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Notre hôte nous envoya un bon souper de riz, que je joignis à ma poule. Toute la soirée , et bien avant clans la nuit, les jeunes nègres et négresses se divertirent en sautant gaiement au son du tamtam; leur danse est bien plus décente que celle des nègres ouolofs qui habitent les environs du Sénégal.
Le i4 juin, à sept heures du matin, la caravane
se mit en route : nous nous dirigeâmes au S. S. E. ;
après avoir fait trois milles dans cette direction, nous
passâmes près du fleuve, et, continuant à marcher à
l’E. l’espace de six milles, nous fîmes au N. un demi-
mille pour arriver à Fessadougou ; vers midi , nous
y fîmes balte. Ce villa cje peut contenir de trois à
quatre cents habitans; il est situé sur les bords d’une
jolie rivière, dont la largeur est moitié de celle du
Dhioliba à Couroussa : je crus d’aborcl que c’était un •
affluent ou bras de ce fleuve; mais j’observai que son courant , qui pouvait être d’environ trois milles et demi à l’heure, venait du S. et coulait au N. D’après les renseignemens que me donnèrent les Mandingues, elle se perd dans le Dhioliba , à peu de distance de cet endroit. Ses rives sont très-basses et découvertes : on nomme cette rivière Yenclan. A cinq à six milles dans l’éloignement, sur les deux rives, il y a quelques terres élevées. Ce village fait partie du Sangaran.
La route de la journée était partie sablonneuse et partie couverte de pierres rouges et poreuses; la cam-
pagne esl garnie de grands arbres qui ia rendent trèsagréable. Les environs de Fessadoligou sont boisés de nédés et de cés ; on ne laisse dans les campagnes cultivées que ces deux espèces d’arbres , qui y sont d’une très-grande utilité : je vis aux environs du village des terres très-bien soignées. Notre bote nous envoya à souper.
Le i5 juin, après avoir payé notre écot avec un peu de tabac et de sel , ainsi que nous le finies pendant toute la route depuis Cambaya, nous traversâmes la rivière dans des pirogues : il était près de dix heures lorsque nous arrivâmes sur la rive droite; nous nous dirigeâmes au S. E., et fîmes quatre milles sur un sol couvert de gravier. J’avais toujours la fièvre ; elle m’avait cependant laissé un peu de repos dans la nuit.
La chaleur étoit très-forte , et le soleil très-ardent : mon guide voulut absolument que je me servisse de mon parapluie pour me préserver de scs rayons; il avait la complaisance de le prendre et de le fermer près des lieux habités. Il était près de onze heures et demie, lorsque nous fîmes halte à Farancou-Manbata ; ce village peut contenir de trois cent cinquante à quatre cents habitans. Nous avions le lendemain une longue route à faire sans trouver de villages. L’orage se déclara un peu après notre arrivée; il plut beaucoup.
Le 16 juin, à sept heures du matin, nous nous
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mîmes en route, et fîmes vingt-deux milles dans la même direction , en traversant plusieurs petits ruisseaux. Le sol est uni, composé de pierres rouges à fleur de terre et de gravier ; cependant quelques petites montagnes peu élevées s’étendent à l’E. et à l’O.
Vers quatre heures et demie du soir, nous fîmes halte sous des cahutes faites en branches d’arbre et couvertes de paille : notre marche de la journée fut accélérée ; nous courions plutôt que nous ne marchions ; on voulait arriver le lendemain à Kankan. Nous rencontrâmes sur la route beaucoup de marchands mandingues allant dans le Fouta-Dhialon; ils me regardèrent tous avec beaucoup de surprise , mais ils ne s’informèrent pas si j’étais maure ou chrétien. Les saracolets allèrent plus vite que nous; ils voulaient se rendre, disaient-ils, à l’ourondé de Kankan (village d’esclaves). Mon guide, lorsque je lui témoignai le désir d’y aller aussi , me dit que c’était trop loin : il est vrai que nous étions très-fatigués de cette marche forcée; j’eus le bonheur ce jour- là de n’avoir pas de lièvre. Dans la soirée, il fit de forage et des éclairs, mais sans pluie ; nous soupâmes de bon appétit, et , quoique couchés sur les roches avec un peu de paille , nous passâmes une assez bonne nuit.
Le 1 y juin, à cinq heures et demie du matin, nous fîmes route au S. : après avoir marché trois milles et demi, nous arrivâmes auprès de l’ourondé, où nous
joignîmes les saracolets qui faisaient route pour Kankan. Je vis , dans la campagne , de beaux champs d’ignames cultivés avec beaucoup de soin , de pistaches et de maïs; le foigné était déjà bien avancé. Nous passâmes ensuite dans une belle plaine : j’apercevais dans l’ éloignement quelques petits monticules; je remarquai que la pente inclinait un peu à l’E. N. E. Les nègres couraient après nous , pour voir la caravane. Nous avions fait quatre milles et demi au S. S. E. Dans quelques endroits, la terre est rouge, trèsproductive, et mêlée d’un peu de gravier; la campagne est couverte de cés et de nédés. Nous traversâmes un petit ruisseau, et nous arrivâmes, vers dix heures, à la ville chef-lieu de Kankan ; mon guide voulut à toute force que j’ouvrisse mon parapluie pour faire mon entrée dans sa ville natale. Nous rencontrâmes en route des Mandingues à cheval , mis très-proprement : ils avaient de grands chapeaux de paille fabriqués dans le pays; ces chapeaux sont de forme ronde, comme ceux que portent les paysans en France ; on m’apprit que ces Mandingues allaient aux champs surveiller leurs esclaves. Lamfia me donna une case chez lui ; il fit loger avec moi un Foulah qui avait voyagé avec nous , et venait à Kankan échanger du sel contre des étoffes du pays. Toute la famille accourut saluer le chef, qui était absent depuis long-temps; il envoya chercher du lait aigre , qu’il m’offrit pour me ra-
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fraîchir. Toute la soirée , la foule vint dans la cour de Lamfia voir le cliérif arabe ; j’eus la visite de plusieurs Mandingues distingués , et d’un bon vieux Maure établi dans le pays depuis long - temps. Je restai trois jours dans ma cabane, sans sortir, pour me reposer de mes fatigues, et prendre quelques doses de sulfate de quinine pour couper ma fièvre. Le 20, j’allai avec Lamfia et quelques vieillards voir le chef, que les Mandingues de cette partie de l’Afrique appellent clomjou-ticjiii : il était prévenu de mon arrivée ; il me reçut très-bien , et me fit asseoir sur une peau de bœuf. Je lui demandai la permission de passer dans son pays, pour aller à Jenné : il me dit qu’il me ferait conduire par la première occasion. Je laissai Lamfia s’expliquer pour moi ( car je ne parlais que trèspeu la langue du pays); il s’empressa de lui faire un détail bien circonstancié des fables que j’avais fait courir concernant la manière dont j’avais été pris par les chrétiens. Ce bon vieillard ( Mamadi-Sanici est son nom ) était le père du Mandingue qui m’avait si bien servi à Sancougnan lors de l’aventure du vieux Bondouké. Nous prîmes congé du chef, et retournâmes à notre demeure dans la case que m’avail donnée mon guide : on avait tendu une peau de bœuf qui me servait de lit; et une grande jarre en terre , dans laquelle il y avait du foigné , composait tout l’ameublement. Lorsqu’il se trouvait dans le vil-
lage quelques esprits soupçonneux qui disaient que j’étais un chrétien et que ma figure ne ressemblait pas du tout à celle d’un Maure , Lamlia prenait fortement mon parti, et se fâchait même contre ceux qui cherchaient à me nuire. Il avait de moi un soin tout particulier; nous mangions ensemble, et deux fois par jour on nous donnait de très-bon riz avec une sauce aux pistaches dans laquelle il y avait beaucoup d’ognons , qui viennent très -bien dans le pays : tous les soirs il avait soin de faire allumer du feu dans ma case; habitude très-répandue dans le pays ; ils en conservent la nuit, même dans toutes les saisons. Le jour de mon arrivée chez lui, je lui fis un joli cadeau pour reconnaître les soins qu’il avait eus de moi en route : ce présent se composait d’une brasse de belle guinée bleue qu’il m’avait déjà témoigné desirer, trois brasses de belle indienne , et six feuilles de papier : il parut très - content , me remercia beaucoup, et me promit qu’il viendrait me conduire jusque dans le Ouassoulo; je sus pair la suite qu’il y était appelé par ses propres affaires. Il passait une partie de la journée auprès de moi dans ma case; c’était, disait-il, pour ne pas me laisser seul avec les étrangers qui venaient continuellement me voir; il s’occupait à coudre ensemble des lèzes d’étoffes du pays.
