difficile , et même dangereux pour les animaux porteurs. Vers dix heures du matin , nous dressâmes nos tentes dans une plaine environnée de montagnes de granit de f aspect le plus aride , et sur un sol pierreux.

Je ne pus profiter de fabri que cette halte nous offrait ; car les Maures ne cessèrent de me tourmenter. Sidi-Body , le même qui proposait à Sidi-Molut de me vendre , poussa f indignité jusqu’à me frapper. Je fus obligé de me réfugier sous une autre tente , où je me couchai pour passer le reste du jour. Le vent

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soufflait avec violence ; j’étais très-altéré , et je ne pus obtenir d’eau de mes compagnons. Les étrangers à qui je m’adressai, touchés de ma position, m’en donnèrent un peu. Je passai la journée sans manger; le soir, je dus une poignée de riz à la générosité de mes nouveaux hôtes , qui me réveillèrent pour me faire manger avec eux.

Gomme nous approchions des camps d’el-Harih, quelques Maures préparèrent leur toilette pour nous devancer le lendemain, sans doute afin de jouir plus tôt du plaisir de revoir leur famille. L’un d’eux, fds de Sidi- Aly , mon guide , me faisait la cour depuis plusieurs jours pour que je lui prêtasse ma couverture de coton , car la sienne était ^déchirée : j’avais eu moins à me plaindre de lui pendant la route , que de ses camarades, et je consentis à la lui prêter.

Vers neuf heures du soir, nous levâmes le camp, et nous nous dirigeâmes au N. O., comme nous l’avions fait depuis sept heures du matin jusqu’à dix. Vers minuit , nous tournâmes au N. N. E. entre des défdés de hautes montagnes de granit , parmi lesquelles se trouvaient des mares d’eau salée. D’énormes masses de ces roches , suspendues sur nos têtes , semblaient menacer de nous écraser en se détachant et roulant sur nous. Dans un de ces défdés , le chameau que je montais eut peur , il fit un écart et se mit à courir :je tombai en arrière, les reins sur le

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gravier. Je pensais avoir le corps brisé , tant la douleur que je ressentis fut grande ; je crus touchera mon dernier moment. Un Maure vint à mon secours; il me prit dans ses bras , et me pressa fortement contre sa poitrine : j’en éprouvai du soulagement. Il m’aida à rejoindre mon chameau, qu’on avait arreté, et le lit coucher pour que ‘je pusse remonter plus facilement :,ce Maure était étranger à la compagnie d’Aly. Les douleurs que je ressentais étaient si grandes qu’elles m’arrachaient malgré moi de profonds gémissemens : il me semblait que j’avais la tête fracassée; je voyais à peine , j’étais comme étourdi ; ce ne fut que le surlendemain que je me sentis la tête débarrassée : mais les maux de reins continuèrent toujours avec violence, je ne pouvais me baisser qu’avec beaucoup de difficulté. Je me suis ressenti de cette chute pendant plus de deux mois. Le Maure qui m’avait aidé à me relever me mit lui-même sur le chameau , car je n’aurais pu m’y placei\ seul.

Pour sortir de ces défilés , il nous fallut gravir une haute montagne escarpée ; nous passâmes par un sentier étroit et tortueux, qui offrait de grandes difficultés ; en conséquence, on fit descendre des chameaux tout le monde : je fus le seul qui restai sur le mien ; j’étais tellement brisé qu’il m’eût été impossible de faire le moindre trajet à pied. Il me fallut essuyer, pour cette raison, de nombreuses invectives de la part de queJ-

iir.

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ques Maures qui menaçaient de me jeter des pierres pour me faire descendre : cependant ceux qui avaient été témoins de mon accident prirent ma défense, et on me laissa en paix.

Les chameaux, épuisés parles fatigues qu’ils avaient éprouvées pendant le voyage, n’avançaient qu’avec répugnance, faisaient deux ou trois pas, s’arrêtaient en tournant péniblement la tête à droite et à gauche, et poussaient des gémissemens sourds et lugubres : ils semblaient mesurer de l’œil la tâche pénible qu’ils avaient encore à remplir.. Je souffrais d’être obligé de rester sur ma monture; car ces malheureux animaux me faisaient pibé. Les Maures, marchant derrière, les encourageaient de la voix , en répétant quelques mots sur difPérens tons, en manière de chant, que les chameaux paraissaient comprendre.

Le sentier passait souvent si près du bord des rochers , il était si étroit, qu’il me semblait que nous ne pourrions continuer d’y marcher sans rouler dans d’affreux précipices. Enfin , ayant atteint le sommet avec beaucoup de peine, nous découvrîmes une grande plaine, dont le sol, composé de sable gris et de gravier, est fort dur, et parsemé de pierres plates et minces , en forme d’ardoise, de couleur grise et noire.

