‹ Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale, précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples; pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828 (volume 4)Chapitre 46 sur 56 · DES PLANCHES · texte numérisé non relu

DES PLANCHES

M. Kunth la regarde comme une espèce voisine du gardénia thiinhergia, mais différente par ses feuilles rudes et moins larges.

3. Nom inconnu. — Les fleurs et les feuilles sont velues ; les pétales sont bleus; la plante est herbacée. C’est avec sa racine que les Landamas font la boisson purgative qu’ils appellentjiVzjmd/u’; cette l’acine ressemble à la petite cassave.

( Notes de M. Caillié. )'

Les fruits et la tige sont également velus. Les feuilles sont ovales, pointues, d’un beau vert, revêtues de poil d’un côté; le poil est couché, court et très - brillant ; elles sont marquées de quatre nervures longitudinales. Les fleurs ont cinq pétales , dont la forme est ovale et en pointe ; poils du calice longs. Cette plante appartient aux mélastomes. On sait que ce genre est très-nombreux en Amérique; mais on ne l’avait pas encore trouvé en Afrique.

M. Kuntb la regarde comme une espèce de rliexia, différente de celles d’Afrique publiées par M. de Beauvoir; mais elle est trop incomplète pour qu’on puisse déterminer l’espèce.

A. Hibiscus. — Aux environs de Djenné, le voyageur a vu un hibiscus dont on fait des cordes comme avec le clianvre; ces cordes servent à construire les pirogues. Au Sénégal , on connaît aussi un tdbiscus propre à cette fabrication. Il a, je crois, été trouvé sur les bords de la Gambie, où il est connu sous le nom de hibiscus caniiahiims. Pour construire les pirogues , on réunit deux troncs d’arbres et on les lie fortement ensemble avec les cordes dont il s’agit.

B. Colouiiicr. — M. Caillié a remarqué, sur la route de Djenné, une espèce de cotonnier qu’il croit annuelle. On a révoqué ce fait en

doute : cependant en Egypte il y aussi un cotonnier herbacé , et rien ne s’oppose à ce que le fait soit admis.

C. Le homhax est un arbre connu dans la Sénégainbie ; son fruit donne une soie très-fme et brillante, susceptible d’être ouvrée. M. de Beaufort en a envoyé des échantillons. La relation fait voir que ce bel arbre est aussi très-commun au sud de la Sénégambie.

D. Ecorce donnant une belle teinture rouge., ~ M. Gaillié n’a pas fait connaître la nature de l’arbre qui porte cette écorce, qui, au simple lavage, donne la couleur rouge. C’est une recherche facile à faire, puisque l’arbre existe non loin des possessions françaises.

E. Mimosas. — M. Gaillié a vu plusieurs grandes espèces de mimosas; il est à regretter qu’il n’ait pas donné une description de chacune d’elles. L’une des plus répandues est le nédé, bel arbre dont la fleur est globuleuse , de couleur rouge, portée sur un très-long pédoncule; le feuillage est très-fin. Les indigènes mangent la pulpe dont

la graine est entourée.

F. Balanites. — Cet arbre est un des plus communs sur toute la route de M. Gaillié, de Kakondy a Djenné. Les babitans savent en extraire de l’huile.

Le balanites àt^j^tiaca (Delile' ) n’est pas le seul arbre commun à l’Egypte; il en est de même de beaucoup d’autres productions naturelles, et en général des plantes et des animaux. Cette remarque a plusieurs fois été faite depuis la publication du voyage des Français en Egypte et les découvertes d’histoire naturelle faites en Sénégambie. La similitude des deux pays à certains égards, un grand fleuve se débordant annuellement, une température trèsélevée, le voisinage du désert, et d’autres circonstances encore, semblent d’abord être une explication suflisante de cette identité.

