LA CAMPAGNE AU NORD DE JÉRUSALEM
Jourdain fait ressortir le bleu mat des eaux. Devant nous, sur une colline qui se relève au milieu d’arides vallées : Ilanathoth, maintenant : Hanatha. En la voyant si misérable, grise sur ses rochers gris, n’ayant pas même tiré sur elle un pli de ce vêtement de blé vert qui s’étend sur toutes les plaines, on comprend bien l’expression biblique : pauvre Hanalhoth ‘ .
Jérusalem, adieu! Adieu jusqu’au moment où ton Roi descendra descieux, où II t’apportera une gloire nouvelle, où tous ses enfants seront convoqués pour être témoins de ton triomphe: Sije t’oublie, ô Jérusalem, que ma droite s’oublie elle-même* !
Sur le sommet d’un coteau qui se relève à l’occident, on distingue une ruine-, quelques arbres se dessinent sur le prolil de la pente, un village se cache derrière; c'est Mitspa. Samuel y passait tous les ans pour Juger Israël.
Cette campagne a un grand caractère, mais un caractère triste. De larges plateaux se succèdent, uniformément couverts de champs d’où sort la tête pierreuse de sommités à peine accusées; les ondulations sont vastes, uniformes; il n’y a pas d’arbres, excepté dans le lointain , autour de quelque hameau perché sur la pointe d’une montagne; point de fleurs, si ce n’est au fond d’une petite vallée, la seule qui
‘ Êsale X, 30. — •Psaume CXXXVII, 5.
RÀHAH.
ait accidenté notre route. Là, croissent sur le sol desséché l’immortelle rouge , de petites fleurs roses qui vivent en famille, des clochettes bleues parmi les blés , et le pâle cyclamen abrité sous les roches.
Le vent du nord s’est levé, il fait froid, je puis à peine guider ma plume tant j’ai les doigts engourdis; des nuages couvrent le ciel et jettent leurs grandes ombres sur les grands replis. Si le soleil brillait, si de lièdes haleines courbaient les épis, si les alouettes en s’élevant des blés chantaient sur le soir un hymne au Seigneur, peut-être cette solennelle et mélancolique étendue pénétrerait-elle nos :œurs de pensers riants.
Ramah — éminence, hauteur, — maintenant er Ram, se présente à notre orient, assez près de nous; elle est en effet bâtie sur un lieu très élevé; quel- (|ues oliviers descendent au-dessous de ses habitations; elle domine les champs verts. La position est pittoresque. Anne y demeurait ‘; Samuel, son fils, y avait sa maison ’ : c’est là que montèrent les anciens pour lui demander un roi ’. — Dans ce temps, c’était des rois qu’on voulait, les républiques n’avaient pas de crédit. Mais je crois qu’au fond, ce qu'on voulait alors ressemble beaucoup à ce qu’on veut aujourd’hui : secouer le joug et ne relever que de soi. L'Éternel pénétrait bien leur pensée: « Ce
<1 Samuel I, 19. — VU, il. — * JM. VIII.