Le 2g , vers deux heures du matin, le sol changea; il devint plus sablonneux, et offrit quelques traces de végétation. Au point du jour, nous nous arrêtâmes

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pour faire la prière; après avoir rendu grâce à Dieu, ceux qui voulaient nous devancer partirent pour se rendre au camp sur des chameaux de rechange , et s’éloignèrent à grands pas.

Nous les suivîmes peu après, en nous dirigeant vers le N. N. O., sur un sol dur, couvert de gros gravier gris. Vers huit heures , nous descendîmes dans une plaine où la végétation était assez belle; j’y remarquai sur-tout beaucoup de tamarix. L’herbe, quoique sèche, à cause de la saison, procura une nourriture abondante à nos chameaux.

Les habitans du canip, avertis de notre arrivée, accoururent au devant de nous : les femmes amenaient leurs enfans à leurs pères, qui manifestaient., une véritable joie, les pressaient tour-à-tour dans leurs bras, leur rendant les caresses qu’ils en recevaient. Cette scène attendrissante me frappa; et je ne pus m’empêcher d’en faire la comparaison avec la’ froideur qu’avaient manifestée, chez les Braknas, la femme et les enfans de Mohammed-Sidi-Moctar, lors de. son retour dans sa famille.

Vers neuf heures du matin, nous arrivâmes à la demeure de Sidi-Aiy. Son camp était de ia tribu de Body : il se composait de douze ou quinze tentes , tissues en fd de poil de chameau, et était dressé dans une grande plaine au N. de laquelle il y a de hautes montagnes, entièrement arides , qui se prolongent

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dans la direction de l’E. à TO. Ma joie fut extrême de me trouver dans un lieu habité ; l’idée que désormais je pourrais me désaltérer à mon aise me fit oublier les fatigues du désert.

En entrant au camp , mon vieux guidé vint au-devant de moi en riant , et me demanda la main en signe de paix : il s’informa de ma santé d’un air d’intérêt qui, me surprit ; il me fit même loger dans la tente de sa vieille sœur, qui n’osait s’approcher de moi, tant elle était prévende. Bientôt j’eus de nombreuses visites d’hommes et de femmes; car Aly avait raconté à ses compatriotes les diverses circonstances qui avaient déterminé mon passage à travers le désert, pour revoir mon pays. Les femmes, que je trouvais beaucoup plus curieuses que les hommes, ne cessaient de m’importuner; elles parlaient toutes ensemble, et je ne savais à qui entendre. Pour attirer mon attention, fune me frappait sur f épaule, l’autre sur la tête, une troisième me tirait fortement par mon coussabe. Sidi-Salab, auquel j’avais le matin prêté ma couverture, me fit donner quelques dattes pour mon déjeuner ; mais je les trouvai si dures, que je n’en mangeai que très-peu; et cependant elles renouvelèrent mes douleurs dans la mâchoire.

Aly , mon guide , fit préparer du couscous de froment pour deux marabouts ou prêtres tajacantes qui avaient voyagé avec nous ; je croyais qu’il aurait fat-

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tention de ni en donner une petite portion, car je n’avais rien mangé de tout le jour que les mauvaises dattes que l’on m’avait envoyées ; mais je me trompais , et je fus réduit à attendre patiemment.

Au coucher du soleil , Aly fit tuer un beau mouton pour régaler les marabouts ; le foie et la graisse furent mis en brochettes , passés sur les charbons , et mangés à moitié crus. Il m’en donna un petit morceau à goûter; les enfans et les parens se partagèrent les entrailles , qu’ils mirent sur des charbons.

Avec les restes du mouton, on fit un copieux souper : vers neuf heures du soir, on me donna une bonne quantité de couscous, fait avec de la farine d’orge; on y joignit un petit morceau du ventre du mouton, qu’on avait réservé. Quoique ce couscous fût détestable , tant par le manque d’assaisonnement que par une trop grandjs quantité de graisse, j’en mangeai pourtant avec appétit.

Le 3 O juin, les femmes se, mirent de bonne heure à moudre du froment pour faire le déjeûner des Tajacantes. Voici le moyen qu’ elles emploient pour obtenir la farine bien dégagée du son : elles ont deux pierres de granit, rondes et plates, qui se posent fune sur f autre, et s’emboitent au moyen d’un morceau de bois adapté au centre de la partie inférieure; celle du dessus a une ouverture par laquelle on entre le grain; puis on la tourne avec une manivelle; les

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femmes se mettent deux pour la faire marcher, quoiqu’elle ne soit ni lourde ni difficile à mettre en mouv^ement.

