‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 153 sur 199 · FRERE CHARLES ET M. THIERS · texte numérisé non relu

FRERE CHARLES ET M. THIERS

six derniers mois; il relève la tête et se voit : « Sur le pairo scénique! .. Sur le patco scénique Madame! au milieu de l’orchestre, en face du parterre, devant cinq rangées de loges garnies d’auditeurs ! — « Encore un coup de faiseur !

Frère Charles a conservé sa bonne foi, mais je le soupçonne d’avoir compris dès lors les arcani de la charité parisiennne.

Le plus joli, c’est sa visite à M. Thiers. — M.Thiei'S était à la tête de l’opposition; M. Guizot, au ministère des affaires étrangères.

— Monsieur Thiers, j’ai besoin de votre secours.

— Que vous faut-il, mon père; de l’argent?...

— Non, pas d’argent; du moins, pas de vous; il me faut autre chose.

— Quoi donc ?

— Il hiut que vous nous fassiez obtenir un secours du ministère des affaires étrangères !...

— Bo 1 !...

— Voyez, moi je suis inconnu : un pauvre moine qu’on laisserait tnoisir dans les antichambres; venez avec moi chez M. Guizot.

M. Thiers fait un saut sur sa chaise.

— Mais savez-vous bien ce que vous me demandez \èi^ ... le savez-vous ?.. .

— Je ne sais rien. Je ne sais pas si vous êtes ami avec M. Guizot, ou si vous ne l’êtes pas ; tout ce que je sais, c’est (|ue vous, Monsieur Thiers, vous êtes le

U. COCHON DE BIEB.

protecteur du Carmel; je viens à vous tomme au PROTECTEUR du Carmel, el vous viendrez avec moi comme PROTECTEUR du Carmel !

M. Thiers réfléchit un instant, se lève, met son paletot, accompagne frère Charles au ministère, y est reçu comme on reçoit un ennemi politique quand il vient solliciter une faveur... et le couvent gagne vingt mille piastres à la rencontre dis deux puissances parlementaires.

Frère Charles, que les affaires de la France intéressent au plus haut point et qui a vainement sollicité de ses amis l’envoi de quelque journal, frère Charles nous fut vider notre sac de nouvelles. Ce matin, il nous demande si M. Cochon n’a pas de portefeuille.

— M. Cochon ! s’écrie mon mari, je ne connais pus de M. Cochon au ministère... mais encore, quel M. Cochon ?

— M. Cochon de Mer!

— M. Cochon de Mer?

— Eh oui ! M. Cochon de Mer. Il n’est pas ministre?... il avait pourtant des tendances républicaines!

— Je ne sais pas si M. Cochon de Mer a des tendances républicaines, mais je vous certiüe qu’il u’est pas ministre. D’ailleurs, Cochon... Cochon de Mer. . c’est un nom...

— Eh! c’est un nom très connu Cochon de Mer!

M. COCHON DH tIEH.

A force de cherdier, nous découvrons que frère Charles, qui a l’accent italien, veut dire : M, Cauchois Lemaire. Frère Charles ne comprendra jamais nos accès de rire fou.

Les frères vivent donc là, spectateurs tranquilles

des événements d’Europe. « — En 1840, disait frère

Charles, nous voyions de notre terrasse bombarder Saint-Jean-d’Acre; cela a duré trois heures; c’était beau! A présent, — et frère Charles se frotte les mains, — à présent, nous allons voir ce qu’ils vont faire en Europe!... » Seulement, si frère Charles avait un journal, cela aiderait bien les pères à garder la règle du silence.

Nous essayons vainement d’entamer une conversation plus sérieuse; ce qui sort de l’observance n’est pas entendu. Nous disons quelques mots de la prière spontanée, de la foi; frère ( harles nous répond tradition, offices, ou plutôt ne répond guère. Et puis, frère Charles, qui est accommodant, qui a mis dans son comité, comme il le dit lui-même: « tout le monde; des catholiques, des protestants, des bons et des mauvais, » frère Charles ne veut contrarier personne; il est même prêt à trouver que chacun a raison , pourvu que la nouvelle aile se bâtisse, que le mur d’enceinte destiné à protéger le couvent contre les panthères se construise, pourvu que la France protéc/e le Carmel et que les voyageurs le visitent. — Quel bien cela fait aux âmes, quelle

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