Maisjene crois pasqu’on aitfait,à cette occasion, la remarque de

(i) Mon savant ami , M. Delile , auteur de la Flore d’Egypte, regarde

cel arbre comme le persea des anciens ; cette opinion est contestée.

la différence qui existe entre les latitudes. Le parallèle moyen de l’Eçjypte est environ 27'^ f; celui delà Sénégambie de i3“; différence, i4°7- Si l’élévation de la température entre pour beaucoup, comme cela est indubitable, dans les causes qui entretiennent sur un certain point telles espèces de végétaux et d’animaux, il faudra conclureque l’Égypte est le pays le plus chaud de l’Afrique septentrionale , eu égard à la latitude. La température moyenne de l’Égypte est d’ailleurs, en fait, plus élevée que celle du Sénégal: on était loin de le croire, ayant les observations de l’Institut d’Égypte; et le baron de Humboldt n’a fait entrer son mémoire sur les lignes isothermes qu’après avoir long - temps conservé des doutes , que les tables de MM. Nouet et Coutelle ont dissipés. Ainsi, la ligne isotherme de l’Égypte ferait un angle assez grand avec l’équateur. Le mont Atlas est trop éloigné pour expliquer le fait; les montagnes de la Sénégambie ne sont point assez élevées : 011 est donc conduit à en chercher la cause dans le voisinage du Sahara, dont le vaste rayonnement doit attirer sans cesse les couches inférieures d’une atmosphère plus chaude, telle que celle du Sénégal et des pays plus reculés, à raison de leur position presque juxta-équatoriale : tellement que la température moyenne de la Sénégambie devrait

être, sans ce motif, bien plus chaude encore qu’elle ne l’est, et

très- supérieure à celle de l’Egyjjte.

Ces considérations doivent faire regretter de ne pas avoir d’obser vations météorologiques faites à Temboctou, non-seulement celles du thermomètre et du baromètre, mais les observations sur l’état du ciel et sur les vents régnans : sans doute il en existe dans les papiers du major Laing ; on peut le conclure des termes de sa lettre écrite de cette ville le 21 septembre 1826

G. Doiim. — Le palmier doum {^corjpha tliehaïca , Del,ii.e) appartient à la haute Égypte. Il est remarquable qu’il en existe un pied dans la ville de Temboctou ; il est seul ; les autres arbres de l’endroit sont des balanites.

(1) Voy. Piéjlexions sur l’état des connaissances relatives au Dhiolihâ,

pag. 2 5.

II. Lotus [nymphœa]. — C’est encore une plante commune à l’Egypte. Dans ce dernier pays, on ne mange plus que la racine ; mais les noirs font usage, comme les anciens Égyptiens, et de la racine et du fruit.

I. Chardon du désert. — D’après l’explication donnée par M. Caillié , il paraît que c’est Vhcdysarain alhagi (Linn. ) , plante bien connue, et qui est la providence des cliameaux affamés ; malgré ses rudes piquans, ils le mangent avec délices pendant la traversée du désert.

K. Jrhre à beurre, cè, cliè ou skea. — Mungo-Park nous fait connaître cet arbre sous le dernier nom de shea et shea-toulou. M. Caillié l’a rencontré dans toute la Sénégambie jusqu’à Djenné. Le nédèetle chè sont les arbres les plus répandus. Des échantillons de ce beurre végétal ont été envoyés en France par M. de Beaufort, et M. Vauqueiin avait été chargé par l’Académie des sciences de l’analyser. Cet arbre serait une acquisition précieuse pour nos colonies.

Nous devons à M. Caillié là connaissance d’un second beurre végétal appelé taman-touloii, préférable, selon lui, au premier. Il provient d’un second arbre qui paraît différent. Son nom ou celui du fruit est taman. Le mot touloiiyeut dire beurre ou corps gras, en mandingue. Le palmier à huile est un arbre qui rend à-peunrès les mêmes services aux habitans que le précédent.

L. Noix de codât. — Le fruit connu des Européens sous ce nom est trèscommun dans l’intérieur de l’Afrique, ainsi que sur les bords du Rio-Nunez. Le nom mandingue est ouroii. Selon M. Caillié, c’est le même fruit que celui qui est appelé pour par le major Denbam : mais en lisant l’ouvrage intitulé Narrative of travels and discoveries in iiortliern and central Jfrica, etc. London, 1826, je n’ai trouvé ce nom ni dans la description ni dans les recherches que le savant botaniste Piobert Brown a jointes à la relation de cet important ouvrage.

