‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 1 sur 199 · T. III. I · texte numérisé non relu

T. III. I

i DÉPART

de cette convulsion ; Dieu le veuille. — Quant à l’amélioration de l’état des classes pauvres, j’y crois moins. On est dans le faux à l’égard du peuple ; on y est, parce qu’on a peur de lui plus qu’on ne l’aime; les vrais frères ne Hattent pas.

Dieu tient nos destinées dans sa main. Un voile épais est tiré devant elles; mais qu’il y a de douceur à s’appuyer sur le Rocher !

Cette première journée dans le désert aurait été belle, sans le poids qui nous étouffe. Et pourtant, vingt-cinq jours de solitude, n’est-ce pas une grâce et un bonheur? Ensemble, un devant le Seigneur, le Seigneur avec nous : que de douleurs succéderont peut-être à ce dernier éclair de paix ! Jésus, tu es et tu seras partout notre paix.

Le comte de Sallazar, un de nos bons amis de la Haute-Égypte et du Caire, nous accompagne à cinq heures du matin jusqu’au campement de nos chameaux, partis la veille. — iNous montons sur nos dromadaires; tout ce dont on nous avait fait peur s’évanouit : l’allure est douce, les bêtes sont excellentes.

Le désert flamboie sous le soleil. Quelques grands lézards jaune opaque, à tête noire, à queue dentelée, nous regardent passer. Nos Bédouins les saisissent et nous les apportent, mais nous avons décrété l’abolition de la peine de mort dans notre caravane ; on les laisse courir.

A onze heure la chaleur est si forte et ma Lii-

PUISQUE c'est la république.

blesse telle — je n’ai pu hier pi manger, ni dormir — que mon mari fait arrêter la caravane. Nous nous étendons sur le sable, à l’ombre d’une des stations du chemin qui mène à Suez. Le convoi des voyageurs anglais nous atteint ; les hommes sont cahotés dans cinq petites voitures en forme d’omnibus ; les dames viennent séparément. Ces stations sont des relais placés près de chaque télégraphe.

Deux d'entre elles fournissent à dîner aux seuls

voyageurs de la compagnie.

Ce matin, tous les Français de l’hôtel, jusqu’au cuisinier et au marmiton, avaient pris la cocarde rouge. — « Eh bien ! » dit Louis à ces derniers, en les voyant à quatre heures décorés de la sorte, « qu’y a-t-il donc? »

— Vous ne savez pas?... La République!

— Eh bien oui, la République. Êtes-vous républicains, vous ?

— Non !... mais puisque c’est la République !

Raisonnement profond ! — Et voilà comment on retourne les masses.

Si la République est possible, tant mieux. Mais le communisme est là-dessous, le communisme : hache, pioche , tout ce qu’on voudra ; instrument propre à détruire, jamais à bâtir.

Mercredi lô mars 1848. — Hier soir, la lune donnait en plein sur notre campement. Il se compose

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