LES COUVENTS
puissance venue dont ils espéreront un secours aveugle: de la Sardaigne par exemple, qui à cette heure, fait d’autant plus de jésuitisme au dehors qu’elle en fait moins au dedans. — Une frégnte, toutes bouches allumées!... Les moines ne connaissent que cela. S’agit-il d’un mur, d’un morceau de terrain, d’un droit, d’une prétention : Le canon ! Examiner une affaire avant de l’appuyer, la traiter en affaire, c’est trahir la foi catholique. Pauvre foi, qui a recours à de tels expédients!
Si l’on croit ce que l’on croit, si l'on se sent dans la vérité, on va son chemin, fort de la force de Dieu : tous les royaumes de la terre s’armeraient contre la vérité qu’ils ne la détruiraient pas, ils se réuniraient tous pour l’appuyer qu’ils ne la fortifieraient pas. On oublie toujours que c’est aux hommes à demander des forces à la vérité, jamais à la vérité d’en demander aux hommes. Ceux qui lui cherchent des étais en dehors d’elle s’en méfient; ceux qui veulent à leur conviction des appuis humains ne sont pas convaincus. Si vous pensez faire les affaires de Dieu, vous vous soucierez fort peu du secours des hommes, vous savez que Dieu s’en passe; si vous faites vos affaires, les affaires d’une communauté, d’une idée, d’une passion, vous chercherez partout do l’appui, vous savez que Dieu n’est pas avec vous. Los Juifs idolâtres regardaient à l’Égypte, les Juifs fidèles marchaient seuls contre les milliers d’Assyrie.
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AUISÜ\ A ZOSI.
. Ânlonlo , donl la famille habite Beyrouth , revient ce matin avec un costume splendide; veste de dessous toute d’or, veste de dessus richement brodée: il brille comme un soleil. Nous nous sommes séparés de nos Mùkres et de Zosi. Pauvre Zosi', doux, brillant, avec tu Jolie tête que tu secouais d’un air mutin , avec tes sauts à pieds joints dans les pas difficiles; j’ai pensé pleurer à l’idée que je ne te verrais jamaw pim, loi, dont j’aimais tant à caresser le cou lustré. Qu’ils s’adressent à l’animal, qu’ils s’adressent à la chose, qu’ils s’adressent à l’homme, il y a des larmes dans tous les jamais.
Mardi, 16 mai 1848. — J’ai passé la journée d’hier à chercher quelques objets pour nos amis d’Europe. D’échoppe en échoppe, de marchand rêveur à marchand languissant, nous parvenons à trouver ce que nous voulons; ce n’est pas sans peine. Ces braves gens ne savent pas ce qu’ils possèdent. Ils tirent du haut de leurs tablettes trois ou quatre carrés de papier qui contiennent des étoffes, des écharpes d’Asie aux brillantes couleurs; mais chaque marchand n'a qu’un nombre limité de ces bienheureux carrés-là, il faut s’arrêter devant vingt bou
■ Les clievaux de bagages de nos Mùkres ont été saisis par le gouvernement, qui avait un envol à faire à Salda — Sidon. — On les a pris de force, surchargés, battus, si cruelleiucnt maltraités en un mot, que la pauvre Juinciii volée et retrouvée a péri sous les coups. C’est ici lu loi et les pisiphètes; il n’y a pas une |)laintc, pas une réclamation ù faire.
LES ÉTOKFES I)'on 1>U LIBAN. iuO
tiques pour choisir. Je ne suis pas émerveillée des associations de couleurs dont on nous parle tant en Europe. Le laid a sa large part ici comme ailleurs, il l’a peut-être plus large. Sur cinquante pièces de robes, quarante-huit sont à la lettre hideuses; sur eent écharpes, on en trouve à grand’peine cinq belles, à moins qu’on ne les prenne toutes pareilles. Ce qui est bien est très bien, ec qui ne l’est pas est très mal. Les étoffes d’or de Déir el Kammar ; ces éblouissants petits sacs, ces pantoufles, ces bonnets d’hommes tissés dans le Liban font exception; ils sont tous de bon goût. Ici , comme au Caire , nous tombons, à notre entrée au bazar, dans les mains de quelque oflîcieux qui nous conduit aux bons endroits et qui va déterrer pour nous ce que jamais nous ne trouvions sans lui.