Le chel de Kankan me fit appeler le jour du marché. En entrant avec mon quide dans la case de Ma-
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madi-Sanici, je vis beaucoup de vieillards rassemblés; ils étaient tous mis très-proprement : on nous lit asseoir sur une peau de bœuf. J’avoue que je n’étais pas tranquille , mais très-impatient de savoir la décision qu’oft allait prendre sur le sort d’un Arabe que plusieurs d’entre eux disaient être un chrétien. On fit d’abord une courte prière; puis on questionna mon quide sur la manière dont il m’avait connu : il parla beaucoup , et dit que le chef de Cambaya m’avait mis entre ses mains pour me rendre à Kankan auprès de Mamadi-Sanici ; que je desnais aller à Jenné pour me rendre à la Mecque , mon pays natal : il lit valoir surtout, et avec avantage, que M. Macaulay, roi des blancs à Sierra-Lcone ( selon l’expression des nègres), avait voulu me retenir auprès de lui pour y faire le commerce; mais que j’avais repoussé l’idée affreuse de rester chez les infidèles. Alors ils me demandèrent le nom de mes père et mère, s’ils existaient encore, si j’avais d’autres parens , et enfin si je les reconnaîtrais lors de mon arrivée dans mon pays : je leur répondis qu’ayant quitté l’Égypte très-jeune , j’ignorais quel était le sort de mes parens, et si j’avais eu le bonheur de les conserver. Après avoir pris tous ces renseignemens, ils s’entretinrent entre eux un moment, puis me congédièrent avec mon hôte, en me disant qu’il fallait rester chez Lamfia , à qui le chef Mamadi-Sanici avait eu soin de me recommander.
En sortant de l’assemblée , je demandai à mon guide quel parti on avait pris relativement à mon passage dans le pays : il me dit que l’on avait arrêté que la route de Ouassoulo me convenait mieux que celle de Bouré, parce que ce pays était en guerre avec Karlkan ; qu’un homme des leurs avait été tué sur cette route, et que l’on devait me faire conduire dans le Ouassoulo par la première occasion, d’où je prendrais ensuite le chemin que je préférerais , soit par Séqo , soit par Sambatikila, pour me rendre à Jcnné. Je fus assez satisfait de cette décision , et je retournai à ma case, où je pris quelques verroteries pour aller au marché acheter un peu de lait.
Le 22 juin, j’allai à la mosquée, accompagné de mon guide : cet édifice consiste en un bâtiment carré, construit en terre, avec trois portes d’entrée, à 10. , au N. et au S. Il y a plusieurs avenues formées par de gros piquets qui en soutiennent le toit ; il est d’une construction informe, et loin d’être aussi bien que les mosquées en paille du Fouta-Dhialon. La prière fut très-courte ; mais falmamy , chef de la religion, fit lecture de quelques passages du Coran. Tous les assis tans étaient .vêtus avec une très-grande propreté. Les femmes ont aussi une mosquée particulière, où elles font leurs prières ; car il ne leur est pas permis d’entrer dans celle des hommes; je m’aperçus quelle n’était pas très -fréquentée. Au sortir de la prière,
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je vis des vieillards bien vêtus se réunir sous la mosquée des femmes, qui est construite en paille et très-aérée; on me fit appeler avec mon guide, et on nous fit asseoir tous deux au milieu de l’assemblée. On pria Lamfia de rappeler de nouveau les circonstances qui m’avaient engagé à traverser le pays : les paroles de mon guide étaient répétées à haute voix par un crieur , pour que ceux qui étaient assis dehors pussent entendre ce qu’il disait. Lorsqu’il eut fini de parler, l’un des vieillards me demanda si je n’avais plus rien à faire dire , ou plutôt si ce que Lamfia annonçait était bien vrai; je donnai mon assentiment. Alors on fit appeler le saracolet parlant arabe, et qui avait fait route avec nous depuis Baleya ; je répétai en arabe tout ce que mon guide venait d’annoncer: on engageait le saracolet à me faire beaucoup de questions; mais il s’en dispensa, en disant que l’arabe qu’on parlait dans mon pays ne ressemblait pas du tout à celui qu’il entendait. On fit l’apologie de Lamfia, et l’on approuva beaucoup la conduite qu’il avait tenue à mon égard; ils convinrent à f unanimité que j’étais un vrai musulman , et que l’on me donnerait assistance si j’en avais besoin. Ce rassemblement n’avait eu lieu que pour prévenir tous les habitans de mon passage dans le pays, et des circonstances qui l’occasionnaient. De cette façon, je n’avais plus rien à craindre de ceux qui me prenaient pour un Européen. Cette
assemblée se composait de mille à douze cents personnes , toutes mises avec la plus grande propreté ; il y en avait beaucoup plus dehors que dans la mosquée, qui est très-grande. On nous dit que nous pouvions nous retirer, ce que nous fîmes sans nous faire prier. Mais, depuis cet interrogatoire, pour éviter de faire naître des soupçons, je me rendais souvent à la mosquée; et lorsqu’il entrait quelqu’un dans ma case, j’avais la précaution de tenir à la main une feuille du Coran. Je voyais souvent mon saracolet, à qui je donnai une paire de ciseaux que je lui avais promise en route; il me faisait très-bonne mine, et avait envie de m’emmener avec lui à Ségo. Je pensais qu’il avait l’espoir de tirer de moi de nouveaux présens ; peut-être étais-je trop prévenu contre lui; il séjournait à Kankan avec ses camarades pendant quelques jours pour se reposer. Non-seulement la route de Ségo ne me convenait pas, parce que je craignais d’y être reconnu; mais ensuite, en y allant, je me voyais forcé de renoncer à Jenné, où je desirais nie rendre , à cause de la guerre continuelle entre ces deux pays. J’ajouterai encore que les soins assidus du saracolet me déplaisaient; sa complaisance me paraissait suspecte, et je me décidai à ne point mettre sa probité à l’épreuve , presque persuadé cpie j’en serais la dupe : je le laissai donc partir pour Kankari , où il devait aller pour s’embarquer sur une rivière
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qui se perd dans le Dhioliba , et de là se rendre à Ségo. Je me décidai, d’après les conseils du bon vieux Maure Mohammed , qui connaissait parfaitement le pays , à prendre la route de Sambatikila , d’où je me rendrais àJenné avec plus de sûreté. On me dit que ceux qui allaient en pèlerinage à la Mecque prenaient toujours cette route; on me cita même un Foulah du Fouta-Toro qui avait traversé le Bondou, une partie du Fouta-Dhialon , Balcya et Kankan pour aller à Sambatikila et se rendre à Jenné , plutôt que de passer dans le pays de Kaarta et de Ségo. Je n’attendais qu’un quide ou une occasion favorable pour en profiter.