Quand cette farine fut bien tamisée à plusieurs reprises, sur un tamis fait de canevas très-clair, les deux filles de Sidi-Aly , aussi sales que leur père , se mirent à pétrir la farine pour faire une galette sans levain : l’une d’elles fit un grand feu, avec du bois de tamarix, afin de cbaufPer le sol à l’endroit choisi pour faire cuire cette galette ; lorsqu’on jugea que le terrain était assez chaud, on nettoya un peu la place et on posa la pièce de pâte par terre ; puis on remit pardessus, de la braise et du sable mouvant, que l’on avait fait cbaufPer exprès : étant à moitié cuite , elle fut lavée, cassée par morceaux, et jetée dans une calebasse pleine de graisse , reste du souper qu’on avait mangé la veille ; on versa par - dessus une espèce de longue sauce, avec un morceau du mouton nouvellement tué. Toute la famille et les Tajacantes se régalèrent dé ce ragoût : lorsqu’ils eurent bien mangé, ils m’en apportèrent un petit morceau qu’ils avaient de reste, avec un peu de sauce par-dessus; ce qui fit mon déjeûner et en même temps mon dîner. Les jours suivans on ne me donna que des dattes : j’objectai à Sidi-Aly qu’elles m’incommodaient, et je lui en donnai pour raison la faiblesse de mes dents qui ne me permettait pas de les broyer sans éprouver des

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douleurs aiguës. Aly répou dit qu’il en était bien fâché, mais qu’il n’avait pas de sanglé à me donner; que dans le pays on ne mangeait que des dattes pendant le jour, et le soir un couscous : le reste du riz qui m’avait été donné à el- Araouan , fut mis dans sa tente, et ils le mangèrent en famille sans m’en offrir jamais. Enlln, ne pouvant mieux faire, il fallut bien se conformer à ne vivre que de dattes : mais combien j’avais à souffrir! j’eus bientôt une plaie au palais; craignant de retomber dans fétat affreux ori j’avais été , je renonçai à manger de ces fruits, et me décidai à mendier un peu de lait de chameau dans les tentes de nos voisins, que je trouvai peu sensibles à mes prières. Aly avait plusieurs filles qui attiraient dans ses tentes de jeunes amoureux , pour lesquels on faisait du sanglé à déjeuner; mais on ne m’en donna pas une seule fois, quoiqu’ils sussent que les dattes me faisaient un mal horrible. Au bout de trois jours, la famille d’Aly commença à me persécuter; on croyait ne pouvoir mieux faire que d’imiter le chef , qui , dans toutes les occasions , me témoignait une haine implacable. Les femmes semblaient prendre plaisir à me tourmenter; elles ne voulaient me souffrir dans aucune tente ; dès que j’étais couché, elles me faisaient mille tours pour me faire sortir , me piquaient avec un morceau de bois, me tiraient les pieds, m’enlevaient ma couverture, me jetaient de feaii à la

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figure, etc. Fatigué de ces vexations, je pris le parti de me réfugier sous la tente d’un bon forgeron qui avait fait le voyage de la Mecque, ce qui le rendait recommandable dans le pays : sa vieille mère était très -pieuse, aussi me reçut- elle fort bien *; elle me donna pour me rafraîchir du lait et de feau, boisson nommée cheni , comme cbez les Braknas. La bonne vieille crut faire un acte méritoire devant Dieu, en disant que sa tente était la mienne, que je pouvais venir y dormir quand je voudrais : quoique dévote musulmane , elle était gaie, et plaisantait souvent; je ne f arpas trouvée mendiante comme, les autres femmes. Cependant Sidi-Aly , voyant qu’on ne voulait me souffrir sous aucune de ses tentes , en avait fait dresser une pour moi seul ; mais il ‘me fut impossible d’y tenir, car ne recevant fair que par un seul côté, la chaleur y était suffocante.

Le 2 juillet, la sœur de Sidi-Aly vint me trouver d’assez bonne heure; elle tenait dans ses mains dégoûtantes une poignée de sanglé pleine de cheveux ( car elle avait employé le même beurre pour graisser sa tête et assaisonner ce mets) : quoique j’eusse grand’ faim, je n’eus pas le courage de le manger. Cette femme, âgée à-peu-près de soixante ans, me tira à part, et me dit à voix basse : « Ecoute, Abdallahi,

(( toi qui as été élevé chez les chrétiens , qui connais- (( sent tout excepté le chemin du salut, tu dois être «

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(( aussi savant qu’eux, je veux te prier de me faire un (( qrigri pour une de mes nièces qui desire avoir un (( mari ; si tu» consens à t’en charger et qu’il soit bon, ((je te ferai du sanglé pendant deux jours de suite. » Elle se tut un moment pour avoir ma réponse ; puis elle ajouta quelle en avait fait écrire plusieurs par des marabouts maures, qu’elle avait eu soin de bien payer en dra^mes, mais qu’ils n’avaient produit aucun effet ; quelle espérait que les miens seraient meilleurs. La position dans laquelle je me trouvais ne me permit pas de rejeter cette proposition : j’insistai seulement sur la clause qu’ elle ne mettrait point de beurre dans le sanglé. Sans perdre de temps, elle alla chercher de f encre et un tuyau de paille pour remplacer une plume : elle me dit d’abord le nom de f amant désiré, ceux de ses parens , et me recommanda particulièrement de garder le secret; comme elle n’avait pas de papier, je lui en fournis un petit morceau, et j’écrivis en sa présence le charme quelle desirait; pour lui donner plus d’importance , j’ordonnai de le mettre au cou de la jeune fille , ce (qui fut fait aussitôt ; enfin , dans le but d’inspirer une haute idée de ma complaisance et de mon savoir en magie, je traçai sur une petite planchette un autre talisman , et j'ordonnai de laver f écriture et de faire boire à sa nièce feaii qui aurait servi pour cela.

