PASSAGE DE LA HER ROUGE
versant des bancs de graines flottantes. Après deux heures de n:\vigation notre barque s’arrête, elle a trouvé le sable ; les matelots nous transportent sur la plage toute hérissée de corail : nous touchons l’Asie !
On dit que les marées basses permettent parfois de guéer le golfe vis-à-vis de Suez ; les rationalistes s’efforcent d’expliquer ainsi le miracle. Mais le passage ne reste libre <|u'un nombre d'heures insuffisant à la traversée de deux millions d’individus '. Qu’on fasse rentrer le passage des Israélites dans l’ordre naturel des choses, on n’y fera pas rentrer l’engloutissement des Égyptiens.
— Le flux !
— Pharaon, ses capitaines, ses sages, ignoraientils le mouvement régulier des marées? N’y avait-il pas là une ville, Pihahiroth, dont les habitants assistaient tous les jours au phénomène ? Trouverait-on sur nos côtes de l’Océan, quatre individus assez sots pour s’aventurer à l’heure de la marée montante sur les sables qu’elle inonde?
Mais ce n’est pas tout. La mer Rouge, lorsque Moïse et le peuple la traversèrent, s’étendait jusqu’aux lacs amers; ses profondeurs, incommensurables alors, ont depuis été comblées par les montagnes de sable qu’y a versées le désert d’Étham.
1 Les hommes de guerre étaient au nombre de six cent mliie, çc qui fait monter i dix-huit cent radie ceiiii des enfants et des femmes.
us COQCIU.AGES.
Là où se trouve maintenant un banc que le reQux laisse à sec, là s’ouvraient autrefois des abîmes.
Que de peine on se donne pour être incrédule 1 Que d’invraisemblances on forge pour écarter le vrai 1 — Les croyants eux -mêmes s’efforcent d’amoindrir le miracle, et voici comment : le vent d’orient souflle, les eaux s’écoulent naturellement vers le midi ; il cesse, elles reviennent. De la sorte, le miracle est obligé de se réfugier dans le fait de la force du vent, dans celui de la coïncidence de l’événement avec le phénomène. Les expressions de la Bible renversent toutes ces théories. La Bible parle du vent d’orient, mais elle parle aussi des eaux amoncelées, servant de mur à droite et à gauche
Nous avons passé deux heures sur le rivage, à ramasser des coquilles, à marcher pieds nus dans l’eau tiède. A mesure que la mer se retirait, elle laissait sur la plage des plantes marines vibrantes au toucher, des éponges, des branches de corail, des sépias, masses brillantes et limpides, des trésors de coquillages , ceux-ci tournés en spirales, ceux-là ouverts en valves polies, les uns peints de vives couleurs, les autres blancs comme la |)erle. Il y avait des oursins, il y avait des lames de nacre; nous cheminions à quatre pattes sur le sable, grattant, ramassant; chaque instant nous amenait devant une forme
> Exode, XIV, XV.