‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 10 sur 199 · LE PASSAGE DE LA NEE ROUGE · texte numérisé non relu

LE PASSAGE DE LA NEE ROUGE

colonne de nuée, la nuit descend : splendeur sur la multitude qui s’avance entre les abîmes suspendus , ténèbres sur l’armée qui la poursuit.

Au matin, le gouffre s’était refermé , les vagues se gonflaient puissantes: tout était solennel, calme, comme au matin de tous les jours; seulement, on voyait sur l’autre plage un peuple entier à genoux ; seulement, on entendait une forte voix chanter ce cantique : « L’Éternel est un grand guerrier, son nom est l’Éternel!... L’ennemi disait : je poursuivrai, j’atteindrai, je partagerai le butin, mon âme en sera assouvie, je tirerai mon épée, ma main les détruira ! Tu as soufflé de ton vent, la mer les a couverts : ils ont été enfoncés comme du plomb au plus profond des eaux!... Qui es comme toi, magnifique en sainteté, redoutable, digne de louange et qui fais des merveilles? » et Marie, la prophétesse, un tambour dans les mains; et les femmes avec des tambours et des flûtes, répondaient: « Chantez à l’Éternel ! »

Nos chameliers, sous prétexte que l’air de la mer envenime les plaies de leurs bêtes, enfoncent un morceau de salpêtre dans le nez de chaque dromadaire. — Nous arrivons à Suez.

La position est frappante. Suez noire, silencieuse, entourée de murailles, longe la plage ; il n’y a autour d’elle que le désert, que les rudes montagnes, que la mer, et le ciel éclatant par-dessus. Pas un

ÜUEZ.

arbre, pas une herbe : la terre, le soleil, flamboyants tous deux. Dans le port stationnent les barques de la mer Rouge, larges et hautes de l’arrière, pointues et basses de l’avant; lourdes masses noires, qui semblent destinées plutôt à rouler sur l’un et l’autre flanc qu’à fendre les ondes. — Quatre places arides, ouverlcs du côté de la mer, bordées de Bristisli post, Bristisli liàlcl, Bristish transit, composent Suez. Deux ou trois Arabes se promènent sur le quai, vêtus d’une chemise de coton blanc, d’une robe de soie de Damas, coiffés d’un mouchoir de soie rouge ou jaune, négligemment jeté sur la têle.

Nous prenons une barque, on déplie la voile, et notre nef quitte le rivage, glisse sur la mer, bondissant, tremblant parfois, mais prompte comme la pensée.

D’un côté l’Afrique, l’Afrique d’ébène, l’Afrique avec son antiquité qui compte par dizaines de siècles; de l’autre l’Asie, l’Asie plus pâleet plus somptueuse, avec ses héros qui ressemblent à des Dgins, avec ses conquêtes qui ressemblent à des contes de fées, endormie entre ses déserts de feu et ses déserts de glace.

Suez disparait, nous dépassons le paquebot à vapeur qui fait le service des Indes ; nous cinglons le long des monts Ataka, ils descendent abruptes dans la mer; arrivés à la hauteur du cap nous virons de bord cl nous gouvernons sur la côte d’Asie en train. '2

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