Nota. Je passe sous silence plusieurs végétaux observés par

M. Caillié, et mentionnés dans le Journal du voyage , n’ayant rien

à ajouter à ce qu’il a rajqiorté, et regrettant que la description soit insuffisante pour en reconnaître la nature ; par exemple , celle du caiira, que le voyageur compare à un prunier. On remarquera dans la relation que les orangers sont indigènes dans la partie septentrionale de la Sénégambie (i).

M. Bœufs porteurs. — Dans la première partie de son Journal, M. Cailiié nous fait connaître , de nom seulement, cette espèce de bœufs; c’est une question quî est digne de l’attention des voyageurs futurs, et sous le rapport du commerce , et sous le rapport des explorations de découverte.

N. Elépkaiis, lions. — Plusieurs personnes ont témoigné de la surprise de ce que M. Cailiié, pendant une aussi longue route, n’avait rencontré ni lions , ni éfépbans , ni girafes , ni aucune bête fauve. Je suis loin de contester le témoignage des voyageurs qui assurent en avoir vu dans les lieux habités ; mais il est certain que celui c|ui trouve de tels animaux sur son chemin n’a aucun motif j^our le passer sous silence , et que tout voyageur aime assez à orner son récit par des rencontres de cette espèce. On peut donc légitimement inférer que les élépbans et les lions sont plus rares dans ces contrées que les relations et les descriptions pourraient le faire croire. Au reste, dans un ou deux passages, M. Cailiié parle des traces de pieds d’élépbans; mais il ne lui est point arrivé d’aventures fâcheuses (ni à aucune personne des nombreuses caravanes qu’il a suivies pendant un an ) par la rencontre de ces colosses , de bêtes sauvages , ou de tout autre animal dangereux. Il en est de même des crocodiles, que l’on croyait abonder dans le Dliiolibâ. A peine fut-il incommodé une fois par le voisinage d’un énorme serpent, dans son passage à travers le grand désert.

(i) M. Cailiié a rapporté quelques graines et des fragmens de graminées et de plantes légumineuses recueillies entre Timé et Djenné et sur les bords du Dhiolibâ, aujourd’hui déposés au vice-consulat de Tanger, avec du grès blanc des puits d’el-A’raouân , quelques minéraux et le plomb dont j’ai parlé.

O. Tannage. — H est question plusieurs fois, dans le Journal, de la préparation des cuirs. On sait que les Africains et sur-tout les Maures réussissent très-bien dans cette opération. Quelques personnes ont pensé qu’ils avaient recours principalement à la dessiccation : cette opinion est peu probable, puisque la Nubie, comme l’Egypte, emploie devrais procédés de tannage, plus courts, mais non moins bons que les nôtres. Les indigènes ont aussi le talent de travailler le cuir; ils le découpent et le brodent avec succès.

P. PÀère. — M. Caiîlié parle quelquefois de l’usage de la bière ; mais il a négligé de nous dire avec quoi et comment on la prépare. Ne serait-ce pas ce qu’on appelle en Egypte hachich ? Les Egyptiens le préparent avec le chanvre. C’est une substance enivrante , dont le peuple sur-tout use communément avec excès , malgré les règles de l’abstinence musulmane.

Q. Le Tankisso. — On lit , page 3o/i du premier volume de cet ouvrage , que, selon les Mandingues , cette rivière sort da Bâjing , et va se perdre dans le Dhiolihâ. Il est très-difficile, sinon impossible, d’admettre ce rapport des Mandingues: il faut entendre, je crois, que le Tankisso sort de la montagne oîi le Bâjing prend naissance; autrement le bassin de la Sénégambie communiquerait avec celui de la Nigritie ou du Soudan.

R. Chemin du Fouta-Toro à laMecgiie. — On dit à l’auteur (voyez t. I, pag. 38 1 ) que les pèlerins du Fouta passaient par le Bondou , le Baléya , Kan-kan, Sambatikila et Djenné, au lieu de passer par le Kaarta et Ségo. Cependant le chemin est bien plus long. Je crois que le véritable motif de ces voyageurs est de faire le commerce de l’or de Bouré, en passant à Kan-kan; mais pourquoi s’éloigner encore plus au S., en se portant jusqu’à Sambatikila ? Je l’ignore.