Le 2 3 juin, j’eus la visite de mon saracolet, qui venait s’informer de ma santé ; il me demanda pourquoi je ne venais pas le voir dans sa case : il s’assit auprès de moi sur une peau de mouton; et après les complimens d’usage , il me remit un morceau de papier écrit en arabe; il m’assura qu’en gardant ce grigri, je pouvais voyager avec sécurité, sans craindre les maladies; j’acceptai avec reconnaissance et empressement ce précieux talisman, que je payai de quelques coups de poudre.
Le 2 4 juin, mon saracolet revint de nouveau : il me pria de lui écrire un charme pour avoir des richesses comme les blancs. Je lui dis qu’ayant quitté mon pays très-jeune, je ne savais pas en faire; que
si j’avais cc talent, je m’en servirais pour moi; cpie cependant je pouvais lui donner un bon conseil pour devenir riche comme il le desirait ; et lui rappelant qu’il m’avait souvent parlé, des mines d’or de Kankari, j’ajoutai que je l’engageais à s’y arrêter quelques jours, à faire fouiller lamine par son esclave , et, lorsqu’il aurait une certaine quantité d’or, à aller le porter chez les chrétiens ; qu’avec ce talisman il aurait tout cc qü’il pouvoit desirer; que c’était donc le meilleur à employer. Il rit beaucoup de cette manière de se procurer des talismans , disant qu’il la connaissait bien, mais quelle était d’une exécution trop difficile. Par ce moyen, je me débarrassai de cet importun, et je tirai ma petite vengeance du mensonge qu’il m’avait fait pour m’emmener avec lui à Kankari ; car l’on m’avait assuré qu’il n’y avait aucune trace de mine d’or dans cette ville.
Le 2 5 juin., je visitai mon bagage, qui n’était pas renfermé : je m’aperçus que l’on m’avait volé une partie de mon papier ; j’en prévins Lamfia , qui continuait d’avoir pour moi tant d’égards, que je n’osais le soupçonner. Il prit d’abord l’air étonné, protesta que cc n’était pas lui; il alla chercher les objets que je lui avais donnés , les mit entre les mains d’un nègre qui était dans ma case, pour me les rendre : mips je refusai de les accepter , assurant que j’avais trop de confiance en lui pour le soupçonner de ce vol. Après un mo-
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ment de réflexion , il me dit qu’il avait vu le Foulah qui avait logé dans ma case chercher dans mes effets; qu’il l’avait fortement grondé, et lui avait défendu de toucher une autre fois aux effets de l’Arabe. Le pauvre Foulah qu’il accusait était parti depuis trois jours pour retourner dans son pays. Je passai sous silence cette filouterie. Dans la soirée, j’allai avec lui voir un nègre mandingue arrivant de Jenné: cet homme avait les cheveux pleins de fumier, comme la laine d’un mouton qui aurait couché six mois sur la même litière ; et cependant il avait un air à prétention et paraissait content de sa personne ; il remuait la tête de côte et d’autre , agitait ses cheveux qui étaient longs et en tresses. Je m’assis avec mon guide auprès de lui; il me regarda d’abord avec curiosité, et semblait douter que je fusse Arabe : on lui apprit d’où je venais et que j’avais le désir de me rendre à Jenné. Je m’informai de la distance de cette ville à Kankan , et des peuples qui habitaient sur la route ; il m’assura affirmativement qu’il y avait trois mois et dix jours de marche continuelle : comme je lui fis observer que l’on devait s’arrêter pour se reposer, il m’attesta le contraire , et dit que les caravanes marchaient tous les jours , et que la plus grande partie des peuples chez lesquels je devais passer étaient idolâtres; que je verrais peu de musulmans : il ajouta aussi que j’aurais bien des difficultés à vaincre, et que les nègres me prendraient pour un
blanc; qu’ils n’aiment pas les hommes de cette couleur. Quant aux difficultés qu’il m’annonçait , je m’y attendais, et j’étais décidé à les surmonter; mais j etais effrayé par la longueur du chemin qu’il fallait faire à pied : cependant je réfléchis bientôt que les nègres ne comptent jamais le temps qu’ils mettent dans leurs voyages, et que celui-ci ne savait sûrement pas le nombre de jours qu’il avait mis pour effectuer son retour. Je voulais partir le plus tôt possible, avant que les pluies fussent plus fortes ; mais il me fallait un guide, et je ne pus trouver personne qui voulût m’accompagner cà Sambatikila, quoique je promisse un très -joli cadeau en paiement. On m’engagea à attendre l’occasion qui se présenterait bientôt, ajoutant qu’il y avait beaucoup de communications entre le Kankan et le pays où je voulais aller.
Le 29 juin, les saracolets et quelques Mandingues se réunirent pour traverser les bois qui séparent Kankan du Ouassoulo : mon homme aux grigris vint me voir, et me demanda si j’étais disposé à partir avec lui , ajoutant que de long-temps je ne trouverais une occasion aussi favorable pour traverser les bois du Ouassoulo , qui sont infestés de voleurs ; je lui fis part de la résolution que j’avais prise de me rendre à Sambatikila, pour aller à Jenné ; il s’informa auprès de quelques Mandingues si cette route qu’il ne connaissait pas était
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bien convenable à mes desseins, et me fit ses adieux. Je me trouvai bien aise d’être débarrassé de lui. Peut-être, comme je l’ai dit plus haut , ctais-je trop prévenu contre les saracolets, à cause de la conduite que je les avais vus tenir à Sierra-Lcone : quant à celui-ci, il paraissait assez doux; il pouvait bien ne pas être aussi coquin que ses camarades ; mais on ne peut commander la confiance.