Cette formalité remplie ponctuellement, la jeune

personne me demanda combien de temps il s’écoulerait avant que le charme opérât: comme je savais que je ne resterais dans le pays que quelques«jours , je lui dis que probablement il ne s’en passerait pas vingt avant quelle fût mariée. Sa tente Ayché ( c’était le nom de la vieille) me tint parole; le lendemain elle m’apporta, dans une calebasse malpropre, du sanglé fait avec de la farine d’orge et sans assaisonnement. Les filles d’Aly , devenues plus polies depuis que j’avais le talent de donner des épouseurs , cessèrent de me molester; elles vinrent m’offrir du lait de chameau fraîchement trait ; c’était la première fois que j’en buvais chez mon hôte.

Cependant la bonne vieille tante, qui m’avait si fortement recommandé le secret, fit part à ses amies de flieureux don que je possédais, et je devins bientôt l’écrivain des camps voisins, qui tous avaient appris cette merveille. Toutes les femmes du voisinage me firent bonne mine, pour que je leur' donnasse un charme qui procurât des maris à leurs filles ; elles allèrent même jusqu’à m’offrir de l’argent en paiement: on s’imaginera sans peine que je fus loin d’accepter une telle offre; mais je ne me fis aucun scrupule de recevoir du lait et du sanglé pour ma nourriture : en profitant de cet innocent stratagème, tous les jours j’avais pour déjeûner un peu de bouillie ou de lait. Avant que le hasard m’eût offert ce moyen de me pro-

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curer le nécessaire , j’avais donné à mon hôte un petit coussabe, en le priant de me faire apporter, les matins seulement, un peu de sanglé : le vieil hypocrite garda mon cadeau, et ne me donna rien. Un jour je lui en fis le reproche; il en fut piqué, et me rendit mon coussabe : je le changeai contre une paire de souliers de maroquin, car j’étais pieds nus; en plein midi, le sol était si brûlant, les graviers et les herbes sèches me faisaient tant souffrir, que j’étais obligé d’emprunter des chaussures pour marcher.

Les garçons de Sidi-Aly , âgés de vingt-huit à trente ans , n’ayant pas besoin de mon ministère pour trouver des épouses , ne furent pas plus aimables envers moi que précédemment; ils continuèrent à m’insulter jusqu’à mon départ ; ils poussèrent même finsolence jusqu’à se présenter tout nus devant moi, en faisant les gestes les plus indécens. Aly , leur père , voyait leur conduite , et paraissait en rire.

Les Arabes d’el-Harib sont tellement tourmentés par les Bérabères (ou Berbers), dont ils sont tributaires , qu’ils craignent de voyager même dans leur propre pays , sans être escortés par quelques-uns de leurs gens ; car si ces malheureux Arabes étaient rencontrés par les Berbers , ils seraient pillés et battus par eux ; c’est par cette raison que nous ne pouvions nous rendre au Tafilet sans une escorte.' Nous attendions donc pour partir un des chefs de cette nation ,

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qui demeurait dans un village du Drah ou Draha; on l’avait fait avertir.

Le 3 juillet, ce chef arriva au camp: Aly le reçut très bien. Ils convinrent ensemble du prix que paierait chaque charge pour le transport d’el-Harib au Tafdet, car ce Berber devait fournir les bêtes de somme; ils passèrent un écrit par lequel ils s’obligeaient mutuellement à remplir leurs engagemens, et le Berber promit de revenir dans huit jours avec des chameaux.

Fatigué de la vie ennuyeuse que je menais dans le camp, je me décidai, afin de me distraire, à aller faire un tour à la tribu d’Oulâd -Gouassim pour y visiter un grand marabout dont on m’avait beaucoup vanté la sainteté; son camp se trouvait à trois milles à fE. du nôtre. Je m’approchai de sa tente, et je vis le saint personnage au moment où il en sortait: plusieurs vieillards f accompagnaient ; ils avaient entendu parler de moi, et le prévinrent d’abord que j’étais malheureux, et que je sortais de chez les chrétiens. Il répondit avec un air indifférent et sans paraître faire attention à'moi : « Eh bien ! il faut remer- (( cier Dieu qu’il soit rentré dans la voie du salut. » Je m’assis un moment par terre, avec lui et d’autres Maures, qui à fenvi lui faisaient la cour : il ordonna à f un d’ eux de lui procurer de. f eau pour y faire dissoudre du sel, qu’il voulut prendre en guise de mé--

