‹ Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale, précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples; pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828 (volume 4)Chapitre 15 sur 56 · III · texte numérisé non relu

III

REMARQUES

aurait été découvert à Ségo et retenu comme Dochard. Passant assez loin à l’E. du fleuve, il a connu les aifluens qui traversent l’espace triangulaire com> pris entre Couroussa, Timé et Djenné, et toutes les positions de ce vaste espace , et il a pris connaissance également des positions riveraines , et de toutes les villes de quelque importance, par l’attention qu’il a eue d’en demander la distance et la direction, aux diflerens points de sa route.

J’ai déjà fait observer que la route de TiméàDjenné ayant été faite dans les mêmes circonstances que la précédente, l’estimation de 3 milles anglais par heure de chemin s’applique à celte ligne; je fai donc aussi admise avec M. Gaillié , et j’ai eu la satisfaction de voir qu’en construisant cette ligne sans altération, telle que la donnent les distances et les orientations , la latitude de Ségo restait à-peu-près la même que celle qui résulte de f observation de Mungo-Park , faite dans le voisinage*. Mais ce point sera examiné plus tard, quand je discuterai la position de Temboctou. Ainsi le tracé de cette portion de f itinéraire n’a pas présenté de grandes difficultés. Quelques circonstances topographiques de cet espace méritent d’être remarquées.

(1) Sami, à l’O. de Ségo, iS® 17' N., deuxième voyage de Mungo- Park, ihe Journal of a mission, etc. London, 181 5, pag. lég et i5o.

Au-delà de Time, le voyageur marche encore deux jours à l’orient ; après quoi il tourne au N. ( magnétique), et s’en tient toujours assez près, ce qu’il faut bien remarquer. Il y a à Time de hautes montagnes granitiques, et encore à quatre journées plus loin, après quoi le sol s’abaisse et s’apianit. Aux sables succède une terre fertile, sillonnée par de fréquens cours d’eau, dirigés à fO. vers le Dbiolibâ, entre autres le Bagoë, rivière navigable, et le Couara-ba. Tangrera, vers le commencement de cette ligne , paraît une grande ville très - commerçante ; ce point se trouve placé, d’après le journal, àfE. N. E. de Timé (orient de la boussole ), mais non pas à dix jours à f E. , comme on le voit dans le journal b A Tiara , une partie de la caravane se dirigea sur Sansanding, et au N. O., suivant M. Caillié ( le tracé de la carte donne le N. N. O. vrai); selon les renseignemens qu’on lui a donnés à Badiarana, Cayaye est à neuf jours au N. , et Ségo à neuf jours plus loin : or, Ségo (tel qu’il est placé sur la carte, d’après ce que j’ai dit ailleurs^), se trouve parfaitement orienté au N. de la boussole , par rapport à Badiarana; mais les dix-huit journées , si elles existent , sont bien petites, ce qui résulte peut-être des eaux stagnantes et autres obstacles qui obligent

(1) C’est le N. E. vrai à-peu-près. Voyez tome II, pag. 26 et Sy.

(2) Voyez ci-ar>rès le tracé du cours du fleuve.

remarques

à des détours. Cayaye se trouve déterminé particulièrement par l’orientation sur Gouara , à cinq jours au N. N. O. , ce qui le place , comme il convient , à moitié chemin de Badiarana à Séqo. Ce lieu de Gouara mérite doublement de nous arrêter : j’ai eu occasion, dans un autre écrit, de faire remarquer que c’est un mot générique dont le sens est analogue à celui de rivière. Ici, on voit, à côté du village de ce nom, une rivière assez considérable dont le nom est Couara-ba, c est-k-dire Rivière-Rivière ; nous avons quelques exemples d’une dénomination semblable dans Ba-ba et autres noms du même genre : nouvelle raison à ajouter à toutes les autres, pour que l’on n’identifie pas des rivières et des courans à cause de la similitude de leurs noms, parce qu’il faudrait savoir avant tout si ces noms sont des termes génériques ou des appellations propres.

En second lieu, le Gouaraba s’écoule à travers un pays où la carte de Mungo-Park fait passer une rivière appelée Banimma , parallèle au Dhiolibâ ; ce qui paraît impossible , puisque le Gouaraba va tomber dans le fleuve même, d’après le récit des habitans.

Gette portion de fitinéraire fournit une donnée pour l’emplacement d’un pays et même d’une ville de Kong, fort reculée dans toutes les cartes. L’orientation d’une ligne qui s’y dirige , en partant de Douasso, est entre le S. S. E. et fE. i/k S. E. de la boussole.

ce qui est juste le S. vrai; voilà pour la longitude : mais une distance telle que quarante-cinq jours de marche porterait bien trop loin au midi ; sans doute le sol est très-montagneux sur presque tout le chemin, et les journées bien courtes. En s’arrêtant au septième parallèle nord, on n’aurait que des journées de sept à huit milles géographiques, y compris les détours de la route.

En continuant toujours vers le nord, le voyageur traverse de grandes plaines découvertes, de riches campagnes , et il trouve à sa gauche des marais , des lacs ou des étangs, qui indiquent le voisinage du grand fleuve. Enfin, il en atteint les bords à Galia, à dix milles en face de Djenné. Avant d’entrer dans cette capitale , examinons plusieurs positions géographiques assez importantes. Rien n’était plus obscur que la situation de Bouré ; on ignorait s’il y avait une ville de ce nom , et même quel était l’emplacement du pays de Bouré : on verra sur les cartes des différences de plusieurs degrés. M. Caillié n’est point allé à Bouré; mais en réunissant tous les renseignemens qu’il a pris, je trouve des données suflisantes pour déterminer cette ville ; car il y a une ville , et qui est très-importante par le voisinage de ses riches mines d’or et par le commerce dont elle est le centre. Bouré est sur la rive gauche du Tankisso, grand affluent du Dhiolibâ, comme je fai dit, et à trois quarts de jour

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de ce dernier en ligne directe, ou à une journée audessus du confluent. Ces renseigneinens, qui concordent très-bien, ont été fournis par des hommes et en des lieux différens. De plus, la position de Bouré est donnée par la distance de Kan-kan ; et son orientation, savoir, quatre à cinq jours au N. i/4 N. E., en descendant le cours du Milo. Enfin, un quatrième témoignage lui a appris que Bouré était à cinq journées de Couroussa, en descendant le Dhiolibâ en pirogue, et remontant ensuite te Tankisso.

Bamakou nous est connu par la deuxième relation de Mungo-Park ; mais sa position absolue doit être rapprochée versi’O. notablement : les renseignemens de M. Gaillié, et la construction de la carte, portent cette ville vers le dixième degré de longitude O. de Paris, et le onzième degré quarante-cinq minutes de latitude. L’idée d’y former un établissement est fondée sur la vraie connaissance des lieux; déjà même elle a été suggérée, il y a k>ng-temps, dans des mémoires soumis au gouvernement, et fou en a fait voir les avantages. Aujourd’hui les documens de M. Caillié viennent en confirmer la possibilité ; il pense qu’il y aurait de ce point huit à dix jours de marche jusqu'au point le plus rapproché du Sénégal. Or, il résulte de la construction de la carte qu’en remontant le Bâfing jusqu’à trente lieues au-dessus de la première cataracte de 1^’élou, on serait à soixante-dix lieues en

ligne directe de Bamakou, ce qui est assez d’accord avec ce qui précède; mais ce n’est pas le lieu d’examiner cette question.

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