Comme je me disposais à profiter de la première occasion pour partir, je me défis d’une partie de mes marchandises pour alléger mon bagage : je fis vendre un baril de poudre et une pièce de guinée ; le reste étant soieries , verroteries, ambre, corail , je les gardai pour les emporter: Jeme défis des premières à 6op. o/o de bénéfice, parce que je ne voulais prendre pour paiement que de l’or, et que cet article était très-rare dans le pays, depuis la guerre entre les gens de Bouré et de Kankan, qui intercepte toute communication entre ces deux peuples. Je ne parlais pas assez mandingue pour effectuer moi-même la vente ; je chargeai Lamfia de faire ce marché pour moi : il me dit que , pour assurer la vente de ses marchandises, il avait coutume d écrire un qriqri sur une planchette sur laquelle les écoliers écrivent ordinairement; puis qu’il lavait l’écriture, et arrosait avec l’eau les objets à vendre: par ce moyen les bénéfices étaient toujours très-considérables. Au reste, je crois qu’il s’entendait avec les
personnes qui achetèrent ma poudre et ma guinée, et qu’il fit un petit bénéfice. Il témoigna le désir d’échanger mon tabac contre quelques mauvaises verroteries , desquelles il ne pouvait se défaire avantageusement; il m’assura, sans doute pour me décider, que dans le pays où j’allais passer, le tabac n’avait pas de prix, et que ces verroteries, au contraire, se vendaient très -bien; pour me débarrasser encore, je fis cet échange, dans lequel je remarquai qu’il cherchait à me tromper sur mon tabac, auquel il attribuait une valeur très -médiocre. Je fis un second échange avec un autre Mandingue, qui me traita plus favorablement. On me dit qu’il y avait à Ouassoulo un marchand saracolet allant à Sambatikila; que cet homme ne devait partir que dans quelques jours : il fut arrêté que nous irions, Lamfia et moi, le rejoindre, et que je ferais ensuite route avec lui ; notre départ fut fixé après la fête dusalam, qui devait avoir lieu dans quelques jours. Mais il en devait arriver autrement , comme on le verra par la suite.
J’allai plusieurs fois visiter le marché , qui a lieu deux fois par semaine dans la ville de Kankan ; je remarquai beaucoup d’étrangers du Ouassoulo, duSangaranet du Toron, qui viennent faire le commerce dans cette ville; ils apportent des toiles du pays, du. miel, de la cire qui est transportée sur nos établisscmens de la côte, du coton, des bestiaux et de l’or. Les habitans
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de Toron se font remarquer par leur costume , qui consiste en un coussabc jaune et court, une culotte de même couleur, dont le fond est très -large et d’une très-grande malpropreté; un grand chapeau de paille , à forme ronde , et quelquefois des sandales : ils sont tous armés d’un sabre, apporté dans le pays par des marchands mandingues, d’un arc et d’un carquois plein de flèches , et tiennent une lance à la main ; ils ont une bande de toile qu’ils se passent autour des reins pour attacher leur coussabe, qui est très-court et étroit : ils portent la barbe comme les musulmans ; mais ils l’entretiennent si mal, qu’on dirait leur figure pleine de fumier. Ils prennent par le nez beaucoup de tabac , et fument encore davantage, ce qui ajoute à leur extrême malpropreté : il n’y a qu’en voyage quils ne
font pas usage de la pipe; mais ils s’en dédommagent bien à leur retour, et l’on m’assura qu’ils passent des journées entières , rassemblés à l’ombre de grands arbres, à converser en fumant. Ils sont idolâtres. Tous ceux que j’ai vus étaient grands, bien faits , et avaient l’air guerrier : ils ont le teint aussi noir que les Mandingues, mais n’ont rien des traits de ces derniers ; leur visage est un peu rond, leur nez court, sans cependant être aplati , et leurs lèvres minces. Je n’ai jamais vu de femmes de celte nation: mais je présume que leur costume n’est ni plus élégant ni plus propre ([ne celui des hommes, et qu’il consiste en une bande
de toile de coton du pays, qui leur passe autour des reins. Ils ont les cheveux crépus , et les portent en tresses. L’habitude du pays permet aux hommes de prendre autant de femmes qu’ils peuvent en nourrir; mais comme ils sont obligés de faire aux mères de grands cadeaux , ils sont souvent retenus faute de moyens : cette coutume existe en général chez tous les peuples idolâtres. Ils sont soumis à une quantité de petits chefs , tous indépendans entre eux , et qui gouvernent despotiquement ; les dignités sont héréditaires. Ils ont de nombreux troupeaux de bœufs et de moutons, et nourrissent beaucoup de volailles. Leur pays montagneux leur fournit du miel , qu’ils aiment beaucoup , et qu’ils viennent vendre au marché ; leur sol , fertile , produit tout ce qui est nécessaire à la vie ; on m’assura que leurs cultures sont très -soignées : ils récoltent du riz , des ignames, de la cassave, des pistaches, du foigné, du maïs, et un peu de mil. Ils fabriquent beaucoup d’étoffes de coton, dont les lés n’ont que cinq ponces environ. Je les ai vus porter des poignards qu’ils font eux-mêmes; ils fabriquent aussi leurs instrumens aratoires : mais je n’ai pas su d’où ils tirent leur fer. Les habitans de Toron sont souvent en guerre avec ceux de Kankan, qui voudraient les réunir à l’étendard du prophète. Ils sont d’un naturel guerrier et belliqueux ; ils repoussent vivement les attaques des
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musulmans, qui ne sont pas assez forts pour leur faire une guerre continuelle.
Mais revenons au marché. Il est toujours bien garni de marchandises d’Europe , apportées de la côte par les marchands mandingues : elles consistent en fusils , poudre, pierres à feu, indienne de couleur, guinée bleue et blanche, ambre, corail, verroteries et quincailleries. J’ai vu beaucoup de toiles blanches , tissées dans le Ouassoulo ; des pots en terre, fabriqués dans le pays; toute espèce de comestibles, tels que riz, foigné, ignames, cassaves, etc. ; volailles, moutons, bœufs et chevaux , amenés par les étrangers. On vend aussi à ce marché du bois de chauffage. Ce sont les esclaves qui font ce commerce pour se procurer une petite provision de sel , qui est un objet très -cher et le premier article d’échange. Je m’aperçus que plusieurs marchands avaient de l’or, mais ils y tiennent beaucoup; ils n’achètent avec ce métal que des marchandises choisies. Tous les marchands sont porteurs de petites balances* faifes dans le pays, et qui m’ont paru trèsjustes; ils n’ont d’autres poids que les graines d’un arbre qui se trouve dans le Fouta-Dhialon, et dont j’ai oublié le nom. Ces graines sont noires , de la grosseur et de la forme des graines de corossol, mais un peu plus lourdes : le poids en or de deux de ces graines équivaut à six francs. Ils ne se trompent jamais ; leurs poids sont aussi justes que les nôtres. L’or que j’ai vu à
Kankan, et que I on me dit sortir des mines de Bouré , était en boucles d’oreilles de la valeur de six gourdes ; il y en a même dont le poids équivaut à vingt -cinq gourdes ; j’en vis aussi en petits grains gros comme du plomb de chasse , et de plus petits ; ils le portent ordinairement dans un tuyau de plume. Lamfia me fit la confidence que les marchands qui possédaient de l’or le cachaient dans des griqris recouverts en cuir tanné , qu’ils se mettent au cou ou au bras, soutenus par un cordon en cuir; ils agissent ainsi dans la crainte d’être dévalisés en route ou de le perdre. Depuis le vol que l’on m’avait fait de mon papier, j’étais devenu très - soupçonneux , et je ne m’absentais de ma case qu’avec circonspection : je me rendais cependant à la mosquée deux fois par jour, afin de paraître dévoué à la religion ; car j’avais besoin d’en imposer aux nègres ; j’en trouvais toujours qui n’étaient pas disposés favorablement pour moi ; ils ne cessaient de dire que j’étais un blanc : or les Mandingues ne nous aiment pas du tout; ils ont horreur du nom chrétien. Ticpcndant ils ne méprisent pas les Européens : le fanatisme seul les porte cà nous détester, et, s’ils m’eussent connu pour ce que j’étais , il est possible qu’ils ne m’eussent Dit aucun mal; mais sans scrupule ils m’auraient dévalisé , et empêché de continuer mon voyage. Je trouvai les habitans de Kankan aussi importuns et mendians que ceux de Gambaya, et pas plus généreux. Je ne reçus
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d’eux que quelques noix de colats; cependant le chef me fit présent d’un petit moïceau de viande , que Mohammed, Maure établi dans le pays , lui demanda pour moi : je ne l’en avais pas prié, mais il pensait qu’il en aurait sa part; en effet, je lis faire, avec le cadeau du chef, un assez bon souper que nous mangeâmes ensemble.