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deciiie pour se guérir d’une indisposition ; il prétendait que ce genre de breuvage lui procurerait du soulagement. Gomme le vase qu’on lui apporta était trop plein, il voulut répandre un peu d’eau; un des Maures qiii étaient en sa compagnie , ayant apparemment soif, proposa de le boire : mais le fier marabout lui demanda , d’un air hautain , qui il était , pour boire dans son satala ; •celui qui prétendait à cette faveur la méritait sans doute ; car il ne lui eut pas plutôt dit son nom , que le marabout lui remit le vase. Pendant le peu de temps que je restai en sa présence, je vis quantité de Maures venir le consulter sur diverses maladies ; pour tout remède à tant de maux , il posait gravement sa main sur la partie malade , qu’il frottait doucement en faisant une prière. Cet important personnage servait aussi d’écrivain public et d’instituteur pour les enfans.

Cet homme n’avait pour tous biens que la connaissance du Coran ; mais en Afrique , cette science vaut une métairie. On lui apportait de toute part des pagnes pour se vêtir , des étoffes pour se faire une tente ; il- ne manquait ni de monture pour le porter en voyage , ni d’orge pour subvenir à sa nourriture et à celle de ses gens : il recevait tout cela en échange des grigris qu’il écrivait. Dans son camp , on lui fournissait copieusement de quoi se nourrir pour lui et même pour ses amis ; il donnait en retour des talis-

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mans contre les maladies existantes , ou pour préserver de tous maux, ou bien contre le vol, ou enfin pour procurer des maris aux filies.

Comme il était tard, que je ne voulais pas retourner au camp d’Aly, et que le marabout ne m’engageait pas à rester chez lui, je cherchai un logement pour passer la nuit ; je m’adressai, comme il est d’usage, au premier Maure que je trouvai, et lui demandai la permission de coucher auprès de sa tente : cet homme me fit une bonne réception, m’installa aujirès de la place qu’il occupait ordinairement , et s’éloigna ; ensuite il m’envoya une provision de dattes pour attendre l’heure du souper. Je n’y touchai pas ; je redoutais trop d’en manger. J’eus , à la nuit , la visite d’un Maure cu-de-jatte , obligé de se faire porter par un autre. J’étais couché par terre; en me soulevant, je fus étonné de voir à mes côtés ce petit homme qui m’apparaissait comme un nain mystérieux : je ne savais que penser de sa visite nocturne ; je croyais qu’aidé de son compagnon, il cherchait à me dérober quelque chose. Gomme je ne paraissais pas du tout content de leur présence , ils me dirent de ne pas avoir peur : je leur déclarai, de manière à être entendu des voisins, que, s’ils ne s’éloignaient pas, je me plaindrais à mon hôte. Le nabot difforme se mit alors dans les bras de son conducteur , et ils disparurent aussitôt comme un éclair. Vers dix heures du.

soir, on m’apporta à souper; c’était de bon couscous à la viande, tel que je n’en avais jamais mangé chez Aly. Le chef de la tente vint me donner de l’eau pour me laver les mains, s’informa si j’avais bien soupé, et s’assit près de moi : d m’adressa plusieurs questions sur le pays des chrétiens, puis se retira.

Le h juillet, après avoir pris congé de mon généreux hôte, je retournai au camp d’Aly. En route, je fis rencontre de deux femmes , dont la conversation m’égaya un peu. Elles me prièrent de leur écrire des grigris, l’une pour faire changer de résolution à son mari qui avait envie de la quitter; l’autre , pour procurer un épouseur à une jeune fille qui desirait de se marier: elles me proposèrent de f argent en échange ; mais elles me prévinrent en riant qu’ elles ne me paieraient que lorsque mes charmes auraient fait leur effet. En conversant ainsi, nous fîmes gaiement la route, sans nous apercevoir de sa longueur

Nous arrivâmes au camp : le forgeron dans la tente duquel j’allais souvent me reposer, faisait des préparatifs pour transporter deux charges d’ivoire à Tatta ; je m’aperçus qu’il payait des droits aux Berbers pour traverser le pays en sûreté. En m’informant du lieu oïl ils allaient, j’appris que Tatta est une grande ville , située à cinq jours dans le N. O. de notre camp : pour s’y rendre , on passe dans celle de Brahihima, qui se trouve sur la route à deux jours

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du camp. Les marchandises rendues à Tatta sont expédiées par les négocians à Soueyrah (cap Mogador ).

