‹ Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale, précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples; pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828 (volume 4)Chapitre 19 sur 56 · OBSERVATIONS SUR LA POSITION DE TEMBOGTOÜ , ET PARTICULIEREMENT · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LA POSITION DE TEMBOGTOÜ , ET PARTICULIEREMENT

SÜR SA LONGITUDE.

De la détermination des lignes qui joignent Timé, Djenné, Temboctou, Fez , et de la latitude de Temboctou ainsi fixée d’après l’itinéraire à dix-sept degrés cinquante ou cinquante-une minutes b résulte nécessairement une longitude plus occidentale de cette ville qu’on ne l’avait pensé jusqu’à présent, et même que celle que j’avais admise autrefois, en rapprochant cette position beaucoup plus vers l’Océan que tous les géographes.

L’importance de la position de Temboctou est telle, que je crois devoir insister encore sur la discussion des élémens , afin , non pas de l’établir avec certitude (je suis loin de penser y être parvenu ) , mais de fournir au lecteur de nouveaux moyens d’ap-

(1) La détermination de M. Walckenaer, quant à la latitude, approche beaucoup de ce résultat.

ET RECHERCHES Gl^ O G R A PH I Q U E S. 2 2*7

procher de la vérité , autant que le permet l’état des connaissances. Il est vrai qu’une seule observation astronomique , faite par un observateur habile , muni de bons instrumens et digne de confiance , pourra détruire ces inductions ; mais il l’est aussi que. jusqu’à ce qu’on la possède, aucun géographe ne peut fixer cette position capitale sur une carte , sans déduire toutes les raisons qui l’y déterminent , ^ur- tout s’il s’écarte des idées de ses prédécesseurs.

Temboctou se trouve placé , sur la carte générale du voyage, par la latitude résultant de l’observation de l’ombre , et la longueur de la route depuis Timé jusqu’à Temboctou. Il est à remarquer que cette route, en très-grande partie , se porte au N. , ce qu’on était loin de penser du cours du fleuve de ce côté. Si Mungo-Park avait pu faire connaître son chemin depuis Sansanding, nous n’aurions pas été aussi longtemps incertains sur cette direction , qu’on a toutefois constamment portée à l’E., et cela parce qu’on se figurait (comme on le fait encore) la position de Temboctou très-centrale dans le continent. La carte de Park (voyage de i8o5) la place sous le méridien de Paris; Clapperton à o° 5o' O., Rennell à 2° 00': mais les données que nous possédons depuis dix ans, ont obligé delà rapprocher de l’Océan ;M. Walckenaer l’a fait , en adoptant une longitude plus occidentale de q à 12'. J’ai constamment proposé de reporter cette

REMARQUES

position bien plus à l’occident, et même, il y a quelques années, je l’ai placée à 4 degrés O. ‘ Depuis , M. Brué a adopté 3° 34' ; peut-être fallait-il s’avancer jusqu’au sixième degré. D’après ce que j’ai dit ailleurs, on ne peut fixer à plus de deux milles anglais par heure la route depuis Temboctou jusqu’à Fez; c’est à quoi j’ai réduit l’estime de M. Caillié, qui d’abord portait la route entière à trois milles également. Or , la ligne de route ainsi construite et appuyée sur Arbate, position bien connue, porte Temboctou très-près du dix-huitième parallèle N., c’est-à-dire, de 17° 5o' à 17° 55^ pour peu que l’on raccourcît cette route, ce serait porter la ville à 19" ou 20”, position beaucoup trop reculée au N. , et tout-à-fait inadmissible. De plus , la ligne de Temboctou à Arbate serait trop à l’O. de 10°; ce serait aussi porter la déclinaison à 27° au lieu de 1 7^", ce qui paraît être sa valeur pour le méridien moyen.

Mais si l’on maintient l’orientation de la ligne de Temboctou- Fez , résultant de l’itinéraire, et la ligne de Timé- Temboctou, ces deux lignes se coupent vers le parallèle 17” 5o'. Cette latitude est trop conforme au résultat de la hauteur de l’ombre, 17° 5i', pour ne pas trouver dans ces données une confirmation

(1) Voyez le Bulleiin de la Société de géographie , le tome II de ses Mémoires , et la Carte du cours de la Gambie an - dessous de Coussag'e etc.

ET RECHERCHES GEOGRAPHIQUES. 22y

très - satisfaisante. Or, la ligne du parallèle i y*" 5 1' et les deux lignes d’orientation se rencontrent toutes trois presque sur le même méridien , le sixième O. de Paris.

Aujourd’hui on ne connaît aucune donnée positive qui puisse mieux fixer la longitude : non-seulement les itinéraires des Maures sont trop vagues , mais ils s’appuient sur la Méditerranée, tandis que les routes tenues par M. Caillié, qui d’ailleurs vont aussi jusqu’à la Méditerranée, s’appuient sur l’Océan, lequel est beaucoup plus rapproché que cette dernière, et, de plus, sur les positions connues de Timbo et de Fez.

Cependant, supposons que l’on veuille,* malgré tous ces motifs, reculer Temboctou plus à l’orient, d’un degré ou davantage ; alors il faudrait augmenter beaucoup les marches de Kakondy à Timé. Or, en les portant à trois milles anglais trois cinquièmes par lieure , on a peut-être excédé un peu la mesure vraie ; mais c’était un résultat forcé de la position de Timbo. Porter Temboctou à 3° longitude O. , par exemple , ce serait supposer une marche de plus de quatre milles et demi par heure.

Un autre motif vient encore ici à l’appui : c’est que si on la portait plus à l’orient , il faudrait que le voyageur se fût fortement et toujours trompé dans le sens de l’O. en allant de Timé à Temboctou , tandis qu’il

faudrait qu’en allant de Temboctou à Fez , il eût au contraire fait une erreur semblable dans le Sens opposé ou de l’E. , et non moins considérable ; comment expliquerait- on cette singularité?

D’après tous ces motifs , pouvais -je hasarder de changer le résultat de l’itinéraire de M. Gaillîé et d’altérer la construction de sa route, enfin préférer , sans motif suffisant, telle carte à telle autre carie? On en jugera par la dissidence des positions admises par différentes autorités :

En 1720, longitude suivant Delile, 0° o a l’ouest de Paris.

1749, d’Anville 2. i5.

1 790, major Rennell 2. 3o.

1796* première carte de Park. .1. //

i8o5, deuxième carte de Park.. o. o.

1821 , M. Walckenaer 2. 43.

1821, M. Lapie. 2 . 44-

1822, Clapperton o. 5o.

1828, M. Brué 3. 34-

C’est dans les cartes anglaises que cette ville a toujours été portée le plus à l’orient, même dans les plus récentes. L’avantage d’une position plus orientale , relativement à la proximité de l’emboucliure d’un grand fleuve au fond du golfe de Guinée , serait évident; mais cette proximité n’est rien moins que certaine. Par une coïncidence digne de remarque, les cartes anglaises ont aussi porté Temboctou plus au S.

que toutes les autres, Delile excepté; voici le tableau des diverses latitudes :

Latitude N. suivant

Delile i5° o'

Clapperton i5. o.

M. Brué (d’après

Clapperton)... i5. o.

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