S. Le Milo. — Il est dit, tome I, page 4io, que le Milo coule au N. E. C’est à-peu-près le N. E. de la boussole que suit cette rivière, et dans

ia première partie de son cours; mais ensuite ce cours se rapproche nécessairement du N. et de l’O. pour tombef dans le Dhiolihâ.

T. Kong ou Koiin'g. — Le pays de ce nom étant situé entre le S. S. E. et le S. i/4 S. E. magnétique du village de Douasso ( p. i 44, t. II) , tombe dans le S. vrai de ce village. Il faut un mois et demi pour s’y rendre, a dit au voyageur un homme de Kong meme. Une partie de ces journées est en pays de montagne. La position de Kong doit peu s’éloigner du septième parallèle N. , et sa longitude, de celle de Douasso, 7° 45' O.

ü. Direction du fleuve à la hauteur de Djenné. — Le journal porte, page 216 , tome II, que l’île est formée par un bras de la branche occidentale, lequel vient de l’O. N. O. ; et en note, on a corrigé par ces mots, c’est plutôt le S. O. : la correction est superflue. L’île de Djenné, selon l’auteur, peut avoir douze à quinze milles de circonférence ; mais il convient qu’il n’en a pas fait le tour , et il paraît qu’elle est beaucoup plus grande.

V. Distance de Djenné à Isaca. — Le texte porte une journée et demie ; mais on trouve, même en ligne droite, plus de trois journées et demie. Le voyageur a mis quatre jours par eau; ainsi ce passage a besoin de rectification.

X. Boushéjah. — C’est ainsi qu’il faut écrire le mot Boushehej du texte (page 016 et 877 , tome II) , d’après l’orthographe de la liste arabe ci-dessus.

Il y a contradiction entre la page 877 et la page 3i6 : ce lieu doit être nécessairement à plus de deux jours d’el-A’raouân, s’il est à deux jours de Temboctou ; c’est cette dernière distance que j’ai adoptée.

Y. Oualet. — Le lieu de ce nom est placé, d’après le Journal ( tome II ,

page 38i), à dix jours d’el-A’raouân, à l’O. N. O.; mais il est plus éloigné de Ségo que ne le dit le texte (même page), c’est-àdire, quinze jo.urs au Sud; l’intervalle est presque double. Cela confirme la conjecture que j’ai émise, savoir, i.^ qu’il y a deux en-

IIT.

droits de ce nom ; 2.® que celui-ci est différent du lieu que la première carte de Mungo-Park place au N. de Ségo, mais sous le parallèle du lac Dibbie; et la deuxième , au N. O. de Ségo, un peu au Nord de Temboctou. Ce n’est pas le lieu de discuter la position de Oualet et de la comparer avec le Gualata de Léon l’Africain, placé à trois cents milles de Niin au midi, cinq cents de Tumbut au nord, et cent de l’Océan. Il suffit de dire qu’il est impossible qu’un seul point satisfasse à ces différentes conditions.

Toutefois je pense qu’il y a une solution assez simple de la difficulté. Park et ses éditeurs, ayant cru à tort Temboctou plus méridional qu’il ne l’est, ont placé Oualet en conséquence : en effet, le lieu dont M. Caillié a |eu connaissance se trouve placé à-peuprès comme dans la deuxième carte du voyageur anglais , relativement à Temboctou *, qu’il faut porter bien plus au nord que celui-ci ne l’a fait.

Il serait facile d’étencire ces remarques géographiques par une multitude de rapprocliemens scientifiques , plus ou moins intéressans pour quelques lecteurs ; mais il est temps de clore ce volume, et de réclamer, en terminant, l’indulgence de tous pour un travail fait à la hâte, qui ne se recommande réellement à leur attention que par l’importance du sujet et par l’influence que la découverte elle -même exercera tôt ou tard sur les entreprises à venir*.

(1) Descript. Afric. etc., pag. 429, Tibiir. iSSg.

(2) Consultez l’intéressant ouvrage intitulé Naufrage du hrig français la Sophie, par M. Charles Cochelet ( Paris, 1821 , in-8.® ) , où l’auteur affirme que Sidi-Hamet n’est pas allé à Temboctou, et où il élève des doutes sur le voyage d’Adams ( tom. II , chap. xv ).

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