Le 5 juillet se trouvait être la fête du salam , qui toujours est célébrée avec beaucoup de magnificence parles musulmans. La veille, Lamfia m’avait demandé si je voulais acheter de la viande en faveur de la cérémonie : je lui fis observer qu’ayant une longue route à faire et peu de moyens, j’avais besoin d’économiser, si je ne voulais pas rester en chemin : il se tut, mais il ne parut pas très-satisfait. J’assistai à la cérémonie de la fête avec mon guide : elle avait lieu dans une grande plaine à l’E. du village , non loin du Milo. En traversant les rues , je vis des vieillards vénérables, recouverts d’un petit manteau court fait d’écarlate, dont les bords étaient garnis d’une étoffe de coton à fleurs jaunes , pour imiter des galons en or; ils marchaient séparés, et étaient suivis d’une nombreuse escorte; ils se promenaient de tous côtés, et chantaient, Allah- cikbar, Allah- akbar , la ilia il- Allah, Allah- akbar, etc. : ces paroles étaient répétées par leur suite , qui grossissait à chaque instant. Ils tenaient cà Ja main droite une lance , et avaient sur la tête un bonnet
roucje. Rendu dans la plaine , je vis une nombreuse assemblée habillée de diverses manières ; la majeure partie était en costumes du pays, qui consiste en un coussabe , une culotte , un bonnet de forme pointue , et une paire de sandales ; plusieurs étaient affublés de vieux habits rouges de soldats anglais, qu’ils s’étaient procurés à Sierra-Leone ou à Gambie; et d’autres couverts de vieux manteaux européens , de diverses couleurs , avec un chapeau à l’européenne , et mille haillons de ce genre; enfin , chacun avait pris ce qu’il croyait avoir de plus beau , et tout le monde était en parure. Ils étaient tous armés de fusils , de lances , d’arcs et de flèches ; et au moment de la prière , chacun mit ses armes à terre. Je voyais arriver à chaque instant des vieillards à manteaux rouges, suivis d’une foule d’habitans ; peu après parut le chef, à cheval , escorté de deux ou trois cents Mandingues formant une baie à ses côtés. Je remarquai que les hommes de la suite avaient tous des fusils : le chef faisait porter devant lui un pavillon de taffetas rose. L’almamy , chef de la religion, suivait Mamadi-Sanici, premier magistrat; il avait, comme lui, une nombreuse garde portant un pavillon de taffetas blanc, axrec un autre morceau rose au milieu , formant un cœur. Mamadi- Sanici était mis très - simplement , mais propre. L’almamy , au contraire , était magnifiquement vêtu ; il était couvert d’un manteau de belle écarlate, garni
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clc franges et de galons en or : c’était un cadeau que lui avait fait le major Peddie , lors de son séjour à Kakondy sur le Rio-Nunez ; au moment où il devait explorer l’intérieur de f Afrique, il envoyait des cadeaux de tous côtés pour se rendre les chefs favorables.
Ceux des autres vieillards qui avaient des manteaux rouges avaient pris modèle sur celui de l’almamy. La musique de la fête consistait en deux grosses caisses ou tambours , exactement semblables à ceux que j’ai décrits à Cambaya. L’almamy fit la prière avec beaucoup de piété ; il paraissait très - recueilli : c’était un spectacle frappant que de voir une aussi grande assemblée se prosterner pour adorer Dieu. Après la prière, les vieillards revêtus de manteaux formèrent un dais avec des pagnes blanches ; falmamy se plaça sur un petit siège qu’on avait apporté exprès; il lut une longue prière en arabe , que bien certainement personne ne comprenait. Après celte prière , le chef Mamadi-Sanici harangua le peuple ; il avait à ses côtés un homme qui répétait à haute voix ce qu’il disait, afin que tout le monde pût l’entendre. On me dit qu’il enqageait ses sujets à tourner leur commerce vers le Ouassoulo, Baleya et le Fouta-Dhialon, ajoutant qu’il serait trop dangereux d’aller à Bouré, et qu’il fallait jusqu’à nouvel ordre renoncer au commerce de ce pays. Après celte courte harangue ,
on se retira avec précipitation ; les portes ne pouvaient livrer passage à tout le monde ; les hommes et les chevaux étaient mêlés dans la foule. Les femmes assistèrent à la fête, se tenant à une distance respectueuse des hommes ; elles firent aussi la prière. Après cette cérémonie , on alla tuer l’agneau pascal pour se régaler le reste du jour. Les nègres n’ont pas de plus grande jouissance que celle des grands repas. Lamlia s’était affublé de ma couverture de laine et de mon parapluie, qu’il tenait toujours sur sa tête, comme pour se préserver du soleil : avant de partir de chez lui , il m’avait engagé à me couvrir de cette manière ; mais je m’y refusai. Ce jour était celui du marché ; je ne m’aperçus pas que la fête lui eût fait aucun tort: j’y allai pour me procurer un peu de cassave pour mon déjeuner; car ce jour-là mon guide, qui commençait à n’ être plus aussi complaisant, sans doute parce que je n’avais plus de beaux présens à lui faire, m’avait laissé sans déjeuner, et me représenta , pour s’excuser, que c’était jour de fête et de marché , et que ses femmes étaient très- occupées; cependant il en avait deux qui n’avaient d’autre occupation que de préparer le repas de la famille ; et les esclaves leur fournissaient du bois qu’ils se procurent dans la campagne.
