I.NTÉBIEUU DU LIBAN
ktK
tôles chauves, au fond des vallées, torrents marqués par une ligne d’émeraude, et puis, tout à coup, de larges ouvertures par lesquelles apparaît dans son immensité la haute mer, dont la dernière ligne s’élève jusqu’au niveau des cimes du Liban. Des troupeaux de chèvres suivent les torrents, et le petit berger druse souffle quelque air sauvage au travers de son chalumeau. La femme druse, coilfée de la grande corne inclinée en avant, recouverte d’un voile blanc qu’elle lire sur sa figure comme un rideau, nous regarde sous les oliviers. Celle corne est l’excroi.ssance la plus étrange, la plus inexplicable qu’on puisse concevoir. Longue d’un pied et demi, de deux souvent; lixée à la tête par trois boucles garnies de courroies; elle se présente presque horizontale, comme une corne de licorne. On jette par-dessus le voile qui a l’air d’être suspendu à quelque ciel de lit; les élégantes portent la corne penchée de travers; c’est encore plus bizarre. On ne comprend pas la vie pratique : l’entrer, le sortir, le dormir surtout, avec une pareille machine sur le chef. Les ligures que nous parvenons à voir — et c’est diffleile, car elles se cachent plus rigoureusement ici que dans la plaine, — ces figures sont rondes, colorées, animées par le candide regard de deux grands yeux noirs et naïfs, par le sourire d’une bouche enfantine; l’accueil est plein de grâce; nous ne passons jamais devant une Maronite au simple voile blanc, devant une Druse à
INTÉRIEUR bü LIBAN.
4îS
la corne d’argent ou de cuivre, qu’elle ne mette la main sur le cœur et ne nous envoie quelque affectueuse salutation. Leur robe plus courte, drapée d’une autre façon qu’en Palestine, laisse mieux voir le large pantalon et donne quelque chose de svelte à toute la personne. Les hommes, qui ont le turban haut, fourni, la barbe longue et majestueuse, portent, au lieu de la veste, une espèce de robe de soie rayée, étroite, ouverte par devant.
Sur les cols élevés, quelques touffes de pins; le mûrier dans toutes les vallées et sur la plupart des pentes; il est planté serré, tenu bas. Maintenant on nourrit les vers à soie et il n’y parait pas, tant la feuille est abondante. Des milliers de terrasses soutiennent les bois de mûriers et d’oliviers. Les .soins, qui sont extrêmes , n’ôtent rien à la sauvage poésie de ces lieux. Rien d’aride, et pourtant le rocher montre partout ses fortes épaules. Les lignes gardent leur grandeur; il y a des ravins, il y a des flancs désolés; mais tournez ce pli, et votre âme sera consolée, vos yeux se perdront dans la belle verdure, vous respirerez le parfum du chèvrefeuille qui couvre ce chêne ou qui enveloppe ce rocher.
C’est ainsi que nous montons vers Aïn Bal. Les crêtes de la montagne, taillées à pic dans le roc, ont laissé tomber dans la vallée d'immenses blocs, polis, plats, coupés à l’équerre; ils jonchent les pentes, le blé pousse à côté, les oliviers croissent parmi, le