Beyrouth a des rues étroites et sales comme toutes les rues des villes orientales; ces rues sont animées cependant; on y fume le narguileh, on y mange avec les doigts des mets étranges dressés sur de petites* tables à trois pouces du sol, on y boit dans des coupes de porcelaine l’orangeade et les fraîches liqueurs. Les abords , la campagne, les maisons à grands arceaux noyées dans la verdure, les cafés avec leurs Vérandahs, leurs fumeurs nonchallamment assis en plein air, leurs tas d’oranges et de citrons frais, cette admirable biie qu’on voit de
ADIEUX A AXTOMO.
p;irlont dans l’éclat de son azur , entourée de ses rives d’émeraude, couronnée par le Liban et ses neiges, voilà ce qui éblouit toujours.
Nous sommes allés ce matin, par des sentiers cachés sous les nopals, voir Bourrée dans la campagne qu’elle habite sur la colline; — M. Bourrée est en France. — Nous avons trouvé chez elle cet accueil charmant, cette grâce exquise (|ui distinguent nos représentants dans le Levant.
A moins d’un miracle, à moins de lettres contenant l’ordre formel d’achever notre voyage de Syrie, nous partirons ce soir. La mer est mauvaise, le vent contraire est très fort; nous l’avons bravé i)our satisfaire nos goûts; nous le supporterons bien pour accomplir notre devoir.
Il faudra nous séparer d’Antonio; nous le regrettons sincèrement. Antonio connaît à fond l’Orieiit; il en connaît Jes hommes, les usages; il ne fait mal à propos ni civilités ni menaces; il se fàclie quand il faut, il a patience quand il faut encore : c’est plus important qu’on ne pense. Antonio connaît l’Kurope aussi bien que l’Orient, et cela n’est pas inutile; il sait ce que nous autres c'wilitiés, nous pouvons supporter en fait de privations; il sait ce dont nous ne pouvons nous passer qu’au risque de succomber. 11 organise le matériel du voyage avec une perfection qu’on trouve exagérée au moment du départ, dont on comprend rurgencc une fois en
DKI-ABT.
roule. Et puis Antonio a du cœur, il a de l’élévation, de l’imagination, delà poésie- Avec lui on garde sa liberlé d’action , de résolution; liberté bien contestée par la classe des droginans, babiluée à considérer le voyageur comme une espèce de ballot qu’on fait rouler de l’Égypte en Syrie, sans qu’il s’en môle.
— Et les défauts ?
— Il en a certainement; mais nous en avons, vous en avez , et les siens ne sont pas pires que les nôtres. Si nous avions à recommencer, nous reprendrions Antonio; cela dit tout.
Nous reprendrions aussi Habib, notre excellent Habib; bonnôle, doux, serviable, la candeur même: caractère et cœur d’or. Que Dieu veuille bénir ces deux compagnons de notre pèlerinage.
Plus tard : Nous partons, nos lettres ne nous pressent que faiblement de rester, noln^ cœur est démarré aux trois quarts. Le vent qui avait un instant baissé se relève; que Dieu nous préserve do doute et de murmure. Ce sont de bien grands mots pour une si petite chose : le mal de mer! Ceux qui l’ont eu, ceux qui vont l’avoii' surtout, me comprendront.
Les journaux apportent le résultat des élections. Grâce au ciel , il n’est plus question de la candidature involontaire de mon mari.
Los élections ne sont pas dans le sens le plus
TROIS .MANIÈRES d'en FINIR.
avancé; je ne puis m’en réjouir: on crie déjà à ia réaction. D’ailleurs, puisque ce sont les minorités qui font la loi, j’aurais autant aimé que la minorité en France fit la majorité dans la Constituante. Le bout de ma lunette est peut-être tendu de noir; mais je vois l’abîme devant nous. 11 s’agit d’y arriver, ou par une glissade insensible , à la manière des montagnes Russes ; ou par saccades, de révolutions en révolutions; ou par un saut franc, comme on se jette en bas d’un cinquième étage. Des trois manières, la première et la dernière sont celles que j’aime le mieux. Avec le saut, on se brise ou l’on ne se brise pas. Si l’on se brise, tout est dit; si l’on ne se brise pas, on se secoue, on se remet sur ses jambes, et l’affaire, bien ou mal finie, est finie. — Avec la glissade, on s’égratigne, c’est vrai; la descente est plus longue, c’est encore vrai ; mais on arrive la vie sauve. — Avec les saccades, on se cogne partout; ce coin de rocher vous fracasse une côte, cet autre vous emporte une jambe ; si vous restez accroché à quelque branche d’arbre, c’est pour mieux savourer l’amertunie de la chute; à chaque bond vous croyez arriver au fond du gouffre, et vous n’y arrivez point; une fois que vous y êtes, il vous reste peut-être bien quelque chose de votre personne, une tête, un bras, que sais-je... mais à (|uoi cela scrt-il?
Hélas! hélas! Kt voir recommencer les parades de