Le reste du jour se passa comme les précédens; je ne remarquai aucune autre réjouissance. A l’heure du souper , qiii se lit plus tard que de coutume , les
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femmes se rassemblèrent entre elles pour partager leur çepas ; elles se divertirent gaiement : mais leurs jeux sont bien loin d’être aussi gais que ceux des nègres idolâtres de Baleya et d’Amana; je les voyais sauter, danser, dans la case et dans la cour, tenant à la main un morceau de viande, dans lequel elles mordaient d’une manière dégoûtante. La musique et la danse sont interdits chez les musulmans ; leurs divertissemens sont loin d’égaler la joie et la gaieté qui régnent chez les païens. Après souper, j’eus la visite d’un vieux marabout venant de Ségo: il me regarda avec curiosité ; il ne pouvait s’empêcher de rire de la longueur de mon nez , assurant qu’il n’en avait jamais vu de pareil. Toutefois , il me combla de bénédictions , ainsi que Lamfia : il loua beaucoup la conduite que ce dernier tenait avec moi; Lamfia, en reconnaissance, loua beaucoup mon zèle pour la religion. Le marabout me confirma la nouvelle que j’avais apprise de la guerre entre les villes de Ségo et Jenné ; il me conseilla de prendre la route de Sambatikila. Mon hôte s’empressa de couper deux ou trois brasses de toile du pays, qu’il donna en présent au marabout, qui n’avaiteessé de flatter son amour-propre. Aussitôt qu’il eut le présent, il s’en alla, en le comblant de nouvelles bénédictions et en louant sa générosité.
Le 6 juillet, je me trouvais seul dans ma case;
je profitai de cette occasion pour visiter mes effets, qui malheureusement n’étaient pas fermés à c^pl. Je m’aperçus qu’on y avait touché; je vis des paquets de verroteries qui n étaient pas attachés comme je les avais laissés : je m’empressai de faire une visite exacte de la totalité, et je vis avec douleur que j’avais été volé, que mes plus helles verroteries avaient disparu. Heureusement pour moi, la veille de la fête, j’avais caché mon ambre , mon corail et un peu d’arpent, dans un petit sac de crème de tartre et de sel purgatif' : le voleur avait commencé à ouvrir le sac où était le sel; mais lorsqu’il aperçut ce qu’il contenait, il le laissa, et se rejeta sur les verroteries; un rasoir que j’avais prêté la veille à Lamlia pour couper ses moustaches, avait aussi disparu; il en avait grande envie et m’avait prié de le lui donner. Cet homme me croyait beaucoup plus riche que je ne l’étais; il s’imaginait que j’avais de l’argent , de l’or , beaucoup d’ambre et de corail; souvent il m’avait demandé à m’en acheter; mais j’avais toujours eu soin de répondre que je n’en avais pas. Le jour de la fête, je m’absentai pour aller au marché; je passai aussi chez un Mandingue qui avait envie de venir à Jenné avec moi , pour se rendre de là à la Mecque. Cet homme pouvait avoir de trente-cinq à quarante ans; et malgré son zèle pour la religion , il ne pouvait se résoudre à désobéir à son père , qui s’opposait de
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toute son autorité à ce voyage. Cette désobéissance pouvait en quelque sorte paraître excusable , puisqu’elle avait pour but d’être agréable à Dieu.
Je ne voulus pas laisser ignorer à mon hôte que je me fusse aperçu qu’il était resté seul dans ma case; je le lui dis , en présence de plusieurs personnes qui étaient venues me voir ; il parut très-fâché du vol qui m’avait été fait; il fit beaucoup de bruit, assurant aux Mandingues qui étaient présens, que le jour de la fête tout le monde était allé à la prière , et qu’il n’était resté au logis qu’une petite fille de dix à douze ans. Ne pouvant pas d’ailleurs accuser, comme il avait déjà fait, le Foulah du Fouta-Dhialon , il fit venir la jeune esclave; il lui parla d’un ton fort dur, lui prit les deux mains dans une des siennes , et la menaça de la fouetter, si elle ne nommait celui qui était venu pendant notre absence : l’enfant assura qu’il n’était entré personne, et quelle n’avait pas quitté la maison. Lamfia eut soin de s’en tenir aux menaces , parce qu’elle eut peut-être parlé contre lui; il quitta les mains de l’enfant, et dit aux assistans que certainement on ne m’avait rien pris. Cependant j’étais bien sûr que ce vol n’avait pas été fait par des étrangers; j’avais eu soin, avant d’aller à la prière, de mettre mes effets dans la jarre au mil , et personne autre que Lamfia ne m’avait vu : j e ne lui parlai pas dans le moment du rasoir qui me manquait aussi; il continuait à faire
du bruit , à menacer la petite esclave , qui en fut quitte pour la peur, et moi pour ma verroterie. Repassant dans mon souvenir les égards et les complaisances gue cet homme avait eus pour moi, je n’osais tourner sur lui mes soupçons; j’accusais en secret ses femmes qui, plusieurs fois, avaient paru envier mes beaux qrains de verre : quant à lui, il répétait sans cesse que je ne connaissais pas le nombre de mes marchandises, et que certainement je n’avais pas été volé. Cette conduite excita mon indignation; je jetai sur lui un regard sévère : il baissa la tête , ne pouvant le supporter, et dès ce moment il me parut coupable ; je n’accusai plus que lui, et je me promis de me tenir désormais sur mes gardes. Dans la soirée, il me demanda d’un air assez froid si je n’allais pas à la mosquée : je lui répondis que je desirais beaucoup y aller, mais que je craignais pour le reste de mon bagage ; que le voleur ne serait peut-être pas aussi modéré qu’il l’avait été jusqu’à présent. Cette réponse lui fit baisser la tête de nouveau, comme à une personne coupable et humiliée : cependant je me gardai de laisser voir mes justes soupçons ou du moins de les faire éclater au-dehors, ce qui m’eût peut-être été funeste; mais, malgré moi, la chose devint publique. Ne pouvant rester continuellement dans la case pour garder mes effets, je fis acheter un cadenas, que je mis à mon sac. Ce fut Lamfia qui, toujours très-complaisant,
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se chargea de cet achat; l’ayant fermé devant lui, il me dit : « Maintenant , tu ne risques plus d’être « volé! Non, lui répondis-je, mais cela ne me rendra « pas mes belles verroteries : il est bien tard à pré- « sent; mais j’aurais fermé plus tôt mon sac, si j’avais « pu penser que mes effets n’étaient pas en sûreté « chez toi. » Il sentit ce reproche, et se troubla visiblement. Il chercha à sortir d’embarras en niant toujours le vol, et observant qu’un voleur 11e se serait pas contenté d’une partie de mes marchandises. C’était justement ce qui fortifiait mes soupçons; car un voleur étranger eût emporté le tout, tandis que lui, craignant une esclandre, n’en avait pris qu’une partie, dans l’espoir que je ne m’en apercevrais pas.
