SALUTATION DES BÉDOUINS
nous étendons au pied des palmiers, nous trempons nos mains dans l’eau, nous ne nous lassons pas de regarder les pics désolés au travers dos feuilles.
Quelques familles de Bédouins ont ici des cases composées d’un mur circulaire couvert de branches sèches; ces demeures sont presque toutes désertes maintenant, la tribu n’y vient guère que pour la récolte des dattes. Plus loin cependant, deux femmes voilées gardent leurs chevreaux noirs parmi les rochers; quelques Arabes saluent nos hommes, et les emmènent boire du lait dans leurs cabanes.
Nous sommes frappés des manières affectueuses qui régnent entre les Bédouins : ils se prennent la main, la quittent à plusieurs reprises en répétant salamàta; lorsqu’ils sont plus intimes, ils se baisent solennellement trois fois sur la joue droite ; après, seulement après, ils causent. Ils causent avec une grande douceur et quelque chose de grave; ils tirent de leur sein des fruits, de l’orge, ce qu’ils ont à manger ; ils se le donnent , et nous l’offrent sans aucune arrière-pensée de bakschich, bien que le bakscliîcli s’en suive toujours. Je ne me suis jamais sentie plus en sûreté, entourée de gens meilleurs.
Après midi , nous quittons Ouadi Fnjran et ses berceaux de tamarisques, et ses groupes deNùgùbs, et l’enchantement de ses eaux courantes pour nous enfoncer dans Ouadi Solaf. Nous y retrouvons les belles horreurs. J’écris assise sur le sable, devant
UES aONT^ DB DIEU.
une paroi de grès jaunâtre, avec l’admirable Serbal à ma gaucbe, et tout autour une couronne de mon^ tagnes grises qui laissent passer derrière elles quel' ques aiguilles granitiques.
Notre scheik Embarrak, dont nous venons d’apercevoir les tentes noires au fond d’une Ouadi à droite, part à chameau, suivi de Behi et de deux autres Bédouins ; il va passer la nuit dans sa tribu.
Nous rencontrons des inscriptions sinaïtiques, non-seulement dans la direction du Serbal, où l’on a prétendu qu’elles se trouvaient toutes, ce qui a fait croire que les premiers pèlerins voyaient dans le Serbal le Sinaï ; mais dans la direction d’IIoreb , où l’on a prétendu qu’il n’y en avait point: au milieu de Ouadi Solaf, qui tourne le dos au Serbal, et se dirige franchement vers le massif du Sinaï.
A dater de Ouadi Feyran, plus d’eau , le désert inexorable ! De nouveau , les enfants d’Israël devaient regarder à Dieu pour tout , pour apaiser leur faim, pour étancher leur soif. Je ne puis me lasser d’admirer les leçons de dépendance que leur donnait l’Éternel, et en môme temps la tendresse ineffable qu’il déploie envers eux. Ce Dieu qui, après le terrible passage de la mer Rouge, les fait reposer sous les palmiers des sources de Moïse; ce Dieu qui, après le désert de Nin, qui avant l’aride Réphidim, les fait asseoir sous les palmiers et les tamarisques de Ouadi Feyran; ce Dieu, n’est-il pas un Dieu