‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 157 sur 199 · LA PLARB DE PTOLÉMAÏS · texte numérisé non relu

LA PLARB DE PTOLÉMAÏS

La grande plaine d’Esdraélon arrive Jusqu’à la mer avec ses moissons et ses landes ; une zone de sable blanc, frange d’argent au bord de ce vert tapis l’en sépare seule ; les vagues déferlent mollement sur la rive; l’eau qui l’a trempée retourne en bouillonnant par de petits canaux qu’elle creuse dans le sable; l’atmosphère semble pleine de fumée; sauf la chaleur, on dirait l’Océan près de Nantes ou d’Anvers. Les mouettes blanches aux ailes découpées planent dans l’air; de temps à autre nous rencontrons quelque grosse tortue de mer échouée sur le rivage; un Arabe passe vers nous, portant sur l’épaule son bâton court que termine une boule de bois dur taillée à angles aigus. — Et la grande voix de la mer, triste, monotone, redisant à tous les bouts de l’horizon sa plainte immense, jette notre àme dans des pensers tristes et monotones comme elle. Nous décrivons sans cesse le même orbe autour des mêmes idées ou plutôt des mêmes impressions; ces rumeurs puissantes qui encouragent une sorte de rêverie, magnétisent l’intelligence.

Sur cette même plage passait en désordre l’armée des Croisés après la conquête de Ptolémaïs. Elle s’était amollie dans les délices de la victoire; Philippe- Auguste venait de repartir pour la France; Richard Cœur de-Lion, qui allait un peu plus loin gagner la triple bataille d’Arsîir contre Saladin et ses nuées de Bédouins, d’Éthiopiens, de Scythes à la longue

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