La situation devenait pénible ; il craignait qu’en prolongeant mon séjour, mes plaintes ne lui causassent de plus grands désagrémens ; aussi pressait-il notre départ. Dans la soirée, j’allai avec lui prendre congé du mansa; et quoique je fusse convaincu qu’il m’avait volé, je me décidai à traverser avec lui les bois du Ouassoulo , de peur de rencontrer pis dans un autre guide. Nous ne trouvâmes pas le chef chez lui ; il était allé inspecter ses esclaves à l’ourondé ; notre visite fut remise au. lendemain. Dans la même journée , les femmes et les enfans venaient dans la cour au devant de moi, me montrant avec affectation des grains de verre semblables à ceux qui m’avaient été pris ; Lamfia
allé était de voir ces insultes avec indifférence ; il crai gnait peut-être une nouvelle explication avec moi. Je dévorai mon impatience , et attendis la fin de cette scène, sans marquer de colère, certain que cela n’eût servi qu’à la prolonger. Je n’avais rien pris de la journée, et, un peu après le coucher du soleil, il me lit donner une portion de riz assez bien apprêté. Avant cet événement, il avait soin de faire hâter son souper, pour que nous le prissions ensemble un peu avant le coucher de cet astre, parce cpie, disait-il, les Arabes n’aimaient pas à souper tard. Je n’avais qu’à me louer des égards qu’il avait eus pour moi jusqu’alors ; il s’était empressé de prévenir tous mes désirs; souvent, étant endormi le jour dans ma case, j’étais tout étonné , en me réveillant , de trouver des pistaches qrillées et préparées, que lui -même avait déposées près de moi ; je lui avais aussi l’extrême obligation d’avoir toujours pris mon parti contre ceux qui cherchaient à me nuire : mais je devais être la dupe de ses soins assidus.
Le 7 juillet, nous retournâmes chez le mansa, pour prendre congé de lui; il était encore absent. En revenant, je dis à Lamfia (peut-être indiscrètement) que le voleur avait aussi pris le rasoir avec lequel il s’était fait la barbe la veille de la fête; il me répondit, d’un air assez fissuré, que c’était impossible , qu’il était certainement dans mon sac.
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Revenu à la case, il me pria, en présence du Mandingue, de visiter de nouveau mes effets : après nombre de recherches inutiles, de longs pourparlers , et beaucoup d’ allées et de venues, le rasoir fut enfin retrouvé dans la jarre au mil, où j’eus la certitude quil avait été mis à l’instant même, dans l’espérance de me persuader qu’il n avait pas été volé, mais égaré. Lamfia voulait me le rendre; je refusai de le recevoir, en disant que je voulais avoir en même temps toutes les marchandises qui m’avaient été prises. A ces mots , il parut tout déconcerté. Deux vieillards me conseillèrent d’aller me plaindre au chef, si le fripon ne restituait à l’instant le vol qu’il avait fait; saisissant cette idée , je le menaçai de porter ma plainte ; il fut effrayé, et me demanda de différer un peu. Après un momeut de réflexion, il me dit que, puisque j’avais été volé chez lui, et que ma personne et mes effets avaient été confiés à sa garde par le chef de Cambaya, j’étais sous sa responsabilité ; qu’il se croyait garant de tous les événemens, et me rendrait tout ce que j’avais perdu. A cette condition, je promis le silence ; mais voyant qu’il ne se pressait pas de tenir sa parole, et craignant d’être dévalisé une troisième fois , je suivis le conseil de plusieurs vieillards qui m’accompaqnèrent chez le chef du pays , pour le prier de me donner un logement, jusqu’à ce qu’il se présentât une occasion pour traverser le bois du Otiassoulo.
Lamfia, qui nous accompagnait, portait mon sac : il m’avait déjà engagé plusieurs fois à aller chez le mansa, pour subir une épreuve qui consiste à se passer un fer rouge sur la langue : l’accusé est acquitté si le fer rouge ne le brûle pas; mais alors l’accusateur est obligé de subir la même épreuve ; celui des deux qui s’y refuse est condamné. Si c’est l’accusateur, il fait une réparation, en donnant un présent à son antagoniste ; si au contraire c’est le coupable, et qu’il soit accusé de vol, il doit restituer la valeur de ce qu’il est censé avoir soustrait. Cette coutume bizarre, dictée par l’ignorance , est usitée dans toute la partie occidentale de l’Afrique. Nous trouvâmes le chef en affaires; il présidait le conseil des vieillards , qui était assemblé à la mosquée des femmes ; nous entrâmes dans une case, et bientôt après nous vîmes arriver nos juges. Un homme de Kankan, connaissant un peu la langue arabe, me servit d’interprète; je l’en avais prié, ne parlant pas assez bien le mandingue pour me faire comprendre : il expliqua à l’assemblée, dans des termes qui me parurent trèsénergiques, comment j’avais été volé ; il détailla tout, jusqu’à la scène' du rasoir. Lamfia soutint hardiment que je n’avais pas été dévalisé; il rappela de nouveau le vol de mon papier, en accusant toujours le Foulah absent. Mon interprète reprit la parole, et dit en mon nom que je n’avais qu’à me louer de la
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bonne réception que m’avaient faite les habitans du bouta -Dhialon, lors de mon passage dans leur pays; que, loin de me tromper, ils m’avaient accordé la plus généreuse hospitalité , et que bien certainement celui qui m’avait pris le papier m’avait aussi soustrait mes verroteries. Lamfia, pour se justifier et défendre sa réputation, proposa de faire l’épreuve et de faire rougir le fer ( cette épreuve se fait souvent entre les habitans, sans avoir recours au chef). Le mansa lui imposa silence. Ce vieillard , à qui je demandais un logement , me conseilla de rester chez mon hôte, vu qu’il devait partir dans deux jours avec beaucoup d’autres marchands pour traverser les bois du Ouassoulo1. Je pensai que le chef craignait de m’avoir à sa charge, et je n’insistai plus pour loger chez lui. Je répondis que j’aimais mieux retourner dans le Fouta-»Dhialon que de rester plus long-temps chez cet homme, et je demandai à loger chez le hon vieux Maure qui avait continué à me faire des visites amicales, et avec qui je vivais en bonne intelligence. On y consentit à l’unanimité. Je laissai tous mes effets en dépôt chez le chef, jusqu’à ce qu’on m’eût procuré un endroit sûr pour les serrer. Ce dernier m’engagea
d’un air d’intérêt à prendre ma couverture de laine
(1) Les caravanes se rassemblent pour traverser ces Lois, <jui infestes de voleurs.
sont
pour me couvrir la nuit, m’observant que je pourrais avoir froid. Je retournai à mon ancien logement pour prendre quelques médicamens que j’y avais laissés , parce que Mamadi-Sanici m’avait témoigné le désir d’avoir une médecine; je m’étais fait accompaqner d’un nègre, parce que je craignais d’être insulté en y allant seul; quoique beaucoup de gens prissent mon parti, et fussent indignés de la conduite de Lamfia envers moi , je craignais que sa colère, excitée par la scène qui venait de se passer, ne le portât à quelque excès. Cette précaution ne fut pas inutile, car il me reçut fort mal, et fit beaucoup de difficultés pour me donner ce que je réclamais : il voulut me chasser de chez lui, et alla même jusqu’à essayer de me frapper , mais plusieurs personnes qui se trouvaient dans sa case s’y opposèrent fortement , en blâmant sa conduite. Dans sa fureur, il disait ce qu’il avait démenti lui-même tant de fois, que j’étais un chrétien, que je cherchais à pénétrer dans l’est pour surprendre les musulmans et les tromper.