Le 6 juillet, la femme de Sidi-Aly, qui jusqu’alors m’avait fait mauvaise mine , comme le reste de la famille, m’aborda d’un ton très-affable, et me demanda un saplii pour guérir son mal d’yeux ; me promettant que, si je pouvais opérer sa guérison, elle me donnerait tout ce que je désirerais. Afin de me débarrasser d’elle, je m’empressai sur-le-cbamp de lui en faire un, quelle reçut avec reconnaissance. Je refusai son argent , mais j’acceptai avec plaisir un peu de lait qu’elle m’offrit. Au bout de quelques jours, f impatiente Mariam (c’était son nom), voyant que mon sapbi n’opérait pas, m’adressa de vife reproches, et me dit que mes sapbis ne valaient pas mieux que ceux des marabouts. Sachant par son mari que j’avais quelques médicamens , elle me demanda une médecine : je me trouvai fort embarrassé, car je craignais d’augmenter son mal; et cependant il fallait la satisfaire, sous peine d’être considéré comme un homme peu obligeant. Convaincu que la propreté était le meilleur remède que je pusse prescrire, je délayai, pour la forcer à se nettoyer, une très-petite quantité de sulfate de quinine dans beaucoup d’eau , et lui recommandai de s’en laver : elle exigea que je fisse cette opération moi-même ; mais par malheur, feau pénétrant dans ses yeux , lui fit éprouver une légère

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cuisson ; elle se mit alors en fureur , m’accabla d’injures , et finit par maudire le médecin et les médicamens. Elle ne me donna plus de sanglé.

Cet incident ne* détruisit pas la confiance qu’on avait en mes saphis*, d’ailleurs le vieux Aîy les avait accrédités par un mensonge : il débitait qu’en partant de Temboctou, j’avais le ventre très-enflé; qu’ayant

• ft

écrit un livre , je l’avais lavé dans de l’eau que j’avais bue , et que cette liqueur m’avait guéri.

Une vieille femme me tourmentait depuis longtemps, pour que je procurasse un mari à sa fille; elle m’entraîna, presque malgré moi, dans sa tente, qui faisait partie d’un camp voisin du nôtre, me promettant en récompense de me donner du cheni à boire pour me rafraîchir. En arrivant , je vis l’objet de sa sollicitude maternelle : c’était une fille âgée de vingt ans environ , d’une laideur repoussante ; elle était vêtue de chiffons , dont la saleté ne pouvait être comparée qu’à celle de sa figure; une cicatrice lui couvrait la joue gauche ; de plus elle avait les yeux malades : enfin toute sa personne composait l’ensemble le plus repoussant qu’il fût possible de voir. Je compris aisément pourquoi sa mère avait recours aux charmes pour la marier; mais je sentis en même temps qu’il n’y en aurait aucun qui pût opérer un pareil prodige.

Sans doute pour m’engager à y mettre toute ma

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science , la bonne femme ' m’offrit un morceau de viande sèche qu elle tira d’un grand sac de cuir et qui y était vraisemblablement depuis le jour* de la naissance de son aimable progéniture , car il tombait en putréfaction. Malgré la répugnance que je manifestai , la vieille insistait pour me le faire accepter , m’assurant que cette viande était délicieuse; le dégoût que j’éprouvai fut si grand, que je refusai même de boire le cbeni quelle me présenta. Je voulus me retirer, mais il me fut impossible d’y parvenir avant d’avoir écrit un sapbi pour la fille ; je le lui remis , et m’enfuis au plus vite, en souhaitant à" celle -ci un' hooime assez courageux pour devenir son mari.

Dans aucun pays je n’ai vu de femmes aussi sales que chez les gens d’el-Harib. Sans doute la malpropreté où elles croupissent elles et leurs enfans , viciant leurs humeurs , est une des principales causes des ophthalmies chroniques et autres infirmités qui les affligent fréquemment. Ma réputation de médecin m’attira de bien fâcheuses corvées : les mères venaient en foule m’apporter leurs enfans et me demander des remèdes; ils étaient quelquefois si dégoûtans, que je ne pouvais les regarder sans frémir d’horreur; je me cachais la figure : mais elles n’en devenaient que plus pressantes , et m’obligeaient à examiner les êtres hideux pour lesquels elles réclamaient mon ministère. Je ne pouvais mieux faire cpie de les engager à

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les nettoyer et à les tenir propres : mais elles méprisèrent mes avis , qui leur paraissaient trop simples ; il leur fallait du merveilleux.

Dans la soirée du 6 , il arriva dans notre camp une troupe de Berbers qui demandèrent l’hospitalité. Aly fit faire pour leur souper du couscous à la farine de froment, auquel on ajouta quelques morceaux de viande séchés aù soleil. On eut soin de faire cuire celui des esclaves et le mien à part; mais sa sœur, qui, depuis que je lui avais donné des amulettes pour ses nièces , était devenue plus attentive envers moi, me donna un morceau de cette viande, quelle cacha sous le mauvais couscous d’orqe qui m’était destiné.

