‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 20 sur 199 · DC LAIT · texte numérisé non relu

DC LAIT

Ouadi-Feyran tient se fondre dans Omdi-Mokatteh et lui donner son nom. Le soleil se couche: nous Campons, après onze heures de marche, au pied d’une chaîne de granit vert sombte. Le granit gagne à mesure que nous nous rapprochons du Sinai; nous avons devant nous le Serbal, sa base s’est élargie, son sommet s’est divisé, il est toujours bleu , il commande toujours le plateau.

J’ai bien envie, en arrivant si tard , dè gronder un peu, mais le nioÿen! Antonio, qui a dressé les tentes, nous attend avec de la limonade fraîche; un troupeau de brebis qui passe vers nous, nous promet du lait pour demain, les misères d’aujourd’hui sont oubliées. Du lait! du vrai lait! qui n’est ni de poule ni d’amande! Il faut être dans ce volcan à peine éteint, au milieu de ce grès, de ce granit, de ce gravier, de ces trois épines brûlées , pour sentir la valeur du mot : lait.

OUADI SOLAF.

Jeudi, 23 marg 1848. ^ Nous marchons deux heures parmi les mêmes scènes de désolation. La Ouadi sablonneuse est enfermée dans deux murs de granit bleu, qui semblaient hier au soir monter jusqu’aux deux pour y border une route étoilée. Le granit revêt ici des teintes pareilles à celles que le grès affectait hier; il y a des massifs blanchâtres, bleus, violacés, rose tendre et ponceau. Devant nous chemine sur le sable un gros insecte dont la forme ressemble à celle d’une abeille sans ailes ; il est peint lui aussi des couleurs du granit, couvert de dessins bleu et rouge-foncé, sur un fond chair.

Au plus profond de la solitude, une volée de tour» terelles s’élève du sol et se pose dans les trous du rocher. Elles ont artistement tressé les tiges fines de quelques plantes, et formé des arceaux devant leurs nids ; « Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du « rocher, dans les cachettes des lieux escarpés, fais-

iiî I.ES JARDINS DK FEYRAN.

« moi voir ton regard, et fais-moi entendre ta voix, « car ta voix est douce et ton regard est gracieux. »

Tout à coup, quelques grands mimosas paraissent le long de la paroi de granit , puis un bouquet de palmiers, puis des Nùgùbs ou ]\abals\ chargés de fruits, puis des palmiers encore, et toute la vallée, avec ses tournants, se déroule comme un long bosquet. Les montagnes de granit encadrent de leurs puissantes formes, de leurs tons chauds cette oasis enchantée, et les gigantesques contre-forts du Serbal se dressent au fond de chaque gorge ’.

Les ruines de Feyran, ville chrétienne des premiers siècles, couvrent les montagnes. Pauvres ruines, petites masures de pierres sèches, qui indiquent plutôt un village qu’une cité! Des restes de tours carrées, reliées entre elles par un mur, suivent les contours des crêtes environnantes , ce sont les fortilications de Feyran.

Il nous semble que la station de Lusç doit se trouver ici, sous ces beaux dattiers qui laissent retomber leurs longues palmes à côté des blocs de granit ponceau; sous ces Nùgùbs qui étendent sur le sable une ombre large; près de ce ruisseau transparent qui court sous les tamarisques.

Nous faisons une longue halte dans l’oasis, nous

1 Les rcuilles du nn>xil ressemblent A celles du cormier, et ses fruits aux jujubes.

*La plupart de ces jardins apparticmient au courent du SinaT, qui possJ’de en outre des propriétés en Chypre, dans la Péninsule et ailleurs.

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