Cette scène, que j’avais bien prévue, mais que je ne pouvais éviter, me contraria beaucoup; je craignais même qu’elle n’eût pour moi des suites fâcheuses : mais on ne fit aucune attention à la colère de mon guide; on reconnut en lui un voleur méchant, humilié de se voir découvert; on m’engagea à ne plus penser à tout cela. Je clfercliai à intéresser les habi-
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tans en ma faveur, en leur faisant remarquer ma position critique; seul, sans moyens, clans un pays étranger, et, pour comble de malheur, ne parlant pas bien la langue; beaucoup paraissaient sensibles à ma position* et c’étaient les plus zélés sectateurs. J’allai clone à l’humble cabane de mon nouvel hôte, (pii était très-pauvre ; mais il me reçut du mieux qu’il put : il me donna même la natte sur laquelle il avait l’habitude de coucher; je fis difficulté de l’accepter, car il m’était pénible de déplacer ce bon vieillard; mais il insista , en me disant cpie, comme étranger, je devais lui céder, qu’il était naturel qu’il me fît les honneurs de chez lui. Je partageai son frugal souper, qui consistait en un petit plat de tau , avec une assez bonne sauce au gombo, à laquelle on avait ajouté du sel. Pourquoi donc, clans tous les pays, le pauvre est-il toujours le plus charitable P C’est qu’étant malheureux il mesure les maux des autres à ceux qu’il endure.
Le 8 juillet au matin, le chef me lit appeler; j’y allai avec le Maure Mohammed : il était chez l’alkali1, Foulah du Ouassoulo, établi à Kankan; c’est un des plus riches habitans de cette ville; il fait partie du conseil. Je trouvai trois ou quatre Mandingues de distinction qui accompagnaient Mamadi-Sanici : on rendit compte aux assistans du vol qui m’avait été fait ;
(i) Nom de chef.
je m’aperçus qu’un vantait Ja bonne conduite de Lamfia à mon égard, jusqu’au moment où cette affaire avait été connue ; ils décidèrent que , puisqu’il n’y avait pas de preuve contre lui , on ne pouvait le punir. Je trouvai cette décision assez sage. On me prévint que l’alkali allait devenir mon bote, parce que Mohammed le chérif était pauvre et n’avait pas de riz à me donner ; on ajouta que la case que j’allais occuper fermait bien à clef, et que je ne serais pas volé une seconde fois. Puis ils témoignèrent le désir de visiter tous mes effets , pour s’assurer de leur quantité, afin, dirent- ils, que si j’étais volé de no*uveau, ils pussent m’en tenir compte. Je 11e leur sus pas gré de cette prévoyance; cependant, quoique très-contrarié, j’étalai mes marchandises , ayant bien soin de soustraire mes notes , qui leur eussent donné des soupçons : tout fut visité exactement ; on compta les, verroteries, et l’on mesura les étoffes; ils n’ aperçurent pas mon ambre ; je l’avais caché dans de la crème de tartre. J’ouvris moi-même le paquet, et leur laissai entrevoir cette poudre blanche ; ils en goûtèrent , car plusieurs la prirent pour du sucre ; et lorsqu’ils furent détrompés , ils me témoignèrent le désir d’avoir des médecines; tous se dirent incommodés. Après- avoir tout visité, 011 me laissa ramasser mon bagage ; personne ne se permit de me demander autre chose que des médieamens. On me donna une case pour me
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loger, et je mis mes effets dans un magasin fermant à clef, et qui faisait partie de mon logement; chose que je n’avais pas encore vue dans le pays. On me prodigua des soins, et l’on me donna exactement tout ce que je pouvais raisonnablement desirer dans ma position. Comme je craignais d’être à charge , je voulus acheter du riz au marché pour me nourrir; on s’y opposa, en me disant que je ne manquerais de rien chez mon nouvel hôte.
Je devins plus assidu à la prière , car ce dernier était très -dévot : cependant j’étais dans l’impatience de trouver une occasion pour partir ; on me faisait espérer que bientôt il s’en présenterait une. Les pluies étaient devenues fréquentes; il ne se passait pas de jour que nous n’eussions un fort orage, et j’étais continuellement tourmenté par la pensée que j’aurais à traverser un pays inondé : mais cette idée m’effrayait moins encore que celle de rester dans un lieu où la discussion que j’avais eue avec Lamlia ne me permettait plus d’habiter avec sécurité; je craignais que, par ses insinuations , il ne me suscitât quelque affaire désagréable. Pourtant j’étais très - bien chez mon nouvel hôte; il était fort riche et beaucoup plus généreux que 11e le sont ordinairement les Mandingues; il possédait de nombreux troupeaux de bœufs et de vaches qui lui fournissaient en abondance de très-bon lait; il m’en envoyait souvent, avec du dé-
guet (espèce de couscous ), attention qu’aucun Mandingue n’avait encore eue pour moi , à l’exception d’un chérif du pays qui m’envoya un peu de lait, en disant que nous étions parens. J’étais voisin du bon Maure Mohammed , et tous les soirs nous joignions notre souper , pour passer un moment plus agréable : il me tenait souvent compagnie, et contribuait beaucoup à me faire trouver le temps moins long, en me procurant la connaissance de tous ses amis. Ce respectable vieillard pouvait avoir soixante ans ; il était petit, et avait une figure arabe; il était d’une agilité incroyable, parlait beaucoup et avec volubilité; sa femme, négresse, lui avait donné un fils qui avait à cette époque douze à quinze ans ; ce jeune homme était chétif et d’une santé débile, ce qui affligeait beaucoup son vieux père. La mère était très- laborieuse ; elle préparait seule le manger de toute la famille, et s’occupait des soins du ménage. Il possédait un esclave , auquel il faisait cultiver un petit jardin qui entourait son habitation. Trois cases, élevées sur un terrain que l’alkali lui prêtait , servaient de logement pour lui et sa famille : il n’avait point de champ à cultiver; sa seule ressource était d’aller de côté et d’autre chez les Mandingues demander du riz, du foigné, du sel, de la viande, etc., pour l'entretien de sa maison. Il avait au milieu de son habitation un bel oranger qui portait de beaux fruits; il était, disait-il, bien fâché
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qu’ils ne fussent pas mûrs, parce qu’il eût été bien aise de m’en faire goûter. L’état de pauvreté dans lequel il était réduit, le désintéressement avec lequel il m’avait offert l’hospitalité, me touchèrent; je regrettai de ne pouvoir améliorer son sort; je tâchai de l’adoucir un peu en le forçant à accepter quelques légers cadeaux qu’il reçut avec les marques de la plus vive reconnaissance. Mamadi-Sanici me fit demander un remède pour les yeux d’une de ses femmes : je ne savais que lui donner; mais comme il était dans mes intérêts de ne rien lui refuser, je mis un peu d’alkaii volatil dans de l’eau, et conseillai d’en laver les yeux de la malade , pensant que cela ne pourrait lui faire aucun mal : on exigea ma présence; j’y allai et je lavai moi même les yeux malades. Le mansa profita de cette occasion pour me demander des médicamens pour un mal de pied qu’il avait depuis plusieurs années : j’ordonnai des cataplasmes de pourpier, qui croît spontanément dans tout le pays. Les maladies que je remarquai parmi eux, sont, des plaies aux jambes, des fièvres, la lèpre, l’éléphantiasis et le goitre : je remarquai aussi que plusieurs nègres avaient sur les bras et sur les jambes de grandes marques blanches de la couleur de notre peau; on me dit que c’était une maladie; je pense que ce sont des marques de lèpre.