Le 8 juillet , une autre troupe de Berbers enleva plusieurs chameaux qui étaient à paître à quelque distance du camp. Tout le monde* prit f alarme ; on s’arma de fusils pour courir après les voleurs; les uns partirent à pied, les autres à cheval : mais les voleurs étaient déjà bien loin, et les Maures revinrent sans les avoir atteints. Toute la soirée se passa en Jamentations de la part des propriétaires des chameaux, de leurs parens et de leurs amis. Bs tirèrent la bonne aventure pour savoir s’ils les retrouveraient; ils vinrent même me consulter à ce sujet , et me demander un grigri pour les faire revenir : je le leur refusai, en disant que mes écrits n’avaient pas cette vertu.

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Le 1 1 juillet , les Berbers qui devaient nous ac compagner jusqu’au Tafilet, arrivèrent : j’éprouvai un sentiment de satisfaction en pensant que le lendemain je quitterais un séjour où javais éprouvé tant de désagrémens. Aly fit tuer un mouton pour le souper des Berbers; il m’en fit donner un petit morceau, en s’excusant sur la trop grande quantité de personnes qui devaient le partager.

Le 12, à cinq heures du matin, nous nous disposâmes à partir ; avant de quitter ce pays , je vais en faire la description.

Le territoire d’el-Harib, situé a deux jours à fO. de celui d’el-Drab , et à une journée à l’E. de la tribu des Tajacantes , se trouve entre deux chaînes de petites montagnes qui se prolongent de TE. à fO. et le séparent vers le N. de f empire de Maroc , dont il est tributaire. Les habitans sont divisés en plusieurs tribus nomades. Ils élèvent une grande quantité de chameaux qui, dans la saison des pluies, leur fournissent beaucoup de lait, dont ils*se nourrissent; c’est en quoi consiste leur principale richesse. Tous les Maures d’el-Harib font les voyages du Soudan; ils vont à« Temboctou , à el-Araouan et à Sansanding ; les né-’ gocians du Tafilet, d’el-Drah et du Soueyrab, leur donnent des cbargemens pour leurs chameaux ; ils n’emportent pour leur compte, et en petites pacotilles , que du froment et quelques dattes. Quand ils

sont dans le Soudan , ils y restent plusieurs mois , et s’y livrent au négoce. Ils font les petits voyages de Toudeyni , où ils achètent du sel gemme , qu’ils viennent vendre dans les deux entrepôts : ils s’adressent toujours aux principaux négociails , qui leur donnent en échange du grain , des étoffes du Soudan, et de l’or. Ils font ce trafic pendant plusieurs mois; puis ils prennent un chargement pour le Ta-

filet ou d’autres pays ; et reviennent après cela dans

leur patrie, auprès de leur famille.

Ces voyages les occupent souvent neuf à dix mois: ils n’apportent en retour que de for et quelques esclaves , qu’ils vendent au Maroc. Rendus dans leur pays , ils sont obligés de payer une petite rétrihution à un chef qu’ils nomment le cliéikh. Toutes les marchandises qui viennent du Soudan à el-Harib par la voie des Maures , ne sont transportées au Tahlet ou ailleurs que par les Berbers, ou sous des escortes qu’ils fournissent à prix* convenu ; sans ces précautions , les marchands seraient volés et massacrés en route.

Les Maures de ce misérable pays sont sans cesse harcelés par ces Berbers , auxquels ils paient cependant de forts tributs; cela ne les empêche pas, comme je fai dit plus haut, d’avoir tout à craindre de leur brigandage, et aucun d’eux, n’importe le rang qu’il occupe dans le pays , n’ose se mettre en voyage sans se faire accompagner.

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Ces peuples nomades , n’étant pas cultivateurs , sont obligés d’aller souvent à el-Drah acheter de l’orge et des dattes pour leur nourriture : ils n’osent faire ce trajet que sous la conduite de quelques Berbers , et moyennant une rétribution à la vérité peu considérable. Ces derniers , tous bien armés , parcourent continuellement le pays d’el-Harib , pour se faire nourrir par les Maures , et même souvent leur enlèvent leurs bestiaux.

Les habitans néanmoins sont si pauvres , qu’ils ne peuvent acheter que des provisions de qualités inférieures, principalement les dattes; celles qui tombent avant d’être parvenues à parfaite maturité, sont ramassées soigneusement par les propriétaires, qui les mettent au soleil pour les faire sécher ; après quoi ils les renferment dans des sacs en cuir , où elles acquièrent une dureté inconcevable ; il faut avoir de très -bonnes dents pour les manger sans souffrir. C’est avec ces dattes que les Maures d’el-Harib se* nourrissent pendant le jour : ils les font, à la vérité, casser dans un mortier en bois, et boivent par-dessus un peu de cbeni. Rarement ils font pour eux du sanglé durant cet intervalle; ce n’est que dans des cas particuliers.

Le soir, vers huit ou neuf heures, ils mangent pour leur souper un couscous d’orge, trempé le plus souvent avec de l’eau chaude , dans laquelle ils ont fait bouillir une poignée d’herbe qu’ils se procurent dans

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les environs de leurs camps. Ils élèvent quelques moutons; lorsqu’il leur arrive d’en tuer un, ce qui est fprt rare , ils font sécher la viande , et la mettent dans des sacs en cuir pour la conserver quelquefois six mois: ils ont recours à cette provision de réserve, lorsqu’ils traitent des étrangers, sur -tout des Berbers, dont ils ont un très-grand soin. A la considération de ceux-ci, ils étalent devant leur tente, pour les y faire coucher, un tapis de pied aussi beau*que ceux que nous avons en Europe. Le maître du logis, pour faire honneur aux nouveaux arrivés , mange souvent avec eux à la même gamelle; et au lieu de donner de l’eau pure, il y met du lait de chameau, qui est très-abondant dans la saison pluvieuse. A l’arrivée des étrangers, on leur donne surde-champ des dattes et du cheni, pour attendre l’heure du souper. Quoique les Maures d’el-Harib accueillent très-bien le.s Berbers, ils n’obtiennent jamais rien de ceux-ci quand ils passent sur leurs terres, pas même à souper; aussi, en se mettant en voyage, ils ont soin d’emporter leurs provisions de dattes et un peu de farine d’orge qu’ils font bouillir dans de l’eau. Le costume des Berbers ne diffère de celui des Maures que par une bande d’étoffe de couleur que les premiers se mettent autour de le tête, en forme de turban; ils ont aussi des boucles d’oreilles : ils sont tous armés, et montent de beaux chevaux, bien harnachés ; ils ont

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au talon un éperon tenu par une bande de cuir, qu’ils attachent fortement au coude-pied.

Les Maures d’el-Harib sont vêtus comme ceux des bords du Sénégal, excepté qu’ils mettent par-dessus leur coussabe une couverture de laine , fabriquée dans le pays d’el-Drah ou du Tafilet. Ils n’ont qu’une femme, et, comme les Braknas, ils en changent souvent. Ils sont tous musulmans ; mais ils ne s’adonnent pas, comme les marabouts, à f étude du Coran; ils se contentent de connaître les premiers versets, sans apprendre à écrire. Aussi un marabout est trèsconsidéré chez eux.

Les Maures d’el-Harib sont généralement détestés de tous leurs voisins; dans el-Drah et au Tafilet, on ne les appelle guère que les cafirs ou infidèles. Au reste, je n’ai de ma vie vu de pays où les femmes soient aussi méchantes et aussi sales : elles ne se voilent pas comme celles du Maroc , et laissent voir une figure d’une malpropreté dégoûtante ; elles exhalent une fort mauvaise odeur. Les habitans mangent les chameaux crevés , non cependant sans les avoir saignés ; ils ont quelques moutons , et peu de chevaux. El-Harih contient onze tribus , dont voici les noms , tels qu’un ancien du camp que j’ai habité me les a donnés: Oulad-Rossik, Oulad-Ouébâl, Oulad-Gouessim, Oulad-Foulh, Oulad-Ouraff , Oulad-Rouzinn , Oulad-Rahân, Oulad-Nasso, Oulad-Body, Oulad-

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Boulaboï, Oulad-Sidi- Ayché. A un jour à l’O. de notre camp , on trouve les premières tentes des Tajacantes; à quatre dans cette même direction, sont situées les tribus de Oulad-Noun, qui habitent près de la ville d’Adrar, qu’il ne faut pas confondre avec^le pays d’el-Drah, petit arrondissement qui s’étend de f E. à f O. et du N. au S. , entre le Maroc et el-Harib ; à cinq jours du camp de Sidi-Aly, dans fO., on trouve la ville de Sous,; à quatorze jours dans la même direction, celle de Soueyrah; et à dix ou onze jours d’ el- Harib, dans le N. N. O., Maroc, capitale de fempire de ce nom, où les nomades vont quelquefois.

Pendant que les hommes d’el-Harih font les voyages du Soudan, les femmes s’occupent à faire des cordes avec de fherhe , pour attacher les bagages , et pour tirer feau des puits dans le désert; elles fdent le poil de leurs chameaux, avec lequel elles tissent f étoffe pour faire leurs tentes; elles travaillent le cuir, le tannent , font des sandales pour leurs maris , et donnent f autre partie de leur temps aux soins du ménage. Comme dans tous les pays musulmans , elles ne mangent pas avec les hommes.

Sidi-Aly m’avait souvent tourmenté pour me déterminer à céder mes deux pagnes hleues du Soudan , afin , disait- il ,• d’avoir de quoi, acheter des vivres pour me rendre au Tafilet; car il ne restait plus rien des provisions qui m’avaient été données à Temhoctou et

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à el-Araouan ; le tout avait été consommé par lui et sa famille ; mais je résistai , voulant garder mes pagnes, dont je pouvais avoir besoin par la suite. C’était tromper sa cupidité, et m’exposer peut-être à son ressentiment; toutefois ma résistance n’eut pas de conséquences fâcheuses.

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