‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 147 sur 199 · LE LAC DE GÉNÉZARETB · texte numérisé non relu

LE LAC DE GÉNÉZARETB

se relèvent les côtes arides du pays des Gergéséniens, ces côtes du haut desquelles les pourceaux, gardés et nourris malgré la loi de Moïse, se précipitèrent à la voix de Jésus.

€ — Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, fils du Dieu Sauveur? Je t’en prie, ne me tourmente point. » — Le peuple pas plus que le démoniaque, ne veut du Sauveur. Ne me tourmente point l l’homme possédé du diable le dit crûment; les gens sensés y mettent des formes; le fond reste le même. Chose surprenante! le démoniaque est plutôt gagné que les gens sages; il reconnaît la puissance de Jésus; pour les autres, Jésus ne sera jamais qu’un visiteur fâcheux.

Quelques familles arabes passent sur la route, nous échangeons le Salam. Les physionomies sont toujours fières, mais elles ne sont plus hostiles. Voici la forme d’une de ces salutations bédouines : « El àouafi ya Zenat— Dieu vous soit en aide, statues 1

— Statue! c’est, dans la langue arabe, la dénomination la plus noble, l’expression la plus flatteuse.

Près de nous passe une espèce de santon ou de psylle, qui tire inopinément de son sac un serpent *.

— Un peu plus loin, un prêtre du Liban monté sur un âne, avec son turban noir et sa barbe vénérable,

‘ L’art de charmer les serpents remonte à la plus haute antiquité : a Ils ont un venin semblable au venin du serpent, et Ils sont comme l’aspic sourd, qui bouche son oreille; qui n’écoute point la voix des enchanteurs, la voix du charmeur, fort expert en charmes. » Psaume LVIII, 4 et g.

TIBERIADE.

puis quelques femmes coiffées du haut bonnet pointu que recouvre le voile blanc; elles viennent de Saphed, au nord de la Galilée.

Le tournant de la montagne nous amène au-dessus de Tibériade, en face de l’extrémité méridionale du lac. Les remparts crénelés, les tours ruinées de la ville de Tancréde se profilent sur le lac; un minaret, quelques palmiers passent par-dessus les murs, de grandes brèches les déchirent. Il n’y a d’arbres au bord du lac qu’un bouquet d’oliviers près de Capernaûm et ces palmiers, qui inclinent leurs panaches sur les toits en terrasse de Tabaria.

Nous entrons par une vieille porte; tout est décembre; les châteaux, les murailles antiques laissent tomber leurs pierres; et pourtant tout est riant. Les Arabes vont, viennent, vendent et achètent des légumes, des fruits ou du poisson; car il y a encore des barques à Tibériade. Les maisons sont blanches, basses; sur les toits s’élèvent des pavillons de feuillage, le.shabitantsy dorment la nuit; des femmes à la robe éclatante, à la veste aux longues manches, le front entouré d’une écharpe roulée qui laisse voir les cheveux , nous regardent passer. Nous traversons le quartier juif; là, d’autres figures : blondes, pâles, effilées; tantôt le bonnet fourré des Polonais, tantôt le turban blanc lamé de raies rouges des Espagnols, toujours les deux boucles soyeuses et minces le long des joues. Les femmes juives